Rue Delphis-Delorme - L'administration Maciocia réduit de 75 % la facture des résidants

Le maire de l'arrondissement de Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles (RDP-PAT), Cosmo Maciocia, s'est excusé hier auprès des résidants de la rue Delphis-Delorme qui ont reçu récemment des comptes de taxes faramineux pour des travaux effectués dans leur rue il y a deux ans. Il a du même coup annoncé que la facture refilée aux propriétaires serait réduite des trois quarts. Bien que soulagés, les résidents continuent de croire que cette taxe aurait dû être annulée.

Adrien Cauchon, qui avait reçu, il y a deux semaines, un compte de taxes pour améliorations locales de 36 737 $, verra sa facture fondre à environ 6800 $. «Ça ne me satisfait pas du tout. J'aurais voulu que M. Maciocia retire cette taxe d'améliorations locales et n'en parle plus jamais de sa vie. Je ne le prends pas», lance-t-il.

Mais le maire Maciocia maintient que tous les propriétaires de la rue Delphis-Delorme doivent payer pour les nouvelles infrastructures dont ils bénéficient depuis 2006 même si leurs maisons ont été construites il y a des décennies. La reconstruction de la fondation de la rue, l'asphaltage et l'installation de nouveaux lampadaires leur seront donc facturés, mais la méthode de calcul sera différente.

Comme 13 des 25 résidences de cette artère ont été construites entre 2000 et 2003, l'arrondissement a décidé de calculer la contribution des propriétaires selon l'ancienne réglementation en vigueur avant 2004. Ainsi, un tarif sera appliqué au mètre linéaire donnant sur la rue et non selon la superficie des terrains. De plus, la facture que se partageront les résidants riverains sera de 125 000 $, au lieu de 625 000 $, et la Ville de Montréal assumera la différence. «C'est vraiment très équitable et les gens de Delphis-Delorme peuvent dire aujourd'hui qu'on les traite de la même façon que tous les Montréalais. La grande majorité ou la totalité d'entre eux devraient être contents», a-t-il indiqué.

Mais M. Maciocia a reconnu que les résidants de la rue Delphis-Delorme auraient dû être consultés avant que des travaux d'infrastructure soient effectués en 2006. «C'est une situation exceptionnelle parce que c'est un nouveau développement où l'on retrouve des résidences qui existaient déjà, a-t-il précisé. S'il y a d'autres cas comme celui de Delphis-Delorme, je peux vous garantir que ça ne se passera plus de la même manière. Les gens qui habitent des maisons qui sont déjà là vont être consultés avant qu'on fasse les travaux nécessaires et on leur dira combien ça va leur coûter.»

Mais les résidants de longue date n'en démordent pas. Comme la conseillère de Vision Montréal dans le district de Pointe-aux-Trembles, Suzanne Décarie, ils croient qu'ils ne devraient pas verser un sou pour les travaux réalisés. La rue Delphis-Delorme s'appelait autrefois la rue Notre-Dame, clament-ils depuis deux semaines, preuves à l'appui. Ils estiment donc qu'ils auraient dû bénéficier du même traitement que les résidants de la rue Notre-Dame qui, en 1991, avaient vu leur compte de taxes pour améliorations locales annulé par l'administration de l'ex-maire Jean Doré. «C'est la même artère, soutient Suzanne Décarie. La différence, c'est qu'ils en ont fait une petite rue et ils ont changé son nom. Ce n'est pas la faute des citoyens.»

Nicole Panelli-Lefebvre, dont le compte s'élevait à 35 899 $ — soit «20 paiements faciles de 3000 $», comme le décrivait avec dérision son mari la semaine dernière sur les ondes de TQS —, verra sa facture réduite à un peu plus de 6000 $. Mais elle n'entend pas abandonner la bataille, décidée à poursuivre ses démarches afin d'inciter la Ville à reconsidérer sa décision. «Si on ne s'était pas plaint au départ, on aurait payé 36 000 $», dit-elle en ajoutant que leur contestation pourrait servir à d'autres citoyens victimes d'injustices.

L'arrondissement soutient que bien que les conduites d'égouts et d'aqueducs aient été remplacées en 1995, l'asphaltage n'a jamais été payé par les résidants de la rue Delphis-Delorme. Adrien Cauchon demeure convaincu du contraire, mais les preuves sont difficiles à obtenir car les archives de l'ancienne ville de Pointe-aux-Trembles, fusionnée à Montréal en 1982, sont difficiles à retrouver. «M. Maciocia parle comme un avocat qui nous impute le fardeau de la preuve», déplore-t-il.

Ce n'est qu'à la mi-mars que les citoyens recevront leurs nouveaux comptes de taxes et sauront avec précision quelle somme ils devront assumer.

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