Marcel Parent démissionne... temporairement

C'est avec un grands fracas, hier, que le président du Conseil municipal de Montréal, Marcel Parent, a démissionné... temporairement.

Dans une ambiance ubuesque, M. Parent a tiré sa révérence en pleine séance du conseil après que son parti, l'Union des citoyens de l'île, eut tenté de mettre fin à un débat avant même qu'il ne commence. Quelques minutes plus tard, cependant, il revenait sur sa décision.


«Si les chefs ne se parlent pas, il est absolument impossible de mener, de diriger ou d'animer d'une façon démocratique une assemblée comme celle-ci, a lancé M. Parent au plus fort d'une foire d'empoigne entre les deux partis. Monsieur le maire, je regrette beaucoup, j'ai accepté pour vous, vous me l'avez demandé, mais je ne peux pas continuer à opérer comme ça. Ça me fait de la peine, parce que je commençais à aimer ça, mais je suis obligé de vous quitter.»


Après avoir prononcé, à la surprise générale, ces quelques mots, M. Parent s'est transformé en coup de vent. Il a quitté la salle du conseil puis s'est engouffré dans son bureau, laissant pantois des conseillers municipaux à la bouche ouverte.


Puis... à la sortie des toilettes, coincé par les journalistes, M. Parent a pris le temps de s'expliquer. Après s'être entretenu avec la garde rapprochée du maire Tremblay, M. Parent faisait alors volte-face. «Je n'ai pas démissionné, j'ai dit que je quittais la réunion du conseil, a-t-il soutenu, visiblement secoué par les événements. J'ai l'intention de demander aux deux chefs de parti de me rencontrer d'ici la fin de la journée de façon à ce que chacun fasse des efforts pour que l'institution puisse continuer à fonctionner.»


Et ces efforts, M. Parent ne les perçoit ni d'un côté ni de l'autre. À chaque conseil municipal depuis la création de la nouvelle ville, la tension entre les partis monte en effet d'un cran, ce qui rend les débats plus que houleux. Et difficiles à gérer, déplore le président. «J'ai présidé la Commission des écoles catholiques de Montréal, j'ai présidé la Commission des institutions et la Commission de l'éducation à l'Assemblée nationale, j'ai présidé le caucus dans le deuxième terme de Robert Bourassa au moment où ce n'était pas facile. Mais je n'ai jamais vécu des expériences comme celle-là.»


Excédé, M. Parent l'était donc lorsque son propre parti, hier après-midi, a profité d'une erreur qu'il avait commise pour tenter de bâillonner l'opposition. Plutôt que de suivre l'ordre des interventions qui aurait permis à l'opposition de se faire entendre, M. Parent a accidentellement donné la parole à Luis Miranda... qui en a profité pour demander une question préalable, mettant ainsi fin au débat avant qu'il ne débute!


Questionnés à ce propos, les deux chefs qui devaient se rencontrer en soirée, hier, ont rejeté la faute sur l'autre. Pour le maire Tremblay, l'utilisation de la question préalable est justifiée parce que l'opposition abuse de son temps de parole. Les interventions de l'Équipe Bourque n'ont «aucune valeur ajoutée et ne servent qu'à prendre du temps, qu'à mettre en place des mesures dilatoires», estime-t-il.


De son côté, le chef de l'opposition accuse l'Équipe Tremblay d'avoir utiliser la question préalable comme aucune autre administration montréalaise.


Il trouve inacceptable d'être bâillonné à tout moment par le parti au pouvoir. Au moment de mettre sous presse, la rencontre entre les deux chefs n'avait pas encore eu lieu.