Montréal - Bisbille au sujet du développement économique

Un an après la fusion municipale, Montréal connaît toujours des clivages entre l'ancien territoire de la ville centrale et ses banlieues en matière de développement économique.

D'un côté, les corporations de développement économique communautaire (CDEC) réclament une reconnaissance par la Ville, ce qui implique une participation financière de la municipalité équivalant à 10 % de leur budget de fonctionnement. De l'autre côté, on souhaite conserver la capacité des banlieues, devenues des arrondissements, à agir selon leur propre vision.

Guerre de clochers, de structures ou de pouvoir? «Il y a clairement un affrontement de cultures», a affirmé hier en conférence de presse Jean-Pierre Racette, président de la CDEST. «Le modèle plus communautaire développé en partenariat avec le provincial, le fédéral et l'ancienne Ville de Montréal ne semble pas plaire à la nouvelle administration. Pourtant, au delà de l'argent, on est condamnés à travailler ensemble.»

Mais le responsable politique du développement économique au sein du comité exécutif de Montréal, Georges Bossé, a une interprétation tout à fait opposée du dossier. «Il n'y a pas de guerre de pouvoir. Il y a de bons échanges avec les CDEC», estime M. Bossé.

Or le cabinet du maire Tremblay n'a pas répondu à la demande de rencontre présentée par les CDEC il y a environ cinq semaines. Mais M. Bossé ne s'embarrasse guère de ce «détail». Et devant l'empressement des CDEC, Georges Bossé lance un impératif: «Laissez à la nouvelle ville le temps de déterminer sa vision, la façon de faire à privilégier. On est loin d'être rendus à trancher la question. Chose certaine, on ne veut pas d'un modèle unique. L'arrondissement Ville-Marie et l'ouest de l'île n'ont pas les mêmes besoins. Et la Commission métropolitaine a un rôle important à jouer dans le dossier.»

Avec la même désinvolture, M. Bossé rejette l'argument des CDEC qui soulignent que la Ville de Montréal a pris des engagements à leur endroit lors du Sommet de Montréal pour inclure le développement économique local dans le contrat de ville. «Il n'y a rien eu de tel. De toute façon, la loi 170 donne le pouvoir aux arrondissements», rappelle-t-il. Georges Bossé confirme par ailleurs que Montréal a demandé au gouvernement du Québec le prolongement du moratoire en ce qui concerne les CDEC. Au même moment, Québec s'apprête à amender la loi pour que les CDEC soient accréditées à titre de centres locaux de développement (CLD), la voie de la reconnaissance que les représentants des dix CDEC voudraient bien voir M. Bossé emprunter.

La question semble d'autant plus difficile à régler que l'approche des élections provinciales colore les échanges, croient les CDEC. «On ne veut pas être au coeur de luttes partisanes. On sent qu'il y a un problème politique», a soutenu Pierre Sylvestre, du RESO. «Je n'irais pas jusqu'à dire cela», a répliqué M. Bossé.