Griffintown: Phyllis Lambert demande à Montréal de refaire ses devoirs

Le directeur de l'Institut d'urbanisme de l'Université de Montréal, Gérard Beaudet, et la directrice du Centre canadien d'architecture, Phyllis Lambert, ont réclamé hier de l'administration du maire Gérald Tremblay qu'elle renonce à donner son aval au programme particulier d'urbanisme (PPU) du projet Griffintown. Ils estiment qu'il n'est pas trop tard pour reprendre le processus de consultation, qui devrait, disent-ils, être confié à l'Office de consultation publique de Montréal (OCPM).

Gérard Beaudet n'est pas tendre à l'égard de l'administration Tremblay-Zampino, qu'il accuse d'avoir abdiqué ses responsabilités en matière d'urbanisme au profit du promoteur Devimco. Les consultations tenues cet hiver par l'arrondissement du Sud-Ouest concernant le projet Griffintown n'ont pas permis d'éclaircir de nombreuses questions au sujet de l'attitude de la Ville dans le dossier, a-t-il déploré. «On a l'impression que c'est une décision d'officine prise depuis un bon bout de temps et qu'on a rafistolé le projet pour le rendre socialement acceptable, mais en laissant en suspens un nombre considérable de questions qui sont, à mon sens, d'une importance capitale», a-t-il expliqué.

M. Beaudet juge difficilement justifiable que la Ville ait calqué le PPU de Griffintown sur le projet du promoteur, et non le contraire, qu'elle cautionne la construction de 4000 stationnements souterrains et qu'elle envisage que des expropriations soient réalisées au profit d'un promoteur. Il s'interroge également sur les garanties offertes par Devimco concernant l'offre de logements dans Griffintown.

Les consultations ont déjà eu lieu et plus de 1000 personnes ont assisté aux séances. Et c'est aujourd'hui que le comité exécutif de la Ville doit prendre connaissance des recommandations formulées par l'arrondissement du Sud-Ouest. N'est-il pas trop tard pour reprendre l'exercice? «Il n'est jamais, jamais, jamais trop tard», a répliqué Phyllis Lambert, en citant parmi d'autres le cas de Milton Park, quartier sauvé de la destruction dans les années 1970.

Gérard Beaudet abonde dans le même sens. «On ne peut peut-être pas bloquer le projet, mais on peut faire appel au sens de la responsabilité des élus qui, en admettant que les PPU devraient être une affaire de la ville-centre, ne peuvent pas, du même souffle dire qu'ils ont les mains liées, a-t-il expliqué. C'est un projet de 1,3 milliard de dollars qui va s'échelonner sur une décennie. Je ne vois pas en quoi quelques mois de plus causeraient de sérieux dommages au projet.»

Christophe Gobeil, du Comité pour le sain redéveloppement de Griffintown, signale d'ailleurs qu'on ignore tout de l'apparence qu'auront les édifices construits dans Griffintown, puisque les caractéristiques architecturales du projet n'ont toujours pas été définies. «Comment peut-on approuver un projet quand on ne sait même pas de quoi il aura l'air?», s'est-il interrogé.

Il y a deux semaines, le responsable de l'aménagement urbain au comité exécutif, André Lavallée, avait fait savoir les PPU étant une responsabilité d'arrondissement, la Ville n'avait eu d'autre choix que de confier à l'arrondissement du Sud-Ouest le soin de mener la consultation. Il avait par ailleurs révélé que l'administration du maire Tremblay avait réclamé du gouvernement du Québec un amendement à la Charte de Montréal afin de permettre à la ville-centre de prendre en charge les PPU touchant des projets d'envergure pour que ceux-ci soient obligatoirement soumis à l'OCPM.

Mais dans le cas de Griffintown, l'administration montréalaise n'a pas l'intention de reculer. «On avait une situation urgente et les dispositions légales disaient que ça devait être une responsabilité d'arrondissement. On a mis tout en place pour que ça se fasse selon les règles de l'art et je ne veux pas manquer de respect pour les 1200 personnes qui sont venues aux séances d'information et qui ont déposé des mémoires», a déclaré le maire Tremblay hier sur les ondes de la radio de Radio-Canada.

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