Incertitude budgétaire à Québec

Québec — La proposition budgétaire d'Andrée P. Boucher a été rejetée hier soir au conseil de ville de Québec, la grande majorité des conseillers refusant d'endosser les hausses de taxes moyennes de 5,4 % qu'elle compte imposer.

«On ne peut pas faire de miracles. C'est mon 18e budget municipal et jamais, de toute ma carrière, je n'ai présenté de telles augmentations de taxes», a concédé la mairesse en début de séance. S'estimant prise à la gorge par le poids de la masse salariale, entre autres, Mme Boucher martèle, depuis le début du mois, qu'elle n'a pas le choix et qu'il s'agit d'un budget «responsable».

À peine six des 36 conseillers municipaux se sont prononcés en faveur de la proposition qu'elle a présentée hier. Des conseillers indépendants dont Paul Shoiry, un ancien allié «défusionniste» ont, eux aussi, voté contre. «Je pense que les citoyens auraient accepté une augmentation tournant autour de l'inflation [2 %] mais là, c'est inacceptable», a déclaré M. Shoiry, l'ancien maire de Sillery. «Les gens n'en reviennent pas. Parce que personne autour de cette table ne s'est fait élire avec le mandat d'augmenter les taxes [à un niveau] plus haut que l'inflation. »

Le conseil a par ailleurs voté en faveur des propositions d'amendement de l'opposition du Renouveau municipal de Québec (RMQ) qui estime que les hausses de taxes pourraient se limiter à 2,3 %. Largement majoritaire au conseil avec 24 sièges, l'opposition dirigée par Ann Bourget n'est néanmoins pas parvenue à rallier beaucoup de conseillers n'appartenant pas à son parti. Après s'être montrés intéressés à étudier les amendements, des indépendants se sont dits plus que sceptiques à la lecture du document présenté par le RMQ, qualifiant ses propositions de «floues», voire de «douteuses».

Rupture des négociations

L'affrontement d'hier au conseil municipal découle de la rupture des négociations entre Mme Boucher et Mme Bourget sur un compromis de budget. Une rencontre lundi après-midi avait laissé les deux femmes optimistes. Or, rien n'allait plus quelques heures plus tard.

«Hier soir [lundi], j'ai reçu un coup de fil de Mme Boucher qui interrompait les négociations alors qu'on était à quelques millions d'une entente», a lancé hier une Ann Bourget plus agressive que de coutume. «Elle dit que l'opposition n'a pas voulu négocier alors que c'est un mensonge!»

Le désaccord entre les deux parties semblait entier hier soir. Alors que l'opposition reproche à la mairesse de ne pas avoir osé «couper dans le gras» comme elle l'avait promis en campagne électorale, Andrée P. Boucher accuse ses vis-à-vis de proposer des coupures «irréalistes» pour être réélus.

Le RMQ estime qu'il est possible de couper plus de 20 millions $ dans les dépenses de la ville en misant sur trois mesures principales: l'annulation des immobilisations payées comptant (9,6 millions $), le non-remplacement de 20 départs à la retraite (2 millions $) et une diminution de la masse salariale de 0,88 % (3,8 millions $).

Après plus de trois heures de débats, la séance du conseil a finalement été ajournée jusqu'à jeudi matin. Le comité d'exécutif devra alors soumettre aux élus une nouvelle proposition budgétaire.

Collaboratrice du Devoir