Une fresque sème la controverse à Québec

La fresque controversée sera peinte sur un des murs aveugles de l’édifice Marie-Guyart à Québec.
Photo: La fresque controversée sera peinte sur un des murs aveugles de l’édifice Marie-Guyart à Québec.

Québec — Un projet de fresque en trompe-l'oeil représentant les 14 capitales canadiennes, révélé cette semaine à Québec, se retrouve au centre d'une controverse historiographique. L'oeuvre, de grandes dimensions (plus de 500 mètres carrés), doit être complétée pour les fêtes du 400e anniversaire de la fondation de Québec, à l'été 2008. Elle sera peinte sur un des murs aveugles autour de l'édifice Marie-Guyart. Autrefois appelé «Complexe G», ce bâtiment abrite notamment le ministère de l'Éducation du Québec.

La fresque s'inscrit dans un projet pancanadien: elle sera la première d'une série de fresques qui seront peintes dans chaque capitale des provinces et territoires du Canada d'ici 2017. Cofinancé par la Banque de Montréal, le projet s'intitule «Les fresques des capitales BMO». Chaque oeuvre comprendra une représentation de chacun des 14 parlements au Canada, dont celui d'Ottawa. On y verra aussi les écus des armoiries de chacune des capitales.

En réalisant ce projet au coût de 300 000 $ pour le 400e, «on détourne le sens historique de la fête de la fondation de Québec», a soutenu jeudi la députée péquiste de Taschereau, Agnès Maltais. Selon elle, la fondation de Québec ne correspond pas à la fondation du Canada. Or c'est «ce que le premier ministre fédéral Stephen Harper et les députés conservateurs du Québec tendent à faire croire», une vision qu'illustrerait cette fresque, selon la députée. «Le Canada, il a été fondé 259 ans [après Québec], en 1867», peste l'ancienne ministre péquiste de la Culture. Cette oeuvre, selon elle, ramène Québec au rang de simple «première capitale provinciale», et ce, «devant le ministère de l'Éducation».

Le ministre responsable de la région de Québec, Philippe Couillard, était présent à la présentation du projet. Son attachée de presse, Isabelle Merezzi, a soutenu hier qu'il n'y a aucune question à se poser à propos de ce projet: «Notre pays a vu le jour à Québec, il ne faut pas l'oublier.» Le fait que ce soit la première des 14 fresques est «un beau clin d'oeil au fait que tout a commencé ici», a-t-elle dit. La fresque sera d'ailleurs dévoilée lors de la tenue à Québec, en juillet 2008, de la réunion annuelle du Conseil de la fédération, qui réunit les chefs de gouvernement des provinces et des territoires. «Nous, on vit au Canada. Nous n'avons pas de difficulté avec ce concept-là. Je comprends que les péquistes l'ont, ce problème-là. Mais nous, on ne l'a pas», a-t-elle dit.

Mme Merezzi a souligné que le coeur de la fresque porte sur l'histoire du Québec. On y reconnaît plusieurs lieux de Québec, dont le parlement, que dominent deux premiers ministres, René Lévesque et Robert Bourassa. «Il y a là de grands personnages québécois», a souligné Mme Merezzi.

La fresque comprendra une vingtaine de personnages: Louis-Joseph Papineau, le gouverneur lord Dorchester, Ezechiel Hart (premier député juif du Québec), Thérèse Casgrain ainsi que les premiers ministres Pierre-Olivier Chauveau et Louis-Alexandre Taschereau. Le choix a été fait par un comité d'experts composé notamment des historiens Frédéric Smith, Gaston Deschênes et Jean-Marie Lebel. Québec compte déjà plusieurs fresques en trompe-l'oeil, effectuées selon des techniques importées de Lyon, en France.

L'historien Jacques Lacoursière a récemment lancé un cri d'alarme, disant craindre qu'on rétrécisse les raisons pour lesquelles on fête Québec. «C'est plus que la fondation d'une simple ville, c'est le début d'une présence française continue en Amérique du Nord», a-t-il fait valoir. Quant au projet de fresque, il le trouve un peu «bon-ententiste». Toutefois, Québec a déjà été la capitale du Canada, a-t-il ajouté: «C'est pour ça qu'on l'appelle "Vieille Capitale".»

