La culture syndicale municipale est en mutation

Patrons et employés s'affrontent déjà dans quelques municipalités du Québec. Les négociations ne reprendront pourtant qu'à l'automne dans les entités urbaines fusionnées et qu'en décembre dans bon nombre d'autres municipalités. Des regroupements se sont produits dans 51 lieux en 2001 au Québec.

À Malartic en Abitibi-Témiscamingue, les employés municipaux ont subi un lock-out le 29 avril dernier. Du côté de la ville regroupée de Saint-Jean-sur-Richelieu, cols blancs et cols bleus sont à couteaux tirés avec leur employeur. Dans ces deux cas, le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) représente les travailleurs.


Actuellement, des votes d'allégeance syndicale sont pris dans plusieurs villes fusionnées. Avant le mouvement des fusions et la tenue de ces scrutins, le SCFP accueillait dans ses rangs 54 % de l'ensemble des travailleurs du secteur municipal, qui étaient alors au nombre d'environ 55 000. La Confédération des syndicats nationaux (CSN) compte pour sa part près de 6000 membres répartis dans 120 syndicats et distribués dans quelque 70 municipalités.


Secrétaire-général de la Fédération des employés des services publics de la CSN, François Juneau identifie actuellement certains enjeux majeurs sur le plan des relations de travail: «Dans les villes fusionnées, ils sont de deux ordres. Il y a d'abord l'harmonisation des conventions collectives et, ensuite, la négociation de la future convention. Pour les syndicats, le défi actuel est aussi de conserver leur représentativité lors des votes d'allégeance qui sont pris.» Le dossier des cols blancs, employés civils dans les divers services de police, figure aussi parmi les priorités.





Points en litige et rationalisation


Dans les ville regroupées, les parties risquent de s'affronter sur certains points litigieux. «Dans le cadre de l'harmonisation des conventions, les grandes difficultés vont se présenter sur les principes d'application de l'ancienneté et sur tout l'aspect des postes des employés temporaires. C'est une intégration qui est assez complexe à réaliser sur le plan de l'échelle salariale et sur d'autres points.»


M. Juneau ne semble pas craindre l'application de mesures de rationalisation de la part de la partie patronale: «Je dirais qu'il y a eu des programmes de départ à la retraite dans la plupart des municipalités fusionnées. Pour le reste, il y aura probablement, par attrition, un ajustement à la baisse de différents postes.» Les changements les plus importants pourraient survenir au niveau des cadres.


Il n'en demeure pas moins que la faux est déjà passée en termes de réduction d'emplois. «Il reste peut-être des bouts de ficelle à attacher, mais pour les villes regroupées, dans le cadre du programme d'intégration des personnels, de nombreuses négociations se sont déroulées avant que les fusions deviennent effectives», souligne le secrétaire-général. Les comités de transition ont réglé bon nombre de problèmes. «Les personnes qui ont oeuvré sur les comités, je dois avouer qu'elles ont accompli un excellent travail», dit-il.


Le climat des prochaines négociations dépendra de la volonté des administrations municipales. Les syndiqués devront aussi faire leur part, selon François Juneau: «La grande préoccupation des syndicats, c'est aussi l'intégration des différentes cultures. Des gens qui arrivent de la FTQ dans un syndicat CSN et vice-versa, ça fait en sorte qu'il y a des changements de culture qui devront s'opérer. Les membres devront se souder davantage et s'ajuster.»





Un maire critique


Chicoutimi est devenue Saguenay, une ville regroupée de sept municipalités dont la population tourne autour de 150 000 habitants. Sur la liste de paye se retrouvent les noms de quelque 1200 employés.


Selon le maire de la municipalité, Jean Tremblay, «Il y a des départements où on a trop de monde et d'autres on n'en a pas assez. Tu voudrais prendre quelqu'un et l'envoyer dans un service, mais il n'a pas la compétence voulue. On se demande si on devrait finalement embaucher quelqu'un, puis finalement on se dit que ça n'a pas de bon sens parce qu'on dispose déjà d'un surplus de personnel ailleurs.» Il atténue ses propos: «Ce n'est quand même pas majeur, mais c'est quotidien et il se présente toutes sortes de petites affaires.» Dans ce contexte, il se félicité toutefois du climat de travail: «Ça va mieux que je ne l'aurais pensé à ce point de vue, parce qu'on a déjà connu des périodes difficiles sur ce plan-là.»


Les négociations avec les employés vont reprendre à l'automne. «Je ne peux rien garantir et je ne sais pas ce qui va se passer. C'est sûr que tout le monde veut s'ajuster vers le plus haut. Si on procède de cette façon, on va avoir un problème.»