Élection à la mairie - Régis Labeaume triomphe à Québec

Régis Labeaume s’adressant à ses partisans après sa victoire à la mairie de Québec. Il a remporté le double des voix de son adversaire Ann Bourget.
Photo: Clément Allard Régis Labeaume s’adressant à ses partisans après sa victoire à la mairie de Québec. Il a remporté le double des voix de son adversaire Ann Bourget.

Québec — La population de Québec a choisi Régis Labeaume pour compléter le mandat d’Andrée Boucher à la mairie de Québec. L’homme d’affaires de 51 ans l’a emporté sans difficulté hier sur la chef du Renouveau municipal de Québec, Ann Bourget. «Je me suis donné pour mission de faire de Québec la ville la plus attrayante et performante au pays. Dès demain je me mets à la tâche», a déclaré le vainqueur lors d’un rassemblement dans un hôtel du centre-ville un peu après 21h30.

L’avance de M. Labeaume était incontestable dès les premiers résultats, un peu après 20h. Elle ne s’est d’ailleurs jamais démentie au cours de la soirée, le candidat récoltant près du double des appuis de Mme Bourget à 59 % contre 32,7 %.

Les treize autres candidats à l’élection ont dû se contenter de miettes. L’ancien ministre Marc Bellemare a obtenu moins de 4 % (contre 10 % en 2005). Quant à Claude Larose, qui s’était classé deuxième en 2005 avec 33 %, il a dû cette fois se contenter d’un modeste 1,5 %. Lors de la dernière élection, Andrée Boucher avait conquis la mairie avec 46 % des votes.
Son mari, Marc Boucher se trouvait d’ailleurs aux côtés de M. Labeaume hier. Disant avoir «beaucoup d’attachement» pour M. Boucher, M. Labeaume s’est engagé après sa victoire à «poursuivre ce que Mme Boucher avait entamé avant son décès».

Âgé de 51 ans, père de trois enfants, Régis Labeaume a grandi à Duberger, en banlieue de Québec. Devenu millionnaire durant les années 1990 grâce à la vente de la compagnie minière Mazarin, il s’est engagé dans différents projets à Québec, à la Fondation de l’entrepreneurship, chez Centraide, chez Innovatech ou encore à la tête du conseil d’administration du Festival d’été.

Conseiller politique du ministre péquiste Jean-François Bertrand entre 1980 et 1985, il avait renoué avec la politique en briguant la chefferie du Renouveau municipal de Québec (RMQ) en 2005. Gagnant au premier tour, il avait été défait au second quand Ann Bourget s’était ralliée à… Claude Larose.

M. Labeaume se savait en avance mais rien ne laissait présager un tel triomphe. Le dernier sondage vendredi lui donnait huit points d’avance devant Mme Bourget à 38 % contre 30 %. Restait toutefois à «faire sortir le vote».

Le triomphe de M. Labeaume est d’autant plus étonnant que Mme Bourget jouissait d’une majorité confortable jusqu’à tout récemment. Or, les derniers sondages attribuaient au candidat une avance solide dans les banlieues qui comptent pour plus de la moitié de l’électorat. Régis Labeaume aura donc conquis ceux qui avaient voté pour Mme Boucher en 2005.

Un maire minoritaire avec de grandes ambitions et un court mandat

Comme l’ancien ministre Marc Bellemare, M. Labeaume n’a pas manqué une occasion de faire connaître ses positions sur les dossiers municipaux depuis l’élection de Mme Boucher en 2005. Son intérêt pour le poste de maire était d’ailleurs un secret de polichinelle dans la région.
Malgré tout, le grand public le connaissait beaucoup moins que Mme Bourget, cette dernière ayant eu droit à beaucoup de visibilité, depuis deux ans, à titre de chef de l’opposition.
Se présentant comme un homme de vision, M. Labeaume a joué la carte du dynamisme et promis à la population de donner à la capitale son éclat d’antan. «J’ai un projet très emballant, je veux que cette ville-là vive, revive. Je veux qu’on en soit aussi fier qu’on l’était il y a 20 ans. Cette ville-là foisonnait culturellement. Économiquement, elle avait une activité incroyable et politiquement était respectée ce n’est plus le cas aujourd’hui.»

Vantant son pragmatisme d’hommes d’affaires, M. Labeaume a multiplié les engagements dans toutes sortes de domaines, promettant d’abolir des postes inutiles dans l’administration municipale, tout en s’engageant à soutenir le logement intergénérationnel ou encore en promettant mers et mondes aux musiciens de la relève musicale.
Contrairement à Mme Bourget, qui a privilégié une campagne de terrain, et que d’aucuns ont accusée de se cacher, M. Labeaume a été très présent dans les médias lesquels le lui ont d’ailleurs très bien rendu (certains animateurs de radio se sont fait reprocher d’avoir pris position en sa faveur). Enfin, en plus de l’appui de M. Boucher le nouveau maire a bénéficié dans son ascension de l’appui hautement symbolique de l’ancien maire de Québec, Gilles Lamontagne.

