Émeute à Montréal-Nord - Jacques Dupuis assure Tremblay que l'enquête sera transparente

Le maire Tremblay a multiplié les appels au calme hier, affirmant qu’il ne tolérera pas que des agents des services de police, médicaux d’urgence ou de prévention des incendies soient victimes d’atteintes physiques. Derrière le maire, le direc
Photo: Pascal Ratthé Le maire Tremblay a multiplié les appels au calme hier, affirmant qu’il ne tolérera pas que des agents des services de police, médicaux d’urgence ou de prévention des incendies soient victimes d’atteintes physiques. Derrière le maire, le direc

Au lendemain de l'émeute qui a embrasé un quartier de Montréal-Nord dimanche soir, le maire Gérald Tremblay a reçu l'assurance du ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, que l'enquête de la Sûreté du Québec (SQ) sur le décès de Freddy Villanueva, samedi, se déroulera en toute transparence. Mais plusieurs voix se sont élevées, hier, pour réclamer que l'enquête soit plutôt confiée à une commission indépendante.

Comme c'est le cas chaque fois qu'un décès survient lors d'une opération policière, l'enquête visant à éclaircir les circonstances entourant le décès de Freddy Villanueva, 18 ans, tué par un policier du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) samedi soir, a été confiée à un autre corps policier, soit la SQ.

En conférence de presse hier, Gérald Tremblay a souligné que la famille de la victime et les résidants de Montréal-Nord voulaient comprendre le plus rapidement possible ce qui était arrivé. «Je fais confiance au ministre de la Sécurité publique, qui aura à mettre en place les mécanismes d'enquête», a indiqué M. Tremblay.

Mais le maire de Montréal s'est bien gardé d'exiger du ministre la tenue d'une enquête publique. «Je veux m'assurer que ça soit très transparent, que l'enquête se fasse dans les plus brefs délais et surtout que [les résultats] soient bien connus au niveau de la population pour qu'on ait des résultats concrets le plus rapidement possible», a affirmé M. Tremblay.

Le ministre, qui était à l'étranger, a discuté de la question avec le maire par téléphone hier matin, lui assurant que la SQ allait rendre compte publiquement et de façon régulière du déroulement de l'enquête. La SQ prévoit d'ailleurs tenir un point de presse aujourd'hui à 14h à ce sujet. Pour sa part, le ministre Dupuis n'a pas voulu commenter publiquement les événements de la fin de semaine. Rentré d'urgence au pays hier soir, il sera à Montréal aujourd'hui afin de rencontrer les autorités policières et les élus, dont le maire Tremblay.

Enquête indépendante réclamée

Malgré ces assurances, les doutes persistent. Pour la Ligue des noirs du Québec, il est inacceptable que des policiers enquêtent sur d'autres policiers. «Ce sont toujours des enquêtes camouflées et les résultats sont toujours bien connus avant même que ces enquêtes soient commencées», a déploré le président de la Ligue, Dan Philip. Il suggère que le ministre ordonne la tenue d'une enquête publique pour faire toute la lumière sur les événements de la fin de semaine. Il demande également qu'à l'avenir, un comité indépendant soit mis sur pied afin d'enquêter sur les décès qui surviennent lors d'opérations policières. Ce comité pourrait être dirigé par un juge à la retraite, a-t-il précisé.

Le député de Dubuc et porte-parole du Parti québécois en matière de sécurité publique, Jacques Côté, croit lui aussi que le temps est venu de changer les façons de faire. «Je ne veux pas douter du travail de la SQ, mais si on veut regagner la confiance des citoyens envers l'institution de la police, je pense qu'il faut créer un comité indépendant, a-t-il indiqué. Si la SQ en arrivait à exonérer les policiers qui ont tiré sur le jeune, les gens vont dire que la police protège la police.» Ce comité, ajoute-t-il, pourrait être présidé par une personne dont la crédibilité doit être sans tache, qu'il s'agisse d'un juge à la retraite, d'un professeur d'université, d'un ancien député ou d'un ex-ministre.

Professeur à École de criminologie de l'Université de Montréal, André Normandeau suggère pour sa part que le ministre permette à des représentants de la société civile de participer à l'enquête aux côtés des policiers. Un élu municipal de Montréal-Nord et un leader des communautés culturelles pourraient travailler sur un pied d'égalité avec les policiers, propose-t-il. Cette procédure permettrait de dissiper les doutes qui pourraient subsister si l'enquête était menée exclusivement pas des policiers. Cette formule est utilisée depuis 1986 à Toronto, où on l'a baptisée Police Citizen Review, fait-il valoir.

Compte tenu de l'urgence de la situation, le ministre devrait également exiger que l'enquête policière soit menée dans un délai maximal de quatre à six semaines, ajoute M. Normandeau. Le contenu du rapport de l'enquête devra être rendu public, insiste-il.

