Une entrevue avec Gérard Tremblay - Les rêves démocratiques d'un maire

L'exercice s'est plus ou moins perdu dans le brouhaha et les scandales entourant les 100 premiers jours de gouverne du maire. Fidèles au poste, les quelque 3000 bénévoles et 300 employés impliqués n'en ont pas moins continué les travaux. Résultat, malgré le refus de l'opposition d'y participer, le Sommet de Montréal aura bel et bien lieu les 4, 5 et 6 juin prochains pour le plus grand plaisir du maire Gérald Tremblay. Un rendez-vous avec la nouvelle ville pour les divers intervenants et citoyens montréalais. La concrétisation d'un idéal pour un politicien qui cultive patiemment son rêve depuis dix ans.

Taciturne, un brin revêche sous ses allures d'éternel jeune écolier, le maire est méfiant. Depuis son entrée en fonction, il ne se passe pratiquement pas une journée sans qu'éclate au grand jour un problème au sein de son parti. Puis, spontanément, les défenses tombent, l'homme parle de son rêve, de l'occasion hors du commun qui se présente, à son équipe comme à la population montréalaise, de repartir sur de nouvelles bases.

Au coeur de la démarche, un vaste exercice de consultation et de réflexion collectif. Au total, 27 sommets d'arrondissements et 14 sommets sectoriels, les uns portant sur le Mont-Royal, les autres sur l'économie, le transport et la gestion du personnel. Derrière toutes ces activités, un seul et même objectif selon Gérald Tremblay: permettre aux citoyens de s'approprier leur nouvelle ville, de contribuer à sa construction, à sa réussite. «Je ne connais pas une institution, une entreprise ou même un organisme à but non lucratif qui, face à un défi aussi colossal, n'a pas spontanément envie de faire une planification stratégique, de réfléchir sur comment elle doit s'y prendre pour parvenir à atteindre les objectifs qu'elle s'est fixés. C'est exactement ce que nous avons voulu faire avec le Sommet. Certaines décisions ont été prises dans un contexte particulier et de bonne foi, notamment par les comités de transition, mais il faut les revoir, vérifier si, en pratique, elles sont réalistes ou non. Il faut permettre aux intervenants et aux citoyens de penser leur ville, d'établir ce qu'ils considèrent être prioritaire.»


D'espoir et de recommandations

En vérité, l'approche Tremblay semble bel et bien avoir suscité l'intérêt de la population. Au total, environ 5000 personnes ont pris part aux discussions, les uns simples citoyens, les autres représentant d'organismes ou d'intervenants bien enracinés sur l'île. Une participation qui a mené à l'élaboration de plus de 2500 recommandations. Des recommandations qui, pour les fins du Sommet, ont été regroupées en cinq grands thèmes, à savoir l'innovation et la création, le développement durable, la solidarité, l'inclusion et la qualité de vie réunis en un seul bloc, la démocratie, ainsi que la performance de l'administration municipale à proprement parler.

Réducteur? Déjà, dans les rangs des participants, on affirme craindre que les véritables enjeux se perdent dans la volonté d'approcher les choses de façon globale et générale. Des propos que Gérald Tremblay rejette du revers de la main. C'est qu'à son avis, l'heure est à l'interdépendance des priorités. «Pendant des années, on s'est dit: il faut d'abord s'occuper du développement économique, après on pourra parler de développement social. Le temps et les événements nous ont montré que ça ne fonctionne pas. Il faut cesser de penser en silo et surtout d'agir de cette façon. Nous avons donc volontairement choisi de regrouper plusieurs éléments sous un seul chapeau parce qu'à notre avis, la réussite va passer par l'interdépendance des priorités. C'est une nouvelle façon de voir les choses, j'en conviens, mais c'est aussi la seule qui permettra l'évolution dynamique et rapide que nous souhaitons pour la nouvelle ville. Il faut en arriver à des consensus, à s'unir autour d'un certain nombre de priorités.»

