Montréal - L'inquiétude grandit au sujet du projet de la rue Notre-Dame

Des centaines de personnes ont manifesté hier à Montréal contre le projet d’élargissement de la rue Notre-Dame.
Photo: Pascal Ratthé Des centaines de personnes ont manifesté hier à Montréal contre le projet d’élargissement de la rue Notre-Dame.
Quelques centaines de personnes membres de ce regroupement, auquel se sont associés plus d'une quarantaine de groupes sociaux, d'organismes écologistes et de partis politiques, ont d'ailleurs manifesté hier contre ce qu'elles qualifient de véritable projet autoroutier. La chose est certes discutée depuis des années, mais, maintenant que le début des travaux est prévu pour l'été prochain, le sentiment d'urgence va grandissant. Plus de 4000 personnes ont déjà signé une pétition exigeant l'implantation d'un «véritable boulevard urbain, à échelle humaine», dans le sud-est de Montréal.

Pour l'instant, le projet de 750 millions de dollars — dont les travaux doivent s'échelonner sur six ans — serait constitué de trois voies ordinaires et d'une voie réservée au transport en commun dans chaque direction. Cela permettrait, selon la Ville, d'«améliorer la fluidité sur Notre-Dame vers l'est de la ville ainsi que vers le centre-ville en provenance de l'est, afin d'augmenter l'efficacité des déplacements dans cet axe et de favoriser le développement économique et social de l'est de Montréal». Les rues avoisinantes serviraient donc moins de voies de transit. On compte aussi favoriser le «transport actif» (marche, vélo...).

La porte-parole de la Coalition pour humaniser la rue Notre-Dame, Monique D. Proulx, ne l'entend pas ainsi. Elle a d'ailleurs rappelé hier que l'artère a subi d'importantes transformations «pour en faire une autoroute», et ce, au début des années 70. Or, a-t-elle expliqué dans un long plaidoyer, «c'était déjà une erreur. Aujourd'hui, l'erreur serait encore plus grave et impardonnable, car plus rien ne justifie de procéder à la construction d'une telle infrastructure en milieu urbain. Depuis ces 35 ans, il s'en est passé des choses: on a compris le principe du trafic induit, qui fait en sorte que la construction d'autoroute favorise la congestion, depuis 35 ans on a développé la technologie du nouveau tramway, on a découvert les méfaits de la pollution, on a compris que la Terre subit des changements climatiques. On a aussi compris que les transports collectifs entraînent la revitalisation urbaine, alors qu'une trop grande place accordée à la voiture entraîne l'étalement urbain et la misère humaine».

Davantage de voitures

Au cours des consultations publiques qui ont eu lieu en décembre et en janvier, de nombreux intervenants ont effectivement soulevé de sérieux doutes quant à la fluidité de la circulation dans la nouvelle artère. La relation entre l'augmentation de l'espace routier disponible pour les voitures et l'augmentation des problèmes de congestion a déjà été établie par de nombreuses études. Qui plus est, le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, est convaincu que le projet favoriserait encore davantage l'utilisation de la voiture (dont le nombre augmente de plus de 10 000 chaque année uniquement à Montréal), alors que les places de stationnements sur l'île sont déjà insuffisantes.

«Si Gérald Tremblay voyait ce qui s'est fait ou ce qui est en train de se faire à Bordeaux, Copenhague, Melbourne, San Francisco, Séoul, Vancouver ou même Toronto, en matière de développement urbain et riverain, jamais il ne proposerait de nous faire revenir aux années 50 avec une autoroute en tranchée sur les rives du Saint-Laurent», a en outre indiqué M. Bergeron hier, comparant le projet à la peu reluisante autoroute Décarie. Il a d'ailleurs annoncé qu'il voterait contre le plan de transport de Montréal à la fin du mois en raison du projet Notre-Dame.

«L'autoroute Notre-Dame va à l'encontre de Kyoto. Mais surtout cela augmentera les problèmes de santé dans l'un des quartiers les plus pauvres de Montréal», a ajouté la co-porte-parole de Québec solidaire, Françoise David. Elle est même d'avis qu'un tel projet ne serait probablement pas accepté dans un quartier «chic», alors qu'il l'est dans le secteur d'Hochelaga-Maisonneuve. «Le ministère des Transports doit refaire ses plans et proposer un véritable boulevard urbain, a-t-elle poursuivi. Pendant que Jean Charest discutait d'environnement avec Al Gore, son gouvernement proposait un projet autoroutier à quelques pas des quartiers les plus défavorisés de Montréal.»

Question de santé

Les possibles effets néfastes sur la santé ont déjà été exposés par la Direction de la santé publique lors des consultations publiques. Celle-ci a en outre jugé «inacceptable» de vouloir augmenter de 50 % la capacité routière de Notre-Dame en raison des risques pour les résidants du secteur. Déjà, à Montréal, la pollution atmosphérique est associée à 1540 décès prématurés et 500 visites à l'urgence pour des problèmes cardiorespiratoires par année, selon ce que soulignait la Direction de la santé publique dans son mémoire. «Le nombre total de blessés de la route y a augmenté de 17 % entre 1999 et 2003. Enfin, 44 % des adultes montréalais souffrent d'embonpoint ou d'obésité, des problèmes de santé qui sont plus fréquents chez les personnes qui dépendent de l'automobile pour leurs déplacements.»

Pour le Sierra Club, mais aussi pour plusieurs groupes sociaux oeuvrant au coeur même des secteurs qui borderont le futur boulevard, la qualité de vie des citoyens devrait être le point central à partir duquel devrait se développer le projet. «Le design du XXIe siècle ne se limite plus aux édifices, mais doit intégrer la qualité de vie à long terme de tous les citadins», a expliqué le directeur du Sierra Club Québec, Claude Martel. Pour lui, les plans actuels favorisent plutôt l'étalement urbain et renvoient à un urbanisme digne des années 60.

Appelé à commenter les nombreuses critiques formulées par la Coalition, Maxime Chagnon, attaché de presse au cabinet du maire Gérald Tremblay, a simplement indiqué que le rapport issu des consultations publiques serait rendu public «au cours des prochaines semaines». «S'il y a des améliorations à apporter au projet, ce sera évalué avec le ministère des Transports du Québec», a-t-il précisé. M. Chagnon a du même coup rappelé que le début des travaux est toujours fixé pour l'été prochain.

C'est le secteur Souligny qui, le premier, devrait faire l'objet de travaux. Suivront, en 2009, le déplacement des services publics ainsi que certains aménagements dans le secteur de l'intersection Pie-IX et des parcs Morgan et Champêtre ainsi que dans le secteur Sainte-Marie. Le coût du projet est de l'ordre de 750 millions de dollars, partagés entre le ministère des Transports du Québec, à hauteur de 625 millions de dollars, et la Ville de Montréal, à hauteur de 125 millions de dollars.

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