Terrasses subventionnées: les opposants s'adressent au maire Tremblay... en vain

Des citoyens de Ville-Émard se tournent en dernier recours vers le maire Gérald Tremblay et l'ombudsman de Montréal afin de faire renverser un projet-pilote d'aménagement des terrasses, aux frais des contribuables, sur le boulevard Monk.

Plus de 450 citoyens ont maintenant signé une pétition pour s'opposer à l'ouverture des terrasses en façade d'un restaurant et de cinq bars de cette artère commerciale. Ce projet bénéficie du soutien indéfectible des trois conseillers majoritaires de Vision Montréal dans l'arrondissement du Sud-Ouest. Ceux-ci ont autorisé une dépense de 110 000 $ pour l'installation de trottoirs amovibles en bois afin de contourner les terrasses. Sans oublier de jolies fleurs.

Les citoyens voient d'un très mauvais oeil l'ajout de terrasses à ces bars qui ont la réputation d'être mal fréquentés. La clientèle est tapageuse et bagarreuse. Certains habitués s'y retrouvent dès le matin, bière à la main.

Des vérifications faites par Le Devoir ont permis d'apprendre que le propriétaire d'un de ces bars, le Shenanigan, a même de sérieux démêlés avec la justice. En effet, Luc Ouellet fait face à quatre accusations de possession de drogue en vue d'en faire le trafic. Le 17 juin 2005, les policiers ont découvert chez lui 307 grammes de marijuana, 719 grammes de haschisch, 47,5 grammes de cocaïne et une pilule d'ecstasy. Il s'agit de quantités considérables. Luc Ouellet devait subir son procès devant un juge le 1er mai dernier, mais il a changé d'avocat, forçant le report des procédures jusqu'en février 2008. Comme tout citoyen, il est considéré innocent jusqu'à preuve du contraire.

Hélène Guay, porte-parole du Comité des citoyens contre le projet de terrasses devant les bars sur le boulevard Monk, juge ces faits troublants. Selon elle, l'ouverture des terrasses va accroître le sentiment d'insécurité, déjà élevé, de la population, en plus de réduire à néant la quiétude du quartier. «Ce n'est pas très invitant, ce n'est pas très accueillant. On voit des allées et venues fréquentes le jour dans ces bars et, le soir, c'est très bruyant à cause de la musique», dit-elle. «On parle de gens qui viennent prendre un verre et qui parlent déjà fort le dimanche matin à 10h», ajoute-t-elle.

Dans cette affaire, il y a d'autres sources de discorde que le caractère désagréable de la faune locale. Un conseiller de Vision Montréal, Jean-Yves Cartier, a voté en faveur de l'ajout des terrasses bien que son fils, Benjamin Denis-Cartier, soit le copropriétaire du Bar Université de Ville-Émard, un des six bénéficiaires du projet-pilote.

Le Comité des citoyens du boulevard Monk demande l'intervention du maire Tremblay pour qu'il force la reprise du vote au conseil d'arrondissement, sans la participation de M. Cartier. Le comité sollicite aussi l'intervention de l'ombudsman devant cette situation qu'il considère comme un véritable conflit d'intérêts.

L'attachée politique de Vision Montréal, Suzanne Gagnon, se réfugie derrière la loi pour justifier le vote du conseiller Cartier. Celui-ci ne se trouve pas en conflit d'intérêts parce qu'il ne tire pas d'avantage direct des activités de son fils. Il s'agit tout au plus d'une apparence de conflit d'intérêts, concède Mme Gagnon. «Ça paraît mal, mais il n'y a rien d'illégal», dit-elle.

Le maire Tremblay n'a formulé aucun commentaire à propos de cette affaire. «Il ne peut pas intervenir dans une décision du conseil d'arrondissement», a dit son attachée de presse, Renée Sauriol. «Le conseil d'arrondissement est vraiment souverain», a-t-elle ajouté.

Selon le conseiller de Vision Montréal dans Saint-Paul-Émard, Ronald Bossy, l'ouverture des terrasses fait partie d'un plan de revitalisation du boulevard Monk. Les trottoirs amovibles resteront la propriété de l'arrondissement et seront loués aux commerçants, l'an prochain, si le projet-pilote donne les résultats escomptés.

M. Bossy estime que les citoyens qui craignent les nuisances et les incivilités s'inquiètent pour rien. «Les trottoirs utilisés pour les terrasses deviendront du domaine privé. C'est le tenancier qui devra gérer sa terrasse, ce sera à lui de contrôler [sa clientèle]. Et s'il ne la contrôle pas, on va les fermer, les maudites terrasses», a dit M. Bossy, visiblement excédé par le vent d'opposition. «Ça ne peut pas être pire, ça va juste être mieux», croit-il.

Les élus majoritaires de Vision Montréal n'ont pas l'intention de reculer. «Le projet va marcher, on va y aller, et ça vient de s'éteindre», a tonné M. Bossy. Les aménagements seront réalisés dans le courant de la semaine, avec l'ouverture prévue des terrasses pour le week-end de la Saint-Jean-Baptiste, espère de tout coeur le conseiller Bossy.