Montréal veut bannir les pesticides...

Les Montréalais devront éventuellement s'accommoder de la présence de pissenlits sur leur pelouse ou trouver des façons écologiques d'en venir à bout. À l'instar de plusieurs municipalités québécoises, l'administration municipale a l'intention de restreindre l'utilisation de pesticides sur son territoire.

En campagne électorale, le maire Gérald Tremblay avait manifesté sa volonté d'interdire le recours aux pesticides à des fins esthétiques à l'échelle de l'île. Vingt ex-municipalités de banlieue disposaient déjà d'une réglementation sur l'usage de ces produits toxiques au moment des fusions municipales. Ces mesures restrictives ont continué de s'appliquer dans les 13 arrondissements touchés, mais l'ex-Ville de Montréal n'avait jamais adopté de politique en cette matière. «Nous nous sommes inspirés de ces divers règlements existants et des meilleures pratiques pour essayer d'élaborer un projet de règlement équilibré qui irait le plus loin possible afin d'établir des standards plus élevés», a indiqué hier Alan DeSousa, responsable du développement durable au comité exécutif.

La Ville de Montréal soumettra donc à la consultation publique un projet de règlement visant à interdire de façon générale l'usage d'herbicides, d'insecticides et de fongicides à la grandeur de l'île. Elle introduit toutefois dans son projet une série d'exceptions. Ainsi, le recours aux pesticides sera permis en cas d'infestation d'insectes ou afin de contrôler une population d'araignées ou de fourmis indésirables. Pour aller de l'avant, les Montréalais devront obtenir un permis, et la Ville n'exclut pas la possibilité de dépêcher un employé sur place pour constater l'étendue de l'invasion.

Les terrains de golf, les piscines, les bassins artificiels en vase clos et les entrepôts des sociétés alimentaires seront également épargnés par cette interdiction, tout comme les institutions scientifiques de la Ville telles l'Insectarium, le Biodôme et le Jardin botanique, qui doivent protéger l'intégrité de leurs collections et de leurs aménagements.

La Ville entend toutefois appliquer une interdiction totale aux endroits qu'elle a baptisés «zones sensibles», c'est-à-dire les aires de jeu des parcs municipaux, les terrains des garderies, les écoles, les établissements de santé, les résidences pour personnes âgées et les lieux de culte.

Les arrondissements, qui ont déjà le pouvoir d'appliquer la réglementation sur les pesticides, pourraient rendre plus restrictive la politique de la Ville en décidant par exemple d'interdire, sans dérogation possible, l'épandage de pesticides dans un parc municipal situé sur leur territoire.

Le non-respect du nouveau règlement vaudra aux citoyens contrevenants des amendes de 100 à 1000 $ pour une première infraction et de 300 à 2000 $ pour toute récidive. De leur côté, les entreprises seront passibles d'amendes pouvant aller jusqu'à 4000 $.

Le nouveau règlement n'entrera vraisemblablement pas en vigueur avant l'été car la Ville prévoit d'abord de mener des consultations à ce sujet. Aussi, son application pourrait s'avérer ardue. Alan DeSousa croit qu'une période de sensibilisation du public et un changement des mentalités seront indispensables, et il compte sur la vigilance des citoyens pour faire entendre raison à ceux qui ne respecteraient pas le règlement.

La Coalition pour les alternatives aux pesticides s'est réjouie du projet de règlement présenté par la Ville. Dans un communiqué émis en fin d'après-midi hier, les membres de la coalition ont qualifié de «grand pas en avant» les intentions de l'administration municipale. Ils souhaiteraient toutefois que la nouvelle politique soit appliquée dès l'été car, croient-ils, les Montréalais sont prêts pour un contrôle plus serré en matière de pesticides, et «tous ces délais ne servent pas la population montréalaise».

Rappelons que Québec compte aussi serrer la vis aux utilisateurs de produits toxiques. Les consultations sur le projet de code de gestion des pesticides ont été complétées et la proposition finale devrait être rendue publique sous peu, a indiqué hier le ministre de l'Environnement, André Boisclair. Ce nouveau code établira une série de règles portant sur l'utilisation de pesticides sur l'ensemble du territoire québécois, tant en milieu urbain qu'en territoire agricole, interdisant notamment l'épandage de produits toxiques sur les terrains fréquentés par des enfants. Il restreindra également la vente libre de certains produits d'usage domestique.

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