Le maire Tremblay a multiplié les appels au calme hier, au lendemain des émeutes. Il a indiqué qu'il ne tolérera pas que des agents des services de police, médicaux d'urgence ou de prévention des incendies soient victimes d'atteintes physiques. Rappelons que trois policiers et un ambulancier ont été blessé, dimanche soir, lors des émeutes. Une policière a été atteinte à la jambe par un projectile d'arme à feu. Six personnes ont été arrêtées.

Le directeur du SPVM, Yvan Delorme, a fait état, tôt hier matin, des dégâts des émeutiers. Près de 40 méfaits ont été rapportés au service de police, trois camions de pompiers ont été endommagés et huit automobiles ont été incendiées.

«Des événements comme ceux qui se sont produits [samedi] sont inacceptables. Ce genre d'acte de violence n'a pas sa place à Montréal et je veux rassurer la population que nous allons prendre toutes les précautions nécessaires pour s'assurer que de tels événements ne se reproduisent plus», a affirmé Gérald Tremblay. Le directeur du SPVM, Yvan Delorme, et le responsable de la sécurité publique au comité exécutif, Claude Dauphin, ont été sommés par le maire de mettre en place des mécanismes nécessaires afin que de telles émeutes ne se répètent pas.

D'un air sévère, le maire de l'arrondissement de Montréal-Nord, Marcel Parent, a tenu à rappeler les proportions des événements: «Montréal-Nord est un endroit où il fait bon vivre. On a des problèmes dans un petit coin de Montréal-Nord. On est fiers d'habiter à Montréal-Nord. On va les régler les problèmes à Montréal-Nord.» Marcel Parent a annoncé qu'il se fera un devoir d'impliquer les groupes de citoyens, notamment le «comité gangs de rue» et les autorités policières, dans la suite des choses.

Hier soir, les policiers assuraient une présence accrue dans l’arrondissement et, au moment de mettre sous presse, la situation demeurait calme. Seuls quelques incidents mineurs étaient rapportés.
1 commentaire
  • Fleurette Riverin - Inscrite 12 août 2008 11 h 46

    Les journalistes aussi ont leur part de responsabilités

    Dans cette triste affaire où un jeune homme a été tué, le seul rayon d'espoir est venu de la famille même de la jeune victime.

    La peine du frère était poignante et la soeur dans sa douleur stoïque, qui appelait au calme et à la non violence, devrait servir de leçon à tous ceux qui se servent de cette triste affaire à des fins personnelles ou médiatiques.

    Mais que serait-il arrivé si la famille avait elle-même appelé à la violence? En les interrogeant, la chaîne RDI a-t-elle seulement pensé au risque qu'elle faisait courir à l'enquête à venir? et au risque que cela pouvait jeter de l'huile sur le feu dans une affaire très explosive? Était-ce le mandat de RDI que ce jouer aux enquêteurs avant que ceux-ci prennent l'enquête en main en les interrogeant publiquement? Quand va cesser cette désinformation-spectacle?

    Car l'enflure médiatique qui tente toujours de transformer la moindre étincelle de violence en crise, est carrément dégoûtante. Certains journalistes que je qualifie de "journaleux" et surtout ceux des chaînes d'information continue, devraient avoir la décence de comprendre que toute cette publicité faite aux actes de violence et de vandalisme commis par ces jeunes criminels et fortement médiatisés par les multiples images de leurs méfaits, toute cette publicité donc ne fait que les exciter davantage et les inciter à encore plus de violence car ils veulent qu'on les craigne et qu'on les admire dans leur déni des lois existantes, ce dont ils sont très fiers.

    Car il est bien évident qu'on avait affaire à des groupes de marginaux très bien organisés qui ont profité d'une manifestation pour s'infiltrer, menés par des gangs de rues et des casseurs professionnels qui communiquaient entre eux et changeaient constamment de place pour commettre leurs forfaits et déjouer les policiers, et que ces groupes se sont servis d'une manifestation bruyante mais qualifiée de "pacifique" par RDI, où curieusement on se permettait de hurler "policiers assassins" et d'exhiber des pancartes où étaient écrits ces mêmes mots. Drôle de pacifisme...provocateur.

    Il faut cesser de dorloter ces voyous criminalisés qui s'infiltrent partout dans les points chauds et leur faire une chasse sans merci et les punir comme ils le méritent, il faut aussi comprendre que les policiers ont souvent des torts mais que le fait de travailler dans des territoires aussi hostiles peut les rendre eux-mêmes agressifs et que la peur qui les habite est souvent mauvaise conseillère.

    Et les journalistes qui médiatisent à outrance les actes de vandalisme de ces voyous portent une grande part de responsabilité et doivent admettre que toute cette publicité ne fait que consacrer ces jeunes dans leur fierté de petits caïds que l'on doit craindre et ne pas déranger dans la poursuite de leurs affaires criminelles.

    Qu'il y ait d'abord une enquête, et qu'elle n'épargne personne, afin qu'on puisse s'orienter de la bonne façon pour mettre fin à ce cycle de violence qui ne peut que s'exacerber si on ne prend pas les bons moyens pour l'arrêter pendant qu'il en est encore temps. Et ça presse! Et que chacun prenne se part de responsabilité!