L'industrie du taxi ne veut pas d'une couleur unique

Montréal a lancé mardi cinq concours de design, dont un qui consistera à créer une image distinctive pour les taxis de la ville — un projet vertement accueilli par l’industrie.
Photo: Jacques Grenier Montréal a lancé mardi cinq concours de design, dont un qui consistera à créer une image distinctive pour les taxis de la ville — un projet vertement accueilli par l’industrie.

Le projet de la Ville de Montréal d'uniformiser la couleur des taxis montréalais reçoit un accueil glacial de la part des représentants de l'industrie du taxi. Les chauffeurs, qui peinent à gagner leur vie, estiment que la Ville, plutôt que de se soucier de la couleur des véhicules, devrait s'attaquer à des problèmes plus urgents, comme le transport illégal.

«J'ai 64 ans, je travaille comme un fou et je n'arrive pas à payer mon loyer!», lance Peter Michailos lorsqu'on lui parle du projet de l'administration Tremblay. Le chauffeur de taxi ne se gêne pas pour pester contre la multiplication des chantiers de construction qui s'éternisent dans la métropole et compliquent le travail des chauffeurs. Son collègue Guercy Edmond croit que la Ville devrait plutôt s'occuper du transport illégal et des portiers d'hôtel qui vendent des courses de taxi jusqu'à l'aéroport à des touristes, de connivence avec des chauffeurs.

Mardi soir, à l'occasion de la soirée Pecha Kucha Montréal, consacrée au design, le maire Gérald Tremblay a annoncé son intention de lancer cinq concours de design pour la métropole. L'un d'eux consistera à créer une image distinctive pour les taxis montréalais, à la manière des voitures jaunes de New York ou des coccinelles de Mexico.

Le responsable du dossier du transport au comité exécutif, André Lavallée, affirme qu'il n'est pas question de procéder de façon unilatérale, par voie de règlement, mais en partenariat avec l'industrie du taxi. La Ville dit souhaiter que les propriétaires de taxis, qui sont des «ambassadeurs» pour la Ville auprès des touristes, se dotent de véhicules plus écologiques. «Tant qu'à faire, pourquoi ne pas considérer l'idée d'une couleur unique de taxi? On pourrait avoir des taxis verts dans les deux sens du terme», explique-t-il. L'administration reconnaît toutefois que les taxis montréalais ne peuvent se comparer à ceux de New York, car la majorité des chauffeurs de la métropole sont des travailleurs autonomes qui utilisent leur véhicule personnel pour leur travail.

Des débours

À l'Association de taxi Diamond, qui regroupe 2500 chauffeurs, on s'étonne que l'idée de taxis uniformes, évoquée il y a quelques années, refasse surface. «Je pensais que c'était mort», commente le président-directeur général de l'entreprise, Dominique Roy. Selon lui, l'idée n'est pas mauvaise, mais elle comporte plus d'inconvénients que d'avantages, notamment parce que la mesure occasionnerait des débours supplémentaires pour les propriétaires. Peindre les véhicules coûte plusieurs milliers de dollars, rappelle-t-il. «Et le dimanche, les chauffeurs vont à la messe avec leur véhicule. Ils ne veulent pas nécessairement avoir une voiture peinte en rose ou en jaune, avec un damier», ajoute-t-il.

M. Roy croit qu'il serait plus sensé d'accorder des incitatifs aux chauffeurs pour qu'ils se tournent vers la technologie hybride, ce qu'ils hésitent encore à faire. Diamond dispose d'un taxi hybride, et c'est le seul dans la métropole, signale-t-il.

L'idée des taxis de couleur uniforme fait bien rire Mario Sabourin, président de Travailleurs autonomes Québec, qui regroupe 4000 chauffeurs de taxis au Québec, dont une majorité à Montréal. «Ça ne fonctionnera pas, dit-il. Si la Ville a de l'argent, elle devrait le consacrer à contrer le transport illégal et devrait travailler à améliorer le service et l'accès aux taxis près des stations de métro, par exemple.»