Montréal - Un fonds pour retaper les taudis

L'éviction de mardi dernier au 4417, rue de Bullion a remis sur le tapis les politiques de la Ville devant l'état de délabrement de certains logements. En campagne électorale, le maire Tremblay s'était engagé à ne pas procéder à des évictions dans les cas d'insalubrité et à plutôt user des mesures judiciaires à sa disposition pour obliger les propriétaires à entretenir leurs logements. Quatre mois et demi après le début du mandat, l'administration Tremblay annonçait hier qu'elle élabore une politique pour l'automne. D'ici là, l'été pourrait être le théâtre d'autres expulsions lorsque la sécurité des locataires est compromise.

La Ville de Montréal entend serrer la vis aux propriétaires délinquants à partir de l'automne prochain. L'expulsion rapide de 14 locataires survenue mardi au 4417, rue de Bullion incite la Ville à revoir ses politiques en matière d'insalubrité et de sécurité des logements. Elle compte mettre en place un fonds pour financer des rénovations urgentes que des propriétaires délinquants refusent d'effectuer.


«Ceux qui ne collaborent pas, ceux qui sont négligents, ceux qui sont irresponsables auront à faire à une administration plus pro-active que par le passé», a déclaré le responsable de l'habitation à la Ville de Montréal, Michel Prescott. Ce dernier a tenu un point de presse devant l'immeuble du 3330, rue Bedford, dans Côte-des-Neiges, d'où des locataires avaient été expulsés l'été dernier pour cause d'insalubrité. Il en a profité pour annoncer un investissement de 560 000 $ pour rénover les lieux, soit 60 % des frais engagés par le nouveau propriétaire.


«La Ville pourra réaliser les travaux, en les finançant avec ce nouveau fonds, et se faire payer à même la valeur de l'immeuble si le propriétaire ne veut pas rembourser», a expliqué Michel Prescott. Le vice-président du Comité exécutif n'a pu indiquer de combien disposerait un tel fonds: «C'est l'étude qui le démontrera cet automne.» Il faut noter que la Ville peut déjà légalement entreprendre de tels travaux, mais ne l'a pratiquement pas fait au cours des 10 dernières années.


Le responsable en matière d'habitation a donné le mandat à ses services d'examiner les mesures d'intervention dans les cas de logements insalubres ou non-sécuritaires. L'étude, attendue pour l'automne, permettra, selon M. Prescott, d'évaluer «ce que cela suppose comme coûts, comme budget, comme effectifs, comme modification aux règlements, aux procédures, à la législation.»


Déjà quelques pistes se profilent. Selon Michel Prescott, l'inspection pourrait se faire de façon plus systématique: «Dans le passé, les inspections se faisaient surtout à la suite d'une plainte. Il faut aller au devant des choses, sans attendre.» Le porte-parole de l'administration Tremblay avance également qu'une banque de logements pourrait être mise en place pour reloger immédiatement les personnes expulsées.


D'ici l'automne, la Ville ne renonce pas à procéder à d'autres évictions «dans les cas où la sécurité est en jeu». «Après quatre mois et demi d'administration Tremblay/Zampino, on n'est pas équipés pour mettre en branle ce programme. On va être prêts à l'automne», explique le responsable du dossier.


Pour François Saillant du Front d'action populaire en réaménagement urbain, la Ville aurait facilement pu prendre des actions concrètes dès maintenant. «Ce n'est pas sorcier d'embaucher des inspecteurs et de faire des inspections sélectives. Les amendes aux propriétaires négligents auraient aussi pu être augmentées immédiatement.»


De son côté, le chef de l'opposition, Pierre Bourque, déplore que l'administration Tremblay n'investisse pas davantage dans la rénovation de «plex» (duplex, triplex, etc.) et mise davantage sur la construction de nouveaux logements.





Les Saint-Jules: des propriétaires délinquants


L'attitude des propriétaires du 4417, rue de Bullion, qui a fait l'objet d'une expulsion mardi dernier constitue un exemple patent de négligence. La famille Saint-Jules possède, par l'entremise d'une compagnie à numéros, sept immeubles à Montréal. Tous les locataires rencontrés ont souligné l'inaction du propriétaire devant les problèmes rencontrés.


Une visite au 4713, rue Ontario a permis de constater l'état de délabrement des appartements. «Nous n'avons pas eu de chauffage de l'hiver et la tuyauterie est défectueuse. Nous avons chauffé avec les ronds du poêle», déplore Gaétan Lemieux. «Depuis décembre qu'on porte des plaintes, cela ne change pas. Les inspecteurs de la Ville sont venus inspecter, mais rien n'a changé. La propriétaire a simplement payé les amendes.» Le père de famille a entrepris de chercher un autre appartement, dans une ville où les appartements à louer se font rares...