La Sainte-Catherine Est appartiendra aux piétons cet été

L'arrondissement de Ville-Marie ira finalement de l'avant avec son projet de piétonnisation de la rue Sainte-Catherine Est durant la saison estivale. L'artère située au coeur du Village gai sera fermée à la circulation du 17 juin au 3 septembre. Le maire Benoit Labonté a toutefois donné l'assurance, hier, que des précautions seraient prises pour assurer la quiétude des résidants du voisinage.

«Ce ne sera pas un party à ciel ouvert. Oui, il y aura des terrasses pour les restaurants, mais aucune musique ne sera permise dans la rue pour ne pas nuire à la quiétude des résidants», a promis Benoit Labonté.

Le maire de l'arrondissement a présenté hier le projet préparé conjointement avec la Société de développement commercial (SDC) du Village. Ce projet consiste à fermer à la circulation automobile la rue Sainte-Catherine entre les rues Berri et Papineau, et ce, pour tout l'été. Les automobilistes pourront tout de même utiliser les rues transversales. Les bornes de protection, qui seront installées à toutes les intersections, permettront le passage des véhicules d'urgence. La présence de policiers ou de cadets à chaque intersection ne sera donc pas requise, comme c'est le cas lorsqu'on utilise des barrières amovibles. Par ailleurs, les livraisons ne seront permises que le matin, entre 8h et 11h.

Le président de la SDC, Denis Brossard, affirme vouloir redonner vie au quartier le jour. Bien que l'artère soit située dans le Village gai, il a tenu à préciser que la programmation prévoyait de nombreuses activités destinées aux familles. «Il faut savoir que la majorité des gens qui habitent le Village gai sont hétérosexuels et ont des enfants», a-t-il rappelé.

Pour le maire Labonté, la piétonnisation de la rue Sainte-Catherine se traduira par une meilleure qualité de vie. «C'est une expérience urbaine d'envergure, sans aucune commune mesure avec ce qui s'est fait auparavant, non seulement à Montréal, mais également au Canada», a-t-il précisé en faisant valoir que ce projet correspondait aux objectifs visés par la Charte du piéton et la politique de développement durable adoptées par la Ville de Montréal: «Il faut avoir le courage d'agir et d'appliquer ces politiques avec des mesures concrètes.»

M. Labonté estime à 50 000 $ les coûts qui devront être assumés par l'arrondissement pour l'achat, notamment, des bornes de protection. Mais il assure que la fermeture de la rue ne nécessitera pas la présence d'effectifs policiers supplémentaires. L'arrondissement entend également rediriger la circulation automobile vers le boulevard René-Lévesque et la rue Sherbrooke, et de nouveaux panneaux de signalisation devront être installés pour guider les automobilistes.

Il s'agit toutefois d'un projet-pilote et l'arrondissement devra décider, de concert avec la SDC, s'il est approprié de poursuivre l'expérience l'an prochain. M. Labonté a par ailleurs indiqué que d'autres projets de piétonnisation étaient actuellement à l'étude ailleurs dans l'arrondissement, mais il a refusé d'identifier les rues visées.

Les propos rassurants du maire Labonté n'ont pas convaincu Sammy Forcillo. Le conseiller de Sainte-Marie-Saint-Jacques s'est dit inquiet des impacts du projet sur la circulation environnante et sur la qualité de vie des résidants. Il s'est également interrogé sur les coûts réels de cette entreprise et sur la diminution de places de stationnement dans le secteur. «Les gens qui viennent dans le quartier, où vont-ils mettre leurs voitures? Ça va juste encourager les gens à utiliser les rues résidentielles du quartier», a-t-il signalé. Selon des informations fournies par la Ville de Montréal, les pertes liées aux parcomètres qui ne pourront être utilisés pendant l'été s'élèveraient à environ 310 000 $.

M. Forcillo a également dénoncé l'empressement avec lequel Benoit Labonté traite ce dossier, comme s'il avait un «agenda politique». «Il ne faut pas hypothéquer un quartier comme le Centre-Sud parce qu'on a une ambition personnelle», a-t-il dit, tout en précisant qu'il n'était pas opposé à la piétonnisation de la rue, mais qu'il aurait voulu qu'on limite l'expérience à une trentaine de jours.

De son côté, le responsable du transport collectif et de l'aménagement urbain au comité exécutif de la Ville, André Lavallée, s'est dit d'accord avec le principe visant la piétonnisation de certaines rues à Montréal. Il n'a toutefois pas voulu se prononcer sur le projet touchant la rue Sainte-Catherine Est, affirmant ne pas en connaître tous les détails. «C'est la responsabilité des élus de trouver la formule gagnante pour que ça fonctionne pour tout le monde dans ce quartier, a-t-il déclaré. Pour avancer, il faut convaincre les Montréalais que ce ne sont pas juste des embêtements qu'on leur crée mais que tout le monde y gagne.»