La controverse n'est pas sans rappeler celle qui avait marqué la préparation des fêtes du tricentenaire de Québec, en 1908. L'historien Ronald Rudin, de l'université Concordia, dans L'art de trafiquer l'histoire (PUL, 2005), a montré qu'au départ, les fêtes du tricentenaire devaient célébrer la venue de Champlain mais qu'elles avaient été l'objet d'importants débats. Le gouvernement fédéral et le gouverneur général, lord Grey, souhaitaient profiter de l'occasion pour mobiliser l'appui à l'empire britannique. Les plus nationalistes des Canadiens français de l'époque avaient préféré célébrer le bicentenaire de la mort de Mgr de Laval.
22 commentaires
  • Gertrude Deslauriers - Inscrit 15 septembre 2007 04 h 55

    que c'est donc fatiguant

    Toujours la même rengaine venant des péquistes, on nie
    tout lien avec le Canada et ce, de quelque façon que ce soit. Pourtant, plusieurs profitent du Canada, les artistes Québécois par exemple, dont une grande part de leur financement provient du Canada par le biais de subventions pour les films etc.

    Mais quand nous serons séparés, j'ose espérer qu'on dira au Canada de garder sa monnaie et que NOUS, on va en créer une à nous, un dollar Québécois dont la force ???? sur les marchés feraient sûrement baver d'envie les Américains. J'ose espérer aussi qu'en cas de crise majeure, on ne va pas demander de l'aide à ceux qu'on déteste tant, par exemple les Canadiens anglais ou les Américains qui sont venus nous aider lors de la crise du verglas. On s'arrangera donc tout seul avec le FAQ (forces armées Québécoises)

    Quand on est indépendant, on ne quémande rien à celui qu'on méprise tant. Mais savez vous, on sera tellement à court de tout un fois séparé, je pense qu'on tendra la main aux autres, un peu comme un quêteux dont la survie dépend de la charité qu'on lui fera. N'oublions pas que cette quête devrait durer au moins 5 ans selon les dires de madame Marois qui, il n'y a pas si longtemps, prédisait 5 ans de perturbation dans un Québec nouvellement indépendant.

    Pas grave cependant, puisqu'un Québec indépendant sera ami avec tous les bons noms de ce monde, Castro, les Palestiniens et leur armée haineuse, le Hezbollah dont messieurs Duceppe et Boisclair avait si courageusement appuyé la cause durant l'été 2006 en se promenant sous ce drapeau orné d'une mitrailleuse comme logo. Bref, les Américains et le Canada anglais n'ont qu'à bien se tenir devant cette force ??? montante que sera le Québec indépendant.

    En attendant madame Maltais et les autres, sachez profiter du Canada et de ses largesses.

  • Marie-Louise Lacroix - Inscrite 15 septembre 2007 08 h 15

    Québec 2008 : Une entreprise de Propagande du Canada

    Je suis dégoûtée par les manières de l'Équipe de cette organisation, de messieurs Jean Leclerc et Pierre Boulanger en particulier [www.monquebec2008.com/MonQuebec2008/?module=static&id=13] ; lesquels individus en sont les têtes dirigeantes « placées » là par les bons soins de messieurs Jean Charest et Stephen Harper (premiers ministres à la veine très québécoise, comme on sait...).

    Tout ce qui émane de ce Comité des Fêtes du 400e anniversaire de la naissance de Québec et de la Nouvelle-France - et non du Canada, qui est né, en effet, 259 ans... plus tard ! - constitue une constante et systématique canadianisation de l'Événement.

    En tout, tout le temps et jusque dans le menu détail.

    Il s'agit d'un détournement de sens sans précédent dans l'histoire contemporaine du Québec : rémunérer (et grassement, encore) un Comité d'organisation pour saboter en bonne et due forme l'Événement que celui-ci a mission de réaliser en grandes pompes !

    On ferait la Révolution pour moins que ça, dans certains pays...

