Nouveau système d'ozonation des eaux usée - Tremblay demande à Québec d'éponger 85 % de la facture

Le maire Gérald Tremblay s'attend à ce que Québec assume 85 % de la facture du nouveau système de désinfection par ozonation des eaux usées qui sera mis en service dans cinq ans au coût de 200 millions de dollars. Le projet ne profitera pas uniquement à Montréal, mais également à de nombreuses municipalités du Québec situées en aval de la métropole, a-t-il fait valoir hier.

La mise en place d'un système d'ozonation à la station d'épuration de la Ville de Montréal permettra de faire passer de 40 à 90 % le taux de désinfection des eaux usées au Québec. Pour le maire Tremblay, il s'agit d'un argument de poids pour tenter de convaincre le gouvernement du Québec de financer le projet à 85 %. «Je ne voudrais pas qu'on traite Montréal d'une façon différente des autres villes du Québec. Quand est venu le temps de traiter les eaux usées pour les autres villes, il y a eu un programme du gouvernement du Québec qui finançait à 85 % [les projets] et les municipalités finançaient 15 %», a-t-il expliqué hier lors d'une conférence de presse au sujet de la technologie qui a été choisie pour désinfecter les eaux usées rejetées dans le fleuve par la station d'épuration.

Comme le révélait hier Le Devoir, Montréal a opté pour la désinfection utilisant un procédé d'ozonation qui, lors d'analyses comparatives réalisées depuis 2005, s'est révélé plus efficace pour détruire les virus présents dans l'eau et beaucoup moins dommageable pour la faune aquatique que l'irradiation à la lumière ultraviolette (UV), une technologie pourtant considérée comme la plus performante il y a quelques années. En plus d'éliminer les coliformes fécaux et de détruire les virus à 100 % — alors que les UV ont eu peu de succès contre les virus —, l'ozonation a réussi à éliminer une bonne partie des «polluants émergents», soit les médicaments, les anovulants et les antibiotiques qui sont rejetés dans l'eau par l'humain, mais devant lesquels les UV ont été impuissants. Il y a une dizaine d'années, les produits émergents n'étaient même pas considérés, a rappelé hier le directeur de la station d'épuration, Richard Fontaine, mais on commence à évaluer leurs effets néfastes sur la faune aquatique.

Au Québec, on compte 55 stations d'épuration dotées d'un système aux UV, dont celles de Lapinière et de Laval, mais aucune station n'utilise l'ozonation. M. Fontaine insiste: il ne faut pas voir dans le choix de Montréal de l'ozonation une critique à l'égard des municipalités qui ont opté pour les UV. «Ce que l'on dit, c'est que les résultats de nos études et de nos recherches s'appliquent à l'effluent des eaux usées de Montréal et aux caractéristiques particulières de notre eau. Il n'est pas dit que les autres systèmes ne sont pas efficaces», a-t-il expliqué.

Consultation publique

Le comité tripartite, formé de représentants de la Direction de l'épuration des eaux usées de la Ville, du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs et du ministère des Affaires municipales, qui recommande l'ozonation, soumettra son rapport dans deux semaines à la Commission permanente du conseil d'agglomération sur l'environnement, le transport et les infrastructures afin de soumettre le projet à la consultation publique. Montréal devra ensuite s'entendre avec Québec sur le partage de la facture. Ottawa devrait d'ailleurs assumer une part de la contribution que versera le gouvernement québécois. Les plans et devis seront réalisés à l'automne 2009 et la mise en service du système est prévue pour 2013.

Au cabinet de la ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau, on estime toutefois qu'il est trop tôt pour se prononcer sur la part des coûts qu'assumera Québec. «C'est sûr que, lorsque la Ville de Montréal met en avant des projets d'envergure au niveau des infrastructures d'eau potable ou d'eaux usées, le gouvernement est toujours là pour l'appuyer, mais il restera à voir comment se traduira cet appui-là», a déclaré hier son attaché de presse, Jonathan Trudeau.

L'annonce d'hier constitue une excellente nouvelle, estime le Conseil régional de l'environnement (CRE) de Montréal, mais elle ne règle pas les problèmes liés aux métaux lourds et aux hydrocarbures, qui continueront d'être rejetés dans le fleuve, déplore Coralie Deny, chargée de projet. Elle souhaite d'ailleurs qu'on resserre les normes imposées aux entreprises polluantes.

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