Terrasses subventionnées pour les bars - Boulevard Monk: l'histoire risque de se répéter

Un sondage favorable aux terrasses du boulevard Monk, aménagées aux frais des contribuables, pourrait inciter l'arrondissement du Sud-Ouest à reconduire le projet-pilote mené l'an dernier malgré la contestation citoyenne et l'opposition de la mairesse Jacqueline Montpetit.

Un sondage réalisé à l'automne par la firme Ad hoc recherche à la demande de l'arrondissement révèle que 75 % des répondants se sont prononcés en faveur du projet-pilote de terrasses sur le boulevard Monk. Selon le sondage, 81 % d'entre eux considèrent même que ce projet a pu contribuer à la revitalisation de l'artère commerciale. Un tiers d'entre eux, soit 37 %, reconnaissent toutefois que la présence des terrasses a pu causer des désagréments aux résidants demeurant à proximité.

Des 300 personnes sondées, la moitié habitaient le secteur touché, c'est-à-dire les quartiers Émard et Côte-Saint-Paul, alors que les autres demeuraient à l'extérieur de ces secteurs. Des 130 répondants ayant fréquenté le boulevard Monk, 42 % reconnaissent que l'aménagement de terrasses et de trottoirs de contournement ont pu rendre plus ardus les déplacements des piétons, des poussettes et des fauteuils roulants. Cette enquête comporte une marge d'erreur de 5,7 %.

Ce sondage permettra d'alimenter la réflexion des membres du comité de suivi chargé de faire des recommandations au conseil d'arrondissement quant à la possibilité de répéter l'expérience l'été prochain. Rappelons que les trois élus de Vision Montréal (VM), majoritaires au conseil d'arrondissement du Sud-Ouest, ont autorisé une dépense de 116 000 $ pour financer l'aménagement de terrasses sur le domaine public pour sept établissements, dont une majorité de bars. Le copropriétaire de l'un de ces bars est par ailleurs le fils du conseiller de VM Jean-Yves Cartier, mais celui-ci n'a pas jugé nécessaire de s'abstenir lorsque les élus ont entériné le projet.

Les résultats du sondage ne convainquent pas la mairesse de l'arrondissement et membre d'Union Montréal, Jacqueline Montpetit. «Les gens aiment les terrasses. Moi aussi, j'aime les terrasses, mais le problème dans le cas du boulevard Monk, c'est qu'on a affaire principalement à des bars», explique la mairesse qui, sans remettre en question la rigueur des sondeurs, juge l'échantillonnage trop petit pour véritablement refléter l'opinion de la population. Et sur le boulevard Monk, non seulement les bars sont-ils nombreux, mais certains d'entre eux ont la réputation d'être mal fréquentés.

Membre du comité de citoyens opposés aux terrasses, Hélène Guay estime qu'un tel sondage ne devrait pas éclipser les sérieux préjudices causés par la présence des terrasses, qu'il s'agisse de la musique trop forte, des clients bruyants ou de l'obstruction systématique des trottoirs. «Si on veut faire de la revitalisation commerciale et améliorer la qualité de vie dans le quartier, on ne va sûrement pas dans la bonne direction. Ceux qui se pètent les bretelles, ce sont les tenanciers», ajoute-t-elle.

Son comité a répertorié tous les commentaires, essentiellement négatifs, enregistrés au bureau d'Accès-Montréal au cours de l'été. Plus de 70 personnes se sont plaintes de la difficulté de circuler à pied sur les trottoirs, du malaise engendré par la présence de clients consommant de l'alcool sur les terrasses et de l'utilisation de fonds publics pour un tel projet. Mais du côté du Service de police, on ne signale que dix appels faits au 911 au sujet des terrasses.

La mairesse Jacqueline Montpetit craint que des terrasses ne soient aménagées sur d'autres artères commerciales, mais elle avoue que, compte tenu de son statut minoritaire au conseil d'arrondissement, elle ne pourra pas empêcher les élus de VM de faire à leur guise.