40 décideurs derrière Tremblay

Tout ce que Montréal compte de dirigeants d'entreprise incontournables, de gratin culturel, de bonzes de la finance et d'intelligentsia universitaire est regroupé derrière la Ville de Montréal pour en assurer la vitalité et voir à ce qu'elle soit au coeur de l'action gouvernementale. C'est toutefois sans tambour ni trompette que le maire Gérald Tremblay a formé avec la Chambre de commerce du Montréal métropolitain il y a plus d'un an un comité d'orientation économique.

Une quarantaine de personnes se retrouvent autour de la table, dont Pierre Karl Péladeau de Quebecor, Louis Roquet de Desjardins Capital de risque, l'ingénieur Armand Couture de la Commission d'enquête sur le viaduc de la Concorde, Léo-Paul Beaulieu de Fondaction-CSN, Henri-Paul Rousseau de la Caisse de dépôt et placement, Alain Simard de Spectra et Luc Vinet, recteur de l'Université de Montréal.

«Ce comité agit un peu comme un baromètre, a expliqué hier au Devoir Christiane Miville-Deschênes, du cabinet du maire Tremblay. Ce sont des gens qui connaissent la situation de Montréal et qui ont une réflexion qui peut nous être bénéfique.»

La structure semble assez informelle. Au moins deux réunions ont été tenues jusqu'à maintenant. L'automne dernier, une liste de projets liés au plan d'action de Montréal (vision 2025) a été déposée auprès des participants et, plus récemment, le maire Tremblay a fait une présentation sur la métropole qui est à couper le souffle.

Étonnamment, M. Tremblay a rencontré la presse après cette réunion, question de réclamer publiquement plus d'autonomie sans toutefois mentionner qu'il avait un certain soutien de la part de grands décideurs. Pourtant, Mme Miville-Deschênes a fait valoir que le comité d'orientation avait une valeur importante afin de passer des messages clairs.

Dans le contexte d'un gouvernement minoritaire, après une campagne électorale où il était de bon ton d'écorcher la métropole, la présence de personnalités fortes derrière le maire Tremblay semble avoir son importance. Une certaine inquiétude perce dans la communauté des affaires. La semaine dernière, la présidente de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Isabelle Hudon, rappelait dans nos pages que Montréal est le moteur économique du Québec et que son développement constitue un enjeu pour toute la province.

Selon les informations recueillies par Le Devoir, de hauts fonctionnaires du gouvernement du Québec ont prévenu leurs vis-à-vis de Montréal dans les jours qui ont suivi le scrutin du 26 mars que la métropole risquait fort d'avoir une oreille moins attentive à ses demandes compte tenu de la préoccupation régionale qui ressort avec la montée de l'Action démocratique. Au cabinet du maire, on rappelle toutefois que les trois chefs de parti ont montré de l'ouverture à l'endroit de Montréal durant les élections et que c'est moins les répercussions sur Montréal du statut minoritaire du gouvernement que le précipice financier au bord duquel se trouve Montréal qui inquiète.

Le gouvernement libéral a annoncé dans son budget pré-électoral que Montréal bénéficiera de 140 millions pour soutenir son développement économique sur une période de cinq ans. Aussi, Jean Charest a reconnu que Montréal avait besoin de nouveaux leviers pour faire face à sa situation fragile. André Boisclair a appuyé clairement la demande du maire Tremblay, qui veut obtenir de nouveaux «pouvoirs habilitant». Quant à Mario Dumont, il prône l'autonomie des régions.

Aux yeux de Christiane Miville-Deschênes, que les trois chefs reconnaissent les problèmes de Montréal est une bonne chose. «Montréal ne demande pas de subvention mais des outils pour faire face à ses responsabilités et pouvoir mieux planifier», a-t-elle rappelé.

Le comité d'orientation économique pourrait certes être d'une aide précieuse pour alerter l'Assemblée nationale. «De voir Montréal statistiquement s'appauvrir, c'est une préoccupation, a indiqué hier Luc Lavoie, porte-parole de Quebecor. Ce sont des gens autour de la table qui ont quelques bonnes idées.»

Mais d'aucuns remettent en question la capacité du maire Tremblay à être un véritable leader dans une situation aussi délicate. Le changement de nom envisagé pour l'avenue du Parc ou les dossiers du CHUM ou du déménagement avorté du casino à Pointe-Saint-Charles reviennent souvent comme des exemples où Gérald Tremblay n'a pas réussi à convaincre qui que ce soit.

Le comité d'orientation économique n'est pas sans rappeler celui qu'avait discrètement mis sur pied en 1995 l'ancien maire Pierre Bourque. Le Comité de relance économique de Montréal, mieux connu à l'époque sous le nom de comité des sages, était composé de 25 hauts dirigeants de grandes entreprises, comme Bell Canada, Alcan, SNC-Lavalin, la Banque Royale et la firme comptable Raymond Chabot Martin Paré, aujourd'hui Raymond Chabot Grant Thornton.

Ces sages de la communauté des affaires avaient produit un rapport qui avait tout du remède de cheval pour l'économie montréalaise. Ils proposaient la privatisation de services municipaux et la réduction de 18 % des salaires des fonctionnaires municipaux. S'était alors enclenché un débat houleux à Montréal, qui avait d'ailleurs eu des répercussions au gouvernement du Québec, sur la privatisation de l'eau. Les projets du maire Bourque et consorts ont finalement été passés à la moulinette.

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