Il s’était également assuré de l’appui de sept conseillers au conseil municipal dont trois membres de l’actuel comité exécutif – François Picard, Richard Côté et Guy Perreault. Le parti de Mme Bourget, le Renouveau municipal de Québec (RMQ), détient toujours une majorité confortable avec 23 sièges sur 38.

Le parti qui devra se choisir un ou une nouvelle chef de l’opposition au conseil municipal a par ailleurs subi un autre revers important hier soir. En effet, les électeurs de l’ancien district de Mme Bourget, celui de Montcalm, ont écarté son parti pour élire comme conseillère, la candidate indépendante Anne Guérette, de la coalition Héritage Québec. Le taux de participation à l’élection d’hier s’est élevé à 46 %.
6 commentaires
  • Nicole Poirier - Abonnée 3 décembre 2007 07 h 35

    Le fantôme de madame Boucher

    Se peut-il, et j'aimerais ne pas le croire, que l'appui du mari de madame Boucher ait fait balancer le vote en faveur de monsieur Labeaume? Se peut-il que le cordon ombilical ne soit pas encore coupé? J'aurais aimé qu'une femme soit élue maire de Québec. Avec madame Bourget, la ville de Québec aurait tiré une corix sur l'ère Boucher. Hélas! Se servir du manteau de cette dernière pour se faire élire révèle déjà que cet homme, monsieur Labeaume, a peu de lui-même.

  • Philippe Dubé - Abonné 3 décembre 2007 08 h 30

    Québec est conséquente dans ses choix

    Dans le prolongement de ce qui avait déjà été mis en place, Monsieur Labeaume va poursuivre le travail de sa prédécesseure: celui de désengorger une administration démesurément lourde, donner une ligne de conduite transparente aux affaires municipales, apporter un peu de dynamisme à une ville qui vieillit prématurément, créer une image nouvelle de la capitale . En ce matin de tempête, un vent nouveau souffle sur la ville, frais mais revigorant, il poursuit sa route balisée par des valeurs de dignité mais aussi de compassion. Bravo Québec!

  • jacques noel - Inscrit 3 décembre 2007 08 h 47

    Un vote de vieux

    Les deux-tiers des électeurs qui sont allés voter avaient plus de 50 ans. En bout de ligne, Labaume n'a recueilli que 27% des électeurs inscrits.

    Harper a été élu avec à peine 10 comtés au Québec. Charest a été élu, pour la 3e fois, par le vote par anticipation dans son comté (une "crosse" que les journalistes n'ont jamais exploré). Il a eu moins de 25% dans le Québec français.

    Le nouveau boss de la FTQ vient d'être élu sans opposition. Idem pour François Bourque chez les pique-assiettes.

    Bref, notre démocratie est MALADE. Ce problème devrait susciter de vifs débats mais il n'en est rien. Place Au Banquier et au Loft...

  • Jean-Philippe Baillargeon - Abonné 3 décembre 2007 09 h 01

    L'appui du baron du béton...

    ... Monsieur Lamontagne, moi, m'effraie plus encore. Un homme qui à canaliser la rivière St-Charles, qui nous a offert un boulevard St-Cyrille (René-Lévesque maintenant) à deux niveau avec un mur de la honte, rasé le quartier chinois et détruit le patrimoine bâti derrière la Dominion Corset (aujourd'hui l'école des arts) pour y laisser un immense parking et des gens sans logement... des problèmes qu'on a en partie réglé et d'autres qu'on vit encore. Je souhaite seulement qu'on aie pas ce genre de «visionnaire» avec M. Labeaume.

    Jean-Philippe Baillargeon

  • andré michaud - Inscrit 3 décembre 2007 09 h 04

    Félicitations

    Mes félicitations à M.Labeaume qui a réussi à vaincre la grosse machine du PQ qui appuyait Mme Bourget.Cette dernière s'est coulée elle-même lors du dernier débat, par son manque de contrôle de soi et une agressivité qui empêchait les autres candidats de parler...comme l'avait fait M.Bellemare lors de de la dernière élection.Mon choix était M.Larose, mais mes concitoyens ont décidé autrement.

    Je prévois que dès le début de 2008 M.Labeaume aura sur les bras les syndicats qui voudront profiter du début du 400è pour forcer la négociation....on verra alors ce que M.Labeaume fera.Bonne chance!