Une entrevue avec André Boisclair - Québec à la recherche d'un contrat avec la nouvelle ville

Le ministre sera du Sommet la semaine prochaine. André Boisclair y voit l'occasion de conclure une entente de principe avec l'administration municipale. L'économie, l'aménagement et le développement social sont présentés comme des dossiers prioritaires. Propos optimistes sur le projet de réforme en cours.

Ministre d'État aux Affaires municipales et à la Métropole, à l'Environnement et à l'Eau, André Boisclair se sent particulièrement interpellé dans le cadre de ses responsabilités par le Sommet de Montréal. Mettant la dernière main à l'ouvrage, il prépare ses troupes à discuter financement, responsabilités particulières, allégement du cadre législatif pour la nouvelle ville, projets ponctuels et particuliers, bref, on concocterait un «cocktail d'initiatives» visant à mobiliser l'ensemble des partenaires montréalais afin de les inciter à travailler avec le plus d'enthousiasme possible à réussir cette profonde réorganisation municipale.

«L'idée, c'est d'arriver à discuter de ce que pourrait être un contrat de ville avec la nouvelle municipalité de Montréal où nous pourrions aborder de nouveaux rapports sous l'angle des relations Québec/Montréal. Il y a une volonté de soutenir l'administration municipale au meilleur de nos compétences. La Ville travaille à réunir l'ensemble des intervenants clés pour qu'ils collaborent à intégrer ces priorités dans un plan d'action. Des chantiers importants seront lancés dans ce contexte et le gouvernement va venir en soutien à la Ville de Montréal.»


Pour un plan quinquennal

Le premier ministre et lui-même seront présents aux rencontres des 4, 5 et 6 juin afin de conclure une entente de principe sur ce contrat de ville. «Ce que je vise, c'est un contrat qui pourrait couvrir une période de cinq ans. Je pense que nous aurons l'occasion de nous entendre sur trois éléments, soit à la fois un chapitre qui viendrait définir des caractéristiques générales du contrat et de nouvelles règles de gestion; il y aura aussi un chapitre davantage sectoriel pour qu'il y ait une plus grande symétrie entre les gouvernements et l'organisation de la ville et un chapitre sur le financement de certaines activités de la Ville, ce qui serait donc véritablement un nouveau départ pour cette grande métropole.»

Il précise que des thèmes particuliers seront privilégiés, les mêmes qui ont amené, selon lui, le gouvernement à poser des gestes importants: renforcement de l'économie montréalaise dans des secteurs de pointe tels que le multimédia, le commerce électronique et la biotechnologie, qui devraient aussi contribuer d'après lui à la consolidation du positionnement international de Montréal. En bon politicien, il rappelle que tout l'aspect du développement social et communautaire restera un élément incontournable — ce qui comprend notamment la question du logement social avec la présence de quartiers plus sensibles, l'intégration des immigrants et l'interculturel —, et que l'aide à l'emploi et à la main-d'oeuvre constituera un élément fort du développement économique montréalais. Il ajoute enfin: «Il est clair que nous allons apporter beaucoup d'attention au cours des prochaines semaines à la question de l'aménagement et de la protection du territoire.»

Parmi les grands défis se pose celui de densifier les actuels périmètres urbains où l'on attend 220 000 nouveaux ménages, tout en se souciant de la protection de l'environnement. «Au rythme où le déboisement se réalise, certains auraient raison de craindre ce qui pourrait arriver d'ici 10 ans et je le reconnais d'emblée.»


Appui à la nouvelle ville

Soucieux d'en arriver à définir les bases de ce que pourrait être un contrat de ville avec l'administration municipale, il prédit que le gouvernement va envoyer un signal très clair pour indiquer qu'il reconnaît le rôle de premier plan joué par la Ville de Montréal, en reconnaissant l'importance d'appuyer la nouvelle ville pour qu'elle atteigne pleinement ses objectifs.

«Dans les trois prochaines années, le gouvernement du Québec prévoit effectuer sur le territoire de Montréal des investissements de six milliards de dollars dans des projets d'immobilisation, et plus de la moitié de cette somme sera consacrée à la consolidation et au développement d'infrastructures stratégiques du savoir. De plus, une partie sera investie dans l'infrastructure autoroutière et les transports en commun, et ce n'est qu'un début. Montréal, dans les cinq prochaines années, va prendre un tout nouveau visage dans le cadre urbain du centre-ville, que ce soit par la Place des festivals, le quartier international de Montréal ou l'université Concordia.»

Le ministre soutient de plus que tous ces grands projets ont été salués par l'administration de Montréal, qui a collaboré à chacune des annonces, et se dit très satisfait du dialogue qu'il entretient avec le maire Tremblay. «Nous avons des rapports de très grande qualité. Je pense que le maire sait qu'il peut compter sur mon enthousiasme à construire et à réussir cette nouvelle Ville et cela s'illustre par l'engagement manifeste de notre gouvernement, des actions multiples que nous menons et, encore mieux, par les résultats tangibles que les Montréalais peuvent identifier.»


Financement et déséquilibre fiscal

Travaillant déjà depuis quelques semaines avec l'administration Tremblay à préparer la contribution du gouvernement du Québec à ce sommet, le ministre Boisclair a déjà dressé un bilan exhaustif, qu'il a rendu public cette semaine, sur les actions menées et sur celles qu'ils entendent mener. Il souhaite que l'optimisme qu'il partage avec le maire de Montréal puisse être compris dans ce contrat de ville.

Quelques nuages planent tout de même à l'horizon. «J'admets volontiers qu'il existe encore des difficultés de financement dans un contexte où le gouvernement fédéral indique de nouvelles velléités d'intervenir dans des champs de compétence provinciale, entre autres, dans le domaine municipal. M. Martin prendra part à une conférence à Hamilton ces jours-ci. On s'attend à une nouvelle offensive du fédéral et il est clair dans mon esprit que nous devons à cette occasion obtenir un consensus montréalais à l'effet que la solution au problème de financement des villes passe par le redressement du déséquilibre fiscal qui afflige les provinces. Ce sont les revendications que tous les gouvernements du Québec ont plaidé, de Jean Lesage à Bernard Landry en passant par Robert Bourassa, et c'est une position qui a été défendue par tous les maires de Montréal depuis Drapeau. Je plaide ici la continuité.»

Cela dit, il considère que la réorganisation municipale est sans doute une des grandes réalisations du gouvernement du Québec. «Nous nous enorgueillissons de cette réforme. Nous voulons montrer aux Québécois qu'il est possible, malgré le cynisme ambiant, de réussir des réformes lorsqu'on mobilise la société civile comme on l'a fait dans des comités de transition, lorsqu'on mobilise des administrations municipales et une administration nationale qui sont compétentes — je pense particulièrement au ministère des Affaires municipales et de la Métropole. Comme on l'a fait, avec un appui politique sans précédent, cela donne des résultats.»