Les maires des villes défusionnées de la Rive-Sud n'ont pas attendu le 1er janvier pour faire connaître leur résolution - Les relations avec Longueuil resteront tendues en 2008

Les querelles entre la Ville de Longueuil et les villes défusionnées de la Rive-Sud risquent de se poursuivre l'an prochain. Mécontents du budget d'agglomération adopté lundi, les maires des villes de Brossard, de Saint-Lambert et de Saint-Bruno-de-Montarville ont indiqué hier qu'ils n'avaient pas l'intention de participer aux séances du conseil d'agglomération en 2008, à moins que des sujets d'importance y soient discutés, comme le budget de l'agglomération.

Les maires Sean Finn, de Saint-Lambert, Jean-Marc Pelletier, de Brossard, et Claude Benjamin, de Saint-Bruno-de-Montarville, ont tenu à expliquer, hier, les raisons qui les avaient amenés à s'opposer à l'adoption du budget d'agglomération préparé par Longueuil. Ils ont reproché à l'administration du maire Claude Gladu d'avoir concocté un budget comportant une hausse de dépenses supérieure à celle de l'indice des prix à la consommation qui s'élève à 2,4 %. Ils ont également accusé Longueuil de s'approprier, pour une période de 20 ans, la gestion des ressources humaines, financières et matérielles liées au fonctionnement de l'agglomération, sans en avoir avisé les trois maires des villes défusionnées.

Finalement, les maires reprochent à Longueuil d'avoir modifié la liste des équipements collectifs dont les coûts devront être assumés par l'ensemble des villes de l'agglomération et de n'en avoir avisé les maires que trois jours avant la séance du conseil d'agglomération.

Il a d'ailleurs fallu tenir deux séances pour parvenir à faire adopter le budget d'agglomération de 255, 8 millions. L'opposition des élus de trois des quatre villes défusionnées exprimée lors de la séance de jeudi dernier a forcé la tenue d'une seconde séance lundi. Si le budget a obtenu le feu vert du conseil, c'est que, cette fois, son adoption ne nécessitait que les deux tiers des voix, soit celles de Longueuil et de Boucherville.

Les propos des maires ne laissent pas présager de détente dans les relations tumultueuses entres les villes défusionnées et la ville-centre. Les trois maires, qui n'ont assisté à aucune des séances du conseil d'agglomération au cours de la dernière année, sauf à celle de jeudi sur le budget, comptent suivre la même conduite en 2008. «Nous serons présents au conseil d'agglomération lorsqu'il y aura des sujets d'importance pour nos villes, mais nous n'irons pas parader à Longueuil, juste pour être présents», a indiqué le maire de Saint-Lambert, Sean Finn.

En revanche, les élus entendent participer à toutes les séances des commissions permanentes de l'agglomération, soit celles du budget, de la sécurité publique et de l'aménagement du territoire. «Si le maire de Longueuil est prêt à inviter les maires de la Rive-Sud à participer à des rencontres préparatoires sur le budget ou sur d'autres sujets, nous seront présents», a ajouté M. Finn.

Les trois maires étaient accompagnées de deux citoyennes, l'une de Brossard, et l'autre de Boucherville, qui militent en faveur de l'autonomie complète de leurs municipalités. «Les villes défusionnées sont confinées au rang d'observateurs, sans aucun regard dans des champs de compétence légitimement acquis par le comité de transition. [...] C'est honteux, nous sommes devenus une banale colonie, et cela frise l'esclavage!», a affirmé Sonia Guilbault, de Brossard.

Claude Gladu n'a pas mis de temps à répliquer aux récriminations des trois maires des villes dissidentes. «S'ils étaient venus durant l'année, ils auraient pu voir tout le travail qu'on a fait. Ça prend du culot pour venir critiquer le budget alors qu'ils n'ont pas assisté aux séances de travail», a-t-il lancé.

Le maire de Longueuil soutient que la loi 6, adoptée par le gouvernement du Québec il y a deux mois, comble plusieurs de leurs revendications, comme la réappropriation des parcs industriels par les villes et la mise en place d'un système de quotes-parts qui permettra aux contribuables des cinq villes de la Rive-Sud de ne recevoir qu'un seul compte de taxes, celui de leur municipalité.

Les querelles entre les maires de la Rive-Sud empêchent l'agglomération de rivaliser avec Laval et les villes de la Couronne Nord, croit M. Gladu. «Depuis les défusions, on a reculé de dix ans. Ces gens-là mettent ça sur le dos de Longueuil alors qu'ils devraient mettre ça sur le dos du gouvernement qui ne veut pas leur redonner leurs villes telles qu'ils les connaissaient», a-t-il dit.

Au cabinet de la ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau, on déplore le climat qui règne sur la Rive-Sud. «Au moins, les décisions se prennent sur la Rive-Sud. Il fut un temps où c'était la paralysie totale», fait remarquer l'attaché de presse de la ministre, Jonathan Trudeau, en évoquant la règle de la double majorité qui avait causé une impasse budgétaire en 2005. «On ne pense pas que le jeu de la chaise vide soit la meilleure façon de défendre les intérêts des citoyens, ajoute-t-il. Et on a toujours dit que la bonne entente et la collaboration, ça ne se mettait pas dans une loi.»

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