Des citoyens en colère - Des bars auront terrasse sur rue, gracieuseté de Ville-Émard

Il y a des citoyens de Ville-Émard qui ont la gueule de bois ces temps-ci. Un projet-pilote qui permettra à au moins cinq bars et un restaurant d'ouvrir des terrasses sur le trottoir en face de leur établissement sème la discorde au sein du conseil d'arrondissement et soulève la colère de plusieurs citoyens.

«J'ai l'impression d'avoir perdu 140 000 $ dans un budget déjà serré», s'indigne Jacqueline Montpetit, mairesse de l'arrondissement du Sud-Ouest. Le conseiller Ronald Bossy n'est pas d'accord. Il répond que «c'est de l'argent qui permettra de revitaliser le boulevard Monk».

Divisé, le conseil d'arrondissement a récemment voté à 3 voix contre 2 en faveur du projet-pilote qui autorise des commerces à investir l'espace public pour aménager des terrasses. Six établissements ont dit oui: l'arrondissement paiera donc, à même les surplus dégagés dans son dernier budget, une partie de la terrasse qu'ils tiendront ouverte jusqu'à 23 heures en semaine et minuit la fin de semaine.

Le problème, c'est qu'à part un restaurant qui donne dans la gastronomie graisseuse, il n'y a que des bars qui ont répondu à l'offre de l'arrondissement. Des bars bruyants, de surcroît, où la clientèle n'est pas des plus douces, dit-on. «La police s'y rend souvent, il y a du bruit, des bagarres», indique Hélène Guay, militante au sein d'un comité de citoyens qui dénonce le projet de terrasses.

Après avoir tenu une rencontre d'information lundi — où plusieurs citoyens ont fait part de leur peur de vivre dans ce coin du boulevard Monk — le comité s'est rendu hier au conseil d'arrondissement pour réclamer la suspension du projet. Une pétition signée par 280 opposants au projet a déjà été déposée au conseil.

Muselée par les trois conseillers d'opposition, la mairesse de l'arrondissement est furieuse de voir la tournure que prennent les événements. «Ça fait longtemps qu'on veut revitaliser Monk, c'est vrai. Mais il faut que ça se fasse de manière structurée. Et je ne pense pas que les bars doivent être le fer de lance de ce développement. On a déjà des problèmes avec eux, et ce n'est pas dit que les résidants des environs auront envie de se promener sur ces trottoirs.» Elle dénonce aussi le fait que «les citoyens n'ont jamais été consultés et n'ont pas été invités à la table de suivi du projet».

Surtout, Mme Montpetit estime très «gênant» qu'un des trois conseillers en faveur du projet, Jean-Yves Cartier, ait participé au vote malgré que son fils soit propriétaire d'un des cinq bars en question. «On aurait dû s'attendre à un devoir de réserve. Il aurait dû se retirer. On ne vote pas sur des décisions qui favorisent nos proches», dit-elle.

Mais, selon Ronald Bossy, ce projet n'a que du bon. «On donne un coup de pouce pour faire décoller la revitalisation du boulevard Monk», estime-t-il. M. Bossy croit que les terrasses vont tranquilliser le quartier. «Ça ne peut pas être pire qu'actuellement. En élargissant le domaine privé, les propriétaires des bars deviennent responsables de la tenue de leurs clients à l'extérieur aussi. Ils pourront leur dire de se taire.»

Invité à expliquer pourquoi les citoyens n'ont pas été invités à la table de suivi, M. Bossy mentionne que ce sont «toujours les mêmes qui s'opposent» et qu'ils «n'étaient pas assez objectifs pour siéger. Si on commence ça, ça ne finira plus.»
1 commentaire
  • A/s De Mme Danielle Lécuyer Services Juridiques - Abonnée 6 juin 2007 07 h 42

    Ça manque de contexte

    L'article que vous écrivez apparaît juste à première vue. Mais tout un contexte historique, qu'il serait trop long à décrire, vous échappe. Ainsi, l'article semble faire la part belle à la Mairesse puisqu'elle a voté contre le projet. Mais il faudrait analyser le rôle de la SIDAC Monk qui a mis de la pression sur ce dossier.

    Entre temps, je vous envoi le petit résumé de mes impressions du mois passé sur le même sujet, rédigé dans le cadre d'un compte rendu mensuel du conseil que je réalise mensuellement et publié sur le site www.lapointelibertaire.org

    Marcel Sévigny
    Ex-conseiller municipal de Pointe-Saint-Charles

    "Le groupe de citoyenNEs qui s'opposent au projet des futures terrasses pour les bars du boulevard Monk est passé par la rude école de la démocratie représentative qui consiste à élire et à donner carte blanche aux éluEs entre 2 élections. Plusieurs d'entre eux, malgré des représentations, des questions pertinentes, une demande de reconsidération du vote, une demande de référendum, une pétition de 280 noms, etc., sont restés frustrés pendant que les éluEs sont demeurés de glace.

    Dans les faits, les processus dit "démocratiques" de consultation et de décision ont été respectés. Même la Mairesse, qui s'est opposée par vote à ce projet de terrasses, n'a pas jugé pertinent de questionner hier soir la qualité des processus mis en cause par les gens, tout simplement parce qu'elle les utilise elle-même pour justifier des décisions. Malgré cette séance de défoulement il n'est pas certain que les citoyenNEs présentEs hier soir vont eux-mêmes remettent en cause ces processus qui donnent tout le pouvoir à une poignée d'éluEs et qui dans les faits travaillent contre la démocratie. Cela ne contribuera probablement qu'à augmenter chez quelques citoyenNEs de plus le cynisme face au système politique.