Les élus de Vision Montréal siègent en robe de chambre

C'est en robe de chambre que les élus de Vision Montréal se sont présentés hier matin avant l'aube à la séance spéciale du conseil municipal hier sur l'adoption du budget de la Ville.

«On a voulu souligner le ridicule par le ridicule», a expliqué le chef de Vision Montréal, François Purcell, au terme de la séance spéciale qui avait débuté à 6h du matin.

Le conseil municipal avait été ajourné à 16h15 vendredi, conformément à la tradition voulant que l'assemblée ne siège pas lors des fêtes juives. Les conseillers de l'opposition ne remettaient cependant pas en question cet «accommodement raisonnable» en vigueur depuis longtemps à l'hôtel de Ville.

Ils en avaient plutôt contre la mauvaise planification du calendrier des séances qui a forcé à reprendre les travaux à 6h du matin hier puisque la loi exige que le conseil municipal se prononce sur les orientations des délégués de Montréal au conseil d'agglomération, qui se tenait à 9h30 hier matin.

«Cela démontre l'incapacité de cette administration de respecter les membres de son conseil municipal et les citoyens. Elle ne se préoccupe pas de ce qu'ils ont à dire», a tonné la chef de l'opposition à l'hôtel de Ville, Noushig Eloyan.

Pour le maire de Montréal, Gérald Tremblay, l'esclandre de l'opposition relève plutôt d'un «spectacle qui n'a pas sa place en démocratie». «L'opposition devrait plutôt comprendre qu'il faut être unis si l'on veut trouver une solution concrète au problème structurel des finances publiques», a plaidé M. Tremblay. Il a souligné que son administration avait obtenu un accord de l'opposition pour s'assurer que le débat ne durerait pas au-delà de 16h vendredi.

Pour le grand argentier de la Ville, Frank Zampino, l'opposition a sciemment prolongé les débats vendredi dernier, dans l'espoir que le budget serait adopté hier en l'absence du maire, qui devait se rendre à Paris en fin de semaine. Le maire Tremblay s'est envolé pour la France vendredi soir, afin d'assister à une réunion des maires des grandes villes et à l'inauguration du métro. Il en est cependant revenu dimanche. «C'était prévu ainsi depuis deux mois», a-t-il dit.

Toujours est-il que le budget de près de quatre milliards a bel et bien été adopté vers 8h30 hier matin, à temps pour tenir une brève séance du conseil d'agglomération.

Menace politique des banlieues

Après les conseillers de l'opposition en robe de chambre, le maire de Montréal a eu droit aux mines renfrognées des maires des villes défusionnées qui ont interrompu brièvement leur boycottage du conseil d'agglomération le temps de venir enregistrer leur opposition au budget.

«Nous continuons notre boycott, nous voulions seulement éviter qu'on ait l'impression que le budget avait été adopté à l'unanimité», a précisé la mairesse de Westmount et porte-parole des maires de banlieues, Karin Marks.

Les maires des villes reconstituées ont profité de l'occasion pour adresser des menaces au Parti libéral, qui fait la sourde oreille aux demandes de révision de la structure de l'agglomération. «On arrive en période électorale. C'était un enjeu à la dernière élection, on va s'assurer que cela le soit encore.[...] Il y a l'ADQ, il peut y avoir un candidat indépendant. On ne va pas continuer à se laisser serrer le cou [par les libéraux] qui disent "si vous ne votez pas pour nous ce sera l'indépendance"», a scandé Mme Marks.

Les maires des banlieues de l'île ont l'intention de faire alliance avec d'autres municipalités des agglomération de Longueuil et Québec, également mécontentes du peu de pouvoir qui leur est accordé au sein des conseils d'agglomération.

La menace n'a pas trouvé écho du côté de Québec. «Les gens vont décider pour qui ils votent, en fonction de notre bilan. [...] Ils ont le choix entre nous et le PQ qui a imposé les fusions forcées», a déclaré Jonathan Trudeau du cabinet de la ministre des Affaires municipales. La ministre étudie toujours les propositions de changement formulées le mois dernier par les villes reconstituées de l'île.