    Pour mémoire, voici incidemment quelques textes critiques qui ont été publiés sur le « sujet » dans les derniers mois :

    - « Société du 400e de Québec : la jouissance de l'impuissance » : www.quebechebdo.com/article-i107156-Societe-du-400
    la-jouissance-de-limpuissance.html

    - « Le 400e de Québec : le dégoût jusqu'à la violence » : www.quebechebdo.com/article-116986-Le-400e-de-Queb
    -jusqua-la-violence.html

    (Ne pas oublier, souvent éclairantes, les discussions qui suivent immédiatement ces interventions publiques)

    - Et même, last but not least, dans Le Devoir : www.ledevoir.com/2007/04/24/140634.html


    QUÉBEC 2008, on ne peut plus en douter maintenant, n'est rien de plus qu'une gigantesque entreprise de PROPAGANDE CANADA.

    Aussi la colère m'anime désormais au point où je n'hésiterai pas un instant à « graffitiser » cette fresque en hommage du Canada, si elle devait effectivement se poindre en capitale nationale. Et sur les murs de la « Maison » québécoise de l'Éducation (symbole en soi de la personnalité de la nation), comme par surcroît !!!

    Oui, je le ferai, accompagnée de plusieurs "gallons" de peinture d'un noir parfaitement opaque ! Dussé-je, pour ce faire, le payer de quelques jours de prison. Oui, je le ferai.

    Il y a des limites à retourner contre soi les moments historiques qui nous ont construits, qui nous ont bâtis, comme peuple et comme nation.

    Sommes-nous un peuple, à la fin, ou un troupeau toujours disposé à tendre la joue jusqu'au maxillaire même...?

    MLL

    PS : Pour ce qui concerne Philippe Couillard, je renvoie à ceci : www.quebechebdo.com/article-118750-Le-Canadien-Phi . Cet homme, et encore récemment à la faveur des panneaux installés par la Commission de la Capitale nationale - désignant désormais la Capitale « nationale » comme étant tout bêtement... « capitale » -, démontre chaque jour un peu plus qu'il n'a pas du tout - mais pas du tout - « le sens du Québec ». Il s'agit très manifestement d'un clone de ce qui nous sert actuellement de premier ministre, et pour qui, à l'instar de ce dernier, ce sera toujours : « Canada first and foremost ! ». Docteur Philippe Couillard, vous aurez réussi à perdre en peu de temps la crédibilité qui vous auréolait lors de votre entrée en politique. Je voyais en vous un « libéral » moins obtus et moins servile (au Canada) que la plupart de vos collègues du gouvernement dont vous faites partie. Hélas - mea culpa, mea maxima culpa - je m'étais trompée sur votre compte. Aussi, jamais vous n'aurez mon appui électoral. Jamais, M. Couillard. Jamais.

  • Sylvain Racine - Inscrit 15 septembre 2007 09 h 57

    Les libéraux et adéquistes seront les premiers aussi à trinquer avec Ottawa le 13 septembre 2059

    Ils peuvent bien en faire ce qu'ils veulent les vendus de fédéralistes Canadiens-français du 400e de la ville de Québec.

    Leurs enfants seront les premiers aussi à trinquer avec Ottawa et les Canadiens anglais le 13 septembre 2059 pour fêter la défaite des pleines d'Abraham.

    Je n'ai plus aucune estime pour ce peuple de losers, de vaincus, pas de colonne et fiers de l'être en plus.

  • coté carol - Inscrit 15 septembre 2007 10 h 41

    Parodie

    On va faire des fetes du 400* une parodie ou les québécois de souche francaise vont etre exclus de la fete où on devrait signifier notre identité avec tout ce qui fut cette bataille pour conserver le fait francais en amérique.Il ne faut pas réveiller l'eau qui dort et ils vont tres bien réussir.

  • Jean Tremblay - Inscrit 15 septembre 2007 11 h 39

    la boite à surprise

    toute fresque s'ancrant dans le coeur historique de Québec doit éviter de polluer le carctère historique...reconnu par l'UNESCO alors que l'on règlemente avec le plus grand souci l'affichage publicitaire, il faudrait éviter d'afficher la déamagogie de certains à grand pan de mur à l'occasion du 400 ième !

    bonne journée : Yves-M Tremblay