Fraude électorale dans Anjou - Reconnu coupable, Berardinucci veut régler ses comptes avec le Parti libéral

Lors de la fraude électorale qui s'est déroulée en 1998 dans Anjou, le Parti libéral aurait utilisé une soixantaine de téléphones cellulaires de sympathisants à des fins électorales, sans les comptabiliser dans les dépenses présentées au Directeur général des élections.

C'est ce que prétend Alberto Berardinucci qui dit avoir lui-même prêté son téléphone cellulaire le jour du vote par anticipation, le 22 novembre 1998 ainsi que la veille et le jour du scrutin, les 29 et 30 novembre 1998. M. Berardinucci, qui a été reconnu coupable d'avoir orchestré les manoeuvres illégales visant l'usurpation d'identités pour changer les résultats du vote lors des élections générales de 1998 dans Anjou, ne cache pas sa frustration d'avoir été montré du doigt et renvoie la balle au Parti libéral.

«Ils [les libéraux] ne peuvent même pas dire à qui allaient les téléphones cellulaires. Ils ont eu une soixantaine de téléphones. Il y avait des personnes sur la route, d'autres dans le local électoral et d'autres dans différentes écoles. Qui appelait qui, on ne peut pas le dire», a affirmé M. Berardinucci au Devoir.

M. Berardinucci a présenté cette façon de contourner la déclaration obligatoire des dépenses électorales comme une chose banale. Il faut dire que l'utilisation de téléphones cellulaires est un élément de la preuve technique présentée contre M. Berardinucci lors du procès de ce dernier.

Un expert en téléphonie cellulaire avait démontré à la cour comment on pouvait localiser le téléphone de M. Berardinucci. Par exemple, il a été établi qu'au cours de la campagne électorale, il y a eu 51 communications entre le téléphone de M. Berardinucci et le PLQ.

Le Parti libéral a toujours soutenu n'avoir aucune connaissance de l'arnaque. Quant à la collaboration de M. Berardinucci dans l'organisation libérale d'Anjou, le PLQ a assuré qu'elle s'était limitée à deux semaines en début de campagne. M. Berardinucci affirme avoir eu un conflit avec l'organisateur d'Anjou, Jacques Morin. De son côté, le député libéral Jean-Sébastien Lamoureux élu avec une mince majorité de 143 voix, a toujours assuré de ne rien connaître de cette fraude qui aura entraîné sa démission.

«Il y a eu enquête du Directeur général des élections qui a lavé le PLQ de tout soupçon», a rappelé hier au Devoir le directeur général du PLQ, Joël Gauthier.

Ce dernier s'est étonné que M. Berardinucci fasse des commentaires sur une supposée utilisation de téléphones cellulaires par le PLQ qui ne l'aurait pas déclaré comme dépense électorale alors que M. Berardinucci a eu tout le loisir de le faire durant son procès. M. Gauthier a souligné par ailleurs qu'à sa connaissance M. Berardinucci était un spécialiste des élections municipales.

De fait, Alberto Berardinucci est un travailleur d'élections de longue date au niveau municipal. Lors de l'élection municipale d'Anjou en 1997, il faisait partie de l'équipe derrière Luis Miranda, alors maire d'Anjou et aujourd'hui conseiller municipal à Montréal. L'année suivante, il a participé à l'organisation qui a permis la réélection de Pierre Bourque à la mairie de Montréal qui sera candidat pour l'Action démocratique dans Bourget lors des prochaines élections provinciales.

Mordu d'élections, M. Berardinucci aimerait bien plonger lors du prochain scrutin. «J'adore un parti et c'est l'ADQ. Si Mario Dumont avait un bon organisateur pour le diriger...», a-t-il laissé tomber. Mais M. Berardinucci ne peut toucher à la politique. Il a été condamné à payer une amende de 10 000 $ en plus d'être inéligible pour cinq ans parce qu'il a acheté des votes pour 10 $ chacun.

L'appel de M. Berardinucci a été entendu il y a une dizaine de jours devant la Cour supérieure. Une décision est attendue dans les prochaines semaines.