Propreté: les amendes rapportent gros dans Ville-Marie

La propreté au centre-ville continue d'être une activité lucrative pour l'arrondissement de Ville-Marie. Huit mois après l'entrée en vigueur du nouveau règlement sur la propreté, plus de 2000 contraventions ont été distribuées. À ce rythme, c'est un potentiel de 1,2 million de dollars que récoltera l'arrondissement annuellement. Le zèle déployé par les inspecteurs commence toutefois à exaspérer ceux qui, malgré leur bonne volonté, récoltent des amendes salées.

Quand Yasmina El Jamaï a reçu par la poste son billet d'infraction, elle n'avait pas envie de rire. L'arrondissement de Ville-Marie lui réclamait 166 $ pour avoir sorti son sac de recyclage après les heures autorisées. Elle ne s'était même pas rendu compte qu'à 13h, le camion de recyclage était déjà passé lorsqu'elle a déposé son sac. Elle a appris, depuis, qu'elle aurait dû le faire entre 5h et 8h le matin. À ses yeux, l'amende est disproportionnée par rapport à la faute. «Je ne savais même pas qu'il y avait des heures déterminées pour sortir le recyclage», explique-t-elle.

Désireux de freiner le problème chronique de malpropreté au centre-ville, l'arrondissement de Ville-Marie a adopté, l'an dernier, un règlement sévère à l'égard des contrevenants et, pour être plus persuasif, il a fait passer de trois à treize le nombre d'inspecteurs. Dès lors, fini le temps où l'on recevait un simple avis lors d'une première infraction. À la première faute, les inspecteurs sévissent désormais et les amendes sont plus élevées.

Depuis le 1er juin 2007, 2193 constats d'infraction ont été distribués, soit une récolte potentielle de 851 000 $ en huit mois. À titre comparatif, 179 constats avaient été dressés pour les 12 mois de l'année 2006. Le dépôt du recyclage en dehors des heures autorisées, qui peut entraîner des amendes allant de 125 $ à 500 $ pour un particulier, constitue la faute la plus commune avec 797 constats alors que le dépôt des déchets au mauvais moment a été sanctionné à 526 reprises. Au 3e rang des infractions: l'absence de cendriers fixes à l'entrée des édifices avec 173 constats dressés.

Le maire de l'arrondissement, Benoit Labonté, se dit satisfait des effets de la nouvelle réglementation, estimant que les changements de comportement sont maintenant tangibles. S'il reconnaît que les amendes sont élevées, il croit que le nombre de récidives, qui s'élève à moins d'une centaine sur plus de 2000 constats, témoigne du virage engagé. «On a aussi vu une évolution assez intéressante dans les huit premiers mois d'application, indique M. Labonté. Les conteneurs derrière les restaurants utilisés de façon inadéquate constituaient, au début, les infractions les plus fréquentes, mais, aujourd'hui, ils ne font même pas partie des trois infractions les plus nombreuses. Ça veut dire que le message est passé.»

La frustration commence toutefois à se faire sentir chez les restaurateurs, signale André Poulin, directeur général de Destination centre-ville, un regroupement de gens d'affaires. S'il est favorable à la nouvelle réglementation, il déplore le zèle excessif des inspecteurs. «Comme n'importe quel règlement, si on l'applique à la lettre, ça peut devenir abusif et s'éloigner de l'esprit même du règlement», dit-il.

M. Poulin dit avoir reçu plusieurs plaintes de restaurateurs pris en défaut pour un conteneur non cadenassé lors du passage de l'inspecteur alors que l'endroit était gardé propre. Il se demande s'il est justifié d'imposer des amendes si élevées dans de tels cas. «Une amende de 1000 $ et plus, c'est significatif pour eux», ajoute-t-il.

M. Poulin entend bien s'adresser à l'arrondissement pour réclamer que l'application du règlement soit faite avec plus de discernement. «Ça serait tellement simple d'aller voir les propriétaires pour leur signaler que, par exemple, leur conteneur n'est pas cadenassé plutôt que de leur réclamer bêtement 1000 $», croit-il.

Les revenus générés par les constats d'infraction seront versés en totalité dans le fonds d'embellissement de Ville-Marie qui finance notamment la plantation d'arbres et de fleurs, l'enlèvement des graffitis et la conception d'un nouveau mobilier urbain. M. Labonté continue de croire que ce règlement était nécessaire. «Rendu à un certain point, la sensibilisation et le renforcement positif ne fonctionnent plus et les comportements se relâchent», soutient-il.

Reste que sur les 851 000 $ attendus, seule la somme de 132 000 $ a été récoltée auprès des fautifs jusqu'à maintenant. À l'arrondissement, on ignore d'ailleurs combien de citoyens ont contesté leur constat devant la Cour municipale.

Yasmina El Jamaï n'entend pas payer sa contravention sans protester et a déjà entrepris les démarches pour la contester en Cour municipale. «Ils prennent de l'argent de nos poches pour payer des inspecteurs qui vont reprendre de l'argent de nos poches. Je trouve ça complètement ahurissant», résume-t-elle.
1 commentaire
  • Mireille Langevin - Inscrite 4 février 2008 10 h 26

    amendes

    La ville fait des règlements ce qui n'est pas mal en soi mais abuse dans certains cas. L'heure à laquelle on doit déposer ses ordures et le recyclage ... entre 5h et 8h. Les personnes âgées par exemple , ne peuvent pas toutes être levées entre 5h et 8h. En plein hiver , a-t-on le goût de se lever si tôt juste pour aller porter son sac ou son bac ? Ces personnes ont souvent des problèmes d'insomnie , leur sommeil est perturbé. Si elles s'endorment à 4h du matin , elles ne seront pas réveillées pour se lever aux heures dictées. Les sacs et bacs pourraient aussi être déposées la veille à une heure avancée de la soirée. Ca ne dérangerait personne.
    Quant au stationnement , on ne peut plus se garer nulle part dans Montréal. Le coût du stationnement augmente et souvent il faut des vignettes pour se garer . Si vous visitez quelqu'un ailleurs que dans votre rue, où gare-t-on sa voiture ? Aberrant ! Il faudrait réserver des espaces pour les visiteurs.
    Je suis d'accord pour garder la ville propre et tenter de diminuer le flot des voitures pour l'environnement mais ce n'est pas toujours possible. Il faut se servir de son jugement. On se demande où est celui des dirigeants de la ville parfois. Et les amendes ne sont pas à portée de toutes les bourses. Bien des gens quittent Montréal pour aller vivre en banlieue, il y a plusieurs raisons à cela ... et pas seulement les règlements de la ville !