Alliance avec Benoit Labonté: une voie suicidaire pour Projet Montréal

Certains membres de Projet Montréal vont jusqu’à remettre en question le leadership de Richard Bergeron.
Photo: Jacques Nadeau Certains membres de Projet Montréal vont jusqu’à remettre en question le leadership de Richard Bergeron.

Des membres influents du parti Projet Montréal s'opposent à toute alliance avec Vision Montréal en vue des élections municipales de novembre 2009. Une telle coalition serait suicidaire pour Projet Montréal et conduirait à sa disparition éventuelle, soutiennent-ils. Certains vont jusqu'à remettre en question le leadership de Richard Bergeron qui n'a pas reçu de mandat de ses membres avant d'engager des discussions avec son adversaire, Benoit Labonté.

Une alliance entre Projet Montréal et Vision Montréal est «contre nature», croit l'ancien conseiller municipal du Rassemblement des citoyens de Montréal (RCM) et membre fondateur de Projet Montréal, Paul Cliche. Richard Bergeron est un idéaliste qui a mis de côté sa carrière d'urbaniste pour se lancer en politique et fonder Projet Montréal alors que le chef de Vision Montréal, Benoit Labonté, est un politicien traditionnel et un carriériste, explique M. Cliche dans une lettre publiée en page A 8.

Mais c'est surtout sur le plan idéologique que les deux formations diffèrent. «Pour faire une alliance, à moins que ce soit de l'opportunisme électoral, il faut que les deux formations se rejoignent sur un point ou l'autre et qu'il y ait un voisinage idéologique, a indiqué M. Cliche hier en entrevue au Devoir. Mais ces formations sont tellement dissemblables.»

Benoit Labonté ne voudra pas jouer les seconds rôles au sein d'une telle coalition, croit M. Cliche. En cas de victoire, M. Bergeron serait nommé au comité exécutif, dit-il, mais ses projets seraient vite évacués, comme cela avait été le cas lorsque le RCM s'était sabordé au profit du parti de Gérald Tremblay, en 2001: «M. Bergeron serait bien naïf de penser que ses idées pourraient prévaloir», dit-il.

Discussions informelles

La semaine dernière, Richard Bergeron avait reconnu avoir engagé des discussions informelles avec Benoit Labonté afin de former une coalition en prévision du scrutin de 2009. Il avait toutefois admis que certains dossiers opposaient les deux hommes, qu'il s'agisse du réaménagement de la rue Notre-Dame ou du projet Griffintown.

D'autres membres du parti ne digèrent pas l'initiative de M. Bergeron et lui reprochent d'avoir agi sans avoir obtenu, au préalable, l'aval des membres de Projet Montréal. «Une alliance avec Vision Montréal, ce serait la pire des erreurs qui pourraient arriver à Projet Montréal. [...] Ce serait un geste suicidaire», soutient Yanick Lefebvre, membre fondateur du parti qui a siégé au comité de direction à la suite de sa création de la formation politique. Projet Montréal est un parti progressiste qui n'a rien en commun avec Vision Montréal et qui a construit sa crédibilité en appliquant une méthode différente de faire de la politique, fait-il valoir.

Rappelons que, la semaine dernière, Richard Bergeron avait confié au Devoir que certaines fonctions protocolaires liées au poste de maire en l'enchantaient pas. «Ce n'est pas avec quelqu'un comme Richard Bergeron qu'on va pouvoir avoir un maire», commente M. Lefebvre qui souhaite que le parti poursuive sa progression, le temps de trouver un autre chef dans une perspective à plus long terme. Encore la semaine dernière, M. Bergeron se disait disposé à céder sa place à la direction du parti si un candidat d'envergure manifestait son intérêt pour ce poste.

Reste que les propos parfois maladroits que M. Bergeron tient en présence des médias, son manque de sens politique et son rôle trop effacé indisposent M. Lefebvre. Celui-ci reproche notamment à M. Bergeron de ne pas avoir attaqué avec assez de vigueur le maire Gérald Tremblay lorsque celui-ci a annoncé l'implantation d'un tramway sur l'avenue du Parc, une idée repiquée au programme de Projet Montréal.

Des membres entendent réclamer la tenue d'un conseil général afin de discuter de la question et, à tout le moins, envoyer un sérieux avertissement à leur chef.