Audiences sur la protection du mont Royal - Éviter une bute Montmartre montréalaise

Si la protection du mont Royal se limite à des règles permettant d'encadrer le développement immobilier, le processus pour y mener est totalement vain.

C'est du moins la thèse du Conseil régional de l'environnement de Montréal (CRE Montréal), qui a prié hier la Commission des biens culturels du Québec de donner des dents au rapport sur la préservation de la montagne qu'elle déposera sur le bureau de la ministre de la Culture, Diane Lemieux.


«Si le résultat des travaux de la commission est d'aboutir à de nouvelles règles du jeu par lesquelles on déterminera comment les gens continueront, à l'avenir, à grignoter le mont Royal, c'est un travail qui aura été inutile», a indiqué le directeur du CRE, Robert Perreault. «Dans 50 ans, il n'y aura tout simplement plus d'espaces verts, un peu comme la butte Montmartre, à Paris.»


Pour éviter cela, le CRE recommande donc de consolider le parc du Mont-Royal dans sa forme actuelle et de protéger les espaces verts qui se trouvent dans sa couronne. M. Perreault suggère en ce sens d'agrandir le parc en mettant en avant «un programme dynamique d'acquisition des espaces verts en bordure du parc».


À cet égard, M. Perreault cite le secteur boisé au sommet de la colline Outremont, située derrière le couvent des Soeurs de Marie Réparatrice et qui s'étire jusqu'au Centre d'éducation physique et sportive de l'Université de Montréal. D'une superficie de neuf hectares, ce terrain est actuellement inutilisé, sinon par les marcheurs.


«De plus, on pourrait faire un certain nombre d'autres interventions pour rendre le parc encore plus vert, ajoute-t-il. Les stationnements, par exemple, sont inutilement grands. La route Camillien-Houde, également, est inutilement massive. On pourrait donc récupérer de ce côté-là et consolider le parc.»





La couronne de la montagne


Mais l'enjeu, pour le CRE, se situe réellement dans la couronne de la montagne. C'est là que de nombreux espaces verts sont la cible de pressions de la part de promoteurs qui souhaitent y construire des logements, notamment.


«Le parc du Mont-Royal est ceinturé par une couronne institutionnelle riche en espaces verts qui doivent également faire l'objet d'une protection», peut-on lire dans le mémoire présenté hier lors des audiences publiques. «Certains de ces terrains comprennent notamment des arbres adultes de grand intérêt par leur âge et par leur essence. Il n'existe aucune garantie de pérennité de ces espaces verts puisqu'ils sont susceptibles de disparaître au profit de projets de développement. Conséquemment, il faut prendre rapidement les mesures nécessaires afin de s'assurer que ces espaces verts soient conservés et viennent ainsi consolider le domaine vert du mont Royal.»


Le CRE se croise donc les doigts en espérant que la Commission des biens culturels mettra ses culottes en recommandant à la ministre de reconnaître la grande valeur du mont Royal. Pour ce faire, Québec doit accorder au site du mont Royal et aux espaces verts compris sur son territoire un statut national d'arrondissement historique et naturel.