Travailler ensemble, faire consensus, s'unirÉ, le discours ne laisse aucune ambiguïté quant à la volonté du maire et de son parti de voir les intervenants de tous les secteurs confondus se rallier. Un objectif qui implique un changement de mentalité que les participants au Sommet ont d'emblée accepté et qu'ils sont prêts à vivre au quotidien, selon Gérald Tremblay. «Les gens font beaucoup de choses individuellement, mais de plus en plus ils constatent que le fait d'unir leurs forces peut avoir plus d'impact. Déjà, contrairement à ce que l'on a pu voir dans les autres événements du genre, les différents intervenants ne sont pas arrivés avec leur liste d'épicerie et leurs revendications. Ils ont plutôt cherché à identifier les vraies priorités, celles qui risquaient d'avoir un impact sur le maximum de gens possible. Ça indique déjà un certain changement de mentalité. Il y a évidemment encore du travail à faire, mais il ne faut pas se décourager. Quand nous sortirons du Sommet, les doutes qui subsistaient vont disparaître.»


Le défi d'une vie

Pour encadrer les priorités qui seront identifiées dans le cadre du Sommet, l'administration Tremblay a prévu la mise en place de différents chantiers de travail. Créés en fonction des priorités qui seront établies en assemblée, les chantiers seront assortis de divers indicateurs de performance et obligations de résultats. Sur le terrain, le maire Tremblay et son équipe s'engagent, pour leur part, à faire le suivi qui s'impose pour que les priorités identifiées par voie de consensus se concrétisent.

Autre objectif avoué: réduire la dépendance financière de la Ville à l'égard de la taxe foncière. Pour y arriver, le maire Tremblay envisage la signature de «contrats de ville» avec les différents partenaires, dont les gouvernements fédéral et provincial. «Traditionnellement, l'argent distribué par Ottawa ou Québec nous a été fourni à travers des programmes complexes. Il faut en arriver à sortir de ces carcans et à signer des ententes sur la base d'une enveloppe budgétaire à laquelle des obligations de résultats sont rattachées, quitte à faire des rapports aux six mois pour évaluer où nous en sommes et à rectifier le tir. En période de restriction budgétaire ou de problèmes économiques, on ne peut pas s'en tenir aux façons traditionnelles de faire les choses. Il faut sortir des sentiers battus, être créatifs. C'est la seule façon d'atteindre nos objectifs.»


La suite d'une aventure en politique

Le discours n'est pas sans rappeler le Gérald Tremblay d'une autre époque, alors que, ministre de l'Industrie, du Commerce et de la Technologie, en pleine récession économique, il parlait de grappes industrielles et de qualité totale. Des concepts d'abord décriés, puis repris depuis sous diverses formes.

En fait, pour le principal intéressé, l'aventure politique amorcée en novembre 2001 est ni plus ni moins que la suite logique de ce qu'il a entrepris au début des années 90. «Tout le monde le sait, en politique, on n'est que de passage. D'ailleurs, j'ai toujours dit qu'il m'avait manqué cinq ans en politique pour vraiment atteindre mes objectifs et avoir le sentiment que j'avais fait une différence. Je me suis préparé à ce que je suis en train de vivre pendant cinq ans. J'ai le privilège de pouvoir contribuer encore une fois, de pouvoir mettre de l'avant le fameux modèle d'action orienté vers le citoyen dont je rêve depuis longtemps. Le défi est colossal. Je le sais. Mais je sais aussi que nous allons y arriver. Je vois déjà la ville que nous pouvons créer dans ma tête. C'est comme une cité où le citoyen est à la base de toutes les actions. On ne peut plus se permettre de gérer le statu quo et de retarder les échéances, d'abandonner un plus grand nombre de gens chaque jour. Il faut créer un environnement où tous les intervenants se sentent partie prenante. Il faut donner de l'espoir aux gens, leur donner le goût de réussir la nouvelle ville. C'est l'engagement de ma vie. Je ne ménagerai aucun effort pour y arriver.»