Tous en piste!

Curieux, tout de même. Depuis plus d'une décennie, la popularité du vélo à Montréal va grandissant. Malgré tout, aucun investissement majeur n'a été fait dans le réseau cyclable depuis les dix dernières années. Un paradoxe que déplore bien haut Vélo Québec.

Cela est d'autant plus étrange que la teneur des sommets d'arrondissement qui se sont tenus sur l'île le mois dernier ont prouvé hors de tout doute que le vélo est une préoccupation des citoyens. Au point même que Vélo Québec a été étonné de la popularité de la bicyclette: 23 des 27 sommets ont accouché de propositions mentionnant le vélo.


«Le vélo est à Montréal ce que la tarte aux pommes est à la Nouvelle-Angleterre, s'est réjoui le directeur général de l'organisme, Jean-François Pronovost. C'est extrêmement encourageant pour la suite des choses.»


La suite des choses pour Vélo Québec, c'est l'adoption, lors du sommet de Montréal qui aura lieu la semaine prochaine, d'un plan d'actions qui «permettra d'en finir avec le mode stationnaire sur lequel le vélo a roulé depuis les 15 dernières années».


Ce plan d'actions réclamé reprend les demandes faites en octobre dernier lors des élections municipales, lesquelles ont été bonifiées ces dernières semaines lors du sommet virtuel tenu par Vélo Québec. Une centaine de commentaires et de propositions ont ainsi été acheminés à l'organisme. Ironiquement, pour résumer le tout, Vélo Québec a dépoussiéré un slogan du groupe Le Monde à bicyclette vieux de plus de 25 ans: «On veut des pistes!»


L'ensemble des consultations ont mené à un consensus qui se synthétise dans une formule, disons, très actuelle: une île, un réseau cyclable cohérent. «Il n'y a pas eu de développement depuis 10 ans dans le réseau cyclable montréalais, sinon des petites choses ici et là», a fait remarquer M. Pronovost. Or les citoyens veulent un réseau cyclable cohérent, a-t-il ajouté, qui permette de traverser la ville sans se buter à tout moment à un cul-de-sac.


C'est pourquoi Vélo Québec suggère que 175 kilomètres de pistes cyclables soient ajoutés aux 350 kilomètres existants. «Et ça, ce n'est que pour compléter les grands axes», a précisé François Vermette, coordonnateur du développement du Réseau vélo métropolitain. Vélo Québec estime qu'avec une enveloppe annuelle d'environ 3,5 millions de dollars, le chantier pourrait être terminé en cinq ans.





Réputation de Montréal


Un des problèmes actuels réside dans le fait que la classe politique s'assoit sur la réputation de Montréal, croit Vélo Québec. Combien de fois a-t-on entendu que Montréal avait été classée première ville de vélo par la revue américaine Bicycling? Des centaines. Mais combien de fois a-t-on précisé que les infrastructures n'y étaient pour rien? Que l'ambiance était au coeur du classement? Aucune, déplore le d.g. de Vélo Québec. «Et à l'heure actuelle, je ne présenterais pas la candidature de Montréal vu la qualité de son réseau cyclable», a-t-il ajouté.


Conséquence? Les pistes cyclables sont saturées la fin de semaine. D'autres pistes n'aboutissent qu'à un triste cul-de-sac. Certaines, enfin, laissent le cycliste sur sa faim alors qu'elles s'achèvent sur un simple panneau «fin», tout simplement parce que l'arrondissement dans lequel on entre n'a pas cru bon investir dans le réseau. «Le message de la part des participants aux différents sommets est clair: ils veulent faire du vélo et ils veulent que leurs enfants puissent en faire en toute sécurité, indique M. Pronovost. Il y a à Montréal un terrain propice, il y a une réelle passion pour le vélo, il fait que le reste suive...»


Le reste, c'est un meilleur accès au centre-ville, c'est un Réseau vert de plus de trois kilomètres, c'est un réseau qui permet aux cyclistes de faire le tour de l'île sur des pistes réservées à cet effet, c'est un réseau cyclable qui est rattaché aux stations de métro, aux gares et à l'aéroport.


Et c'est également une nouvelle vision qui permettrait de percevoir le vélo comme un moyen de transport sur un pied d'égalité avec la voiture et l'autobus. En ce sens, Vélo Québec demande aux différents ordres de gouvernement d'intégrer la bicyclette aux politiques de planification de transport. Cela constitue d'ailleurs une des trois principales revendications de l'organisme avec un meilleur lien entre les arrondissements et la mise en valeur de l'archipel.


À ce dernier chapitre, Vélo Québec demande qu'une intervention récréotouristique mette davantage en valeur les différents attraits de l'île, qu'ils soient patrimoniaux ou autres.