L'éditeur Michel Brûlé s'intéresse à la mairie de Montréal

Québec — L'éditeur Michel Brûlé songe sérieusement à se porter candidat à la mairie de Montréal l'an prochain, dans le but, dit-il, de freiner l'anglicisation de la ville et de «refaire de Montréal une ville francophone».

«J'attends de voir les appuis, mais je serais prêt», a déclaré l'éditeur au Devoir en marge du tournage de son premier film à Québec. «Gérald Tremblay, c'est une mauviette, ce gars-là, c'est un mou. Il fait des beaux sourires, mais j'ai honte quand je le vois. Au Québec, on dirait qu'il n'y a personne qui est là pour mettre le poing sur la table quand c'est assez.»

À en croire M. Brûlé, ce projet n'a pour l'heure rien de structuré. Il dit qu'il «tâte le terrain», qu'il est sérieux et que c'est une idée qui lui trotte dans la tête depuis «quelques années».

En tant que directeur de la maison d'édition Les Intouchables, M. Brûlé a poussé plus d'un brûlot, dont le best-seller Le Québec me tue d'Hélène Jutras en 1995 et le très controversé Livre noir du Canada anglais en 2001. Il estime en outre avoir fait «un travail politique» en tant qu'éditeur en offrant une solution de rechange québécoise aux romans Harry Potter avec la série jeunesse Amos Daragon.

Indépendantiste convaincu, il a l'an dernier érigé une statue en hommage au général de Gaulle devant les bureaux de sa maison d'édition, rue Saint-Denis. En 2006, il avait aussi ouvert un bar militant qui n'avait pas connu le succès escompté.

S'il songe maintenant à se lancer en politique, c'est dans une optique nationaliste. «Mon combat, c'est le Québec [...] Ça va peut-être paraître bien prétentieux, mais je pense que le Québec a besoin de moi.» À son avis, le Québec, et Montréal en particulier, est à la croisée des chemins sur le plan linguistique. «Montréal, deuxième ville francophone? Oublie ça! C'est une ville bilingue qui est de plus en plus anglophone.»

Quand on lui fait remarquer que la langue relève davantage des compétences du gouvernement provincial, il rétorque que les minorités anglophones ont actuellement trop d'influence dans l'équipe du maire Tremblay. «Je ne serai pas le maire qui va représenter ces communautés-là. Moi, je vais aller chercher les communautés francophones et ce sont elles qui vont avoir du pouvoir, ça va changer la donne.»

Mais alors, ne craint-il pas de déclencher une nouvelle guerre linguistique?

«Il y en a déjà une. Ils sont en train de nous tuer! On dit qu'on déclenche une guerre linguistique quand on ne veut pas se faire manger la laine sur le dos. Mais quand eux nous anglicisent, ça c'est correct, c'est la paix linguistique. Moi, je n'en veux pas de cette paix-là. Je veux que Montréal soit une ville francophone.»

Caido, un rejeton d'Elvis Gratton

Intitulé Caido, le long métrage qu'il réalise cet été se veut d'ailleurs une satire sur le thème de l'aliénation québécoise. On y suivra les tribulations de Mathéo (Mathieu Dufresne), «le chanteur rock le plus connu du Québec», qui perd un oeil, un avant-bras et sa blonde (Jacynthe René) dans un accident de voiture. Dépressif et endetté, il concocte avec son agent (Michel Brûlé lui-même) un plan pour le moins inusité: lancer la mode «pirate» pour donner un nouveau souffle à sa carrière.

«C'est un film très déjanté, très déglingué, mais en même temps, il a un discours politique qui est très fort», affirme le nouveau réalisateur, qui concède qu'il y a un parallèle à faire avec Elvis Gratton. «Que les gens soient prêts à se crever un oeil et à se couper le bras pour suivre une mode, ça rejoint beaucoup ce qui se vit actuellement. [...] Ç'a beaucoup à voir avec la quête identitaire. Je pense que le fait que les Québécois soient placés dans un aussi grand flou identitaire les rend plus vulnérables à être perdus et suiveux.»

Le réalisateur d'Elvis Gratton, Pierre Falardeau, devait d'ailleurs participer au film, mais des problèmes de santé l'en ont empêché. Il a été remplacé depuis par Claude Péloquin. Différentes personnalités doivent également y faire une apparition, comme Benoît Dutrizac, François Avard, Patrick Lagacé, François Léveillée, Roxanne St-Gelais et Luck Mervil.

Soutenu par les Productions Dauphine, le projet s'appuie sur un budget d'un peu plus de 200 000 $ et n'a obtenu aucune subvention. On prévoit que le tournage sera complété au début du mois d'août et que le film pourra sortir en salle avant la fin de l'année.
2 commentaires
  • Roland Berger - Inscrit 17 juillet 2008 10 h 35

    La Gazette et la Presse

    J'applaudis au projet de Michel Brûlé de brasser la cage en redonnant le pouvoir aux francophones à l'Hôtel de ville de Montréal. Mais je vois d'ici la Gazette et la Presse mettre en commun toutes les bassesses dont ces deux journaux sont capables pour le tuer dans l'oeuf.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario

  • Roland Berger - Inscrit 17 juillet 2008 17 h 01

    Bravo à Michel Brûlé

    Bravo à Michel Brûlé et à son projet de redonner le pouvoir politique de la région de Montréal aux francophones, n'en déplaise à tous les Jean Charest de Westmount. Malheureusement, The Gazette et La Presse vont mettre en commun toutes les bassesses dont ces journaux sont capables pour tuer ce projet dans l'oeuf. Bonne chance quand même Michel.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario