Montréal a besoin de se refaire une image

D'ici le printemps 2003, Montréal se payera un nouveau logo. Et si la ville en profitait pour revoir son image générale? C'est le souhait de Frédéric Metz, professeur bien connu de l'École de design de l'UQAM.

«Montréal est laide.» La phrase lancée par Frédéric Metz n'appelle aucune réplique. Selon cet enseignant à la langue bien pendue, la ville aurait tout avantage à améliorer son image si elle veut jouer dans la cour des grands. Poubelles en un seul format original, taxis peints de la même couleur, cabines téléphoniques uniformes, éboueurs portant un vêtement unique et immaculée... ce ne sont pas les idées qui manquent pour amorcer une réflexion.

Et cette réflexion, si les autorités voulaient bien se donner la peine de la faire, viendrait à point nommée puisque la Ville de Montréal a amorcé cette semaine le processus qui aboutira à la création d'un nouveau logo, par les services de la ville, d'ici le printemps 2003. Pourquoi ne pas en profiter pour mettre au monde un branding tout à fait Montréalais?

«Le branding d'une ville a toujours existé, consciemment ou inconsciemment, explique M. Metz. Il y a des villes qui s'en sortent très bien et des villes qui s'en sortent moins bien, comme Montréal. New York est sûrement celle qui a le mieux réussi puisqu'on l'associe aujourd'hui à un tas de choses comme le fameux "I love NY" — qui était en réalité destinée à l'État de New York et non à la ville —, on l'associe également à The Big Apple, à ses bâtiments, à son Broadway, ses taxis jaunes, ses néons, etc. Tout ça fait partie d'un branding.»

Et Montréal, à quoi l'associe-t-on? À la laideur et à la saleté, croit M. Metz. «J'étais avec une douzaine de gens de Swiss airlines hier soir, raconte-t-il. Ils adorent venir passer 24 heures ici quand leur travail le permet. Mais quand je leur ai demandé ce qu'il pensait de Montréal, à l'unanimité ils m'ont dit que c'était une ville laide. Et je suis totalement d'accord avec eux. Ce n'est pas la seule, qu'on s'entende, mais elle fait partie des villes laides du monde.»

De plus, et ce n'est rien pour améliorer son image, la ville est sale, ajoute-t-il. Les nids-de-poule dans les rues, les fissures dans les trottoirs, les poubelles qui débordent, les taxis dont la propreté laisse parfois à désirer, les détritus que les éboueurs laissent traîner après leur passage font de Montréal une ville tout à fait malpropre.

Que faire, donc? Repenser l'image de la ville en tenant compte tant des petites que des grandes choses. Selon M. Metz, il est possible par exemple de jouer sur des petits éléments qui permettent de procéder à un changement d'attitude et d'esprit: la courtoisie des chauffeurs de taxis par exemple, la façon de dire bonjour à l'aéroport, la façon que les douaniers abordent les visiteurs, etc.

Homogénéité

«Mais ça peut aller plus loin aussi, dit-il, jusqu'à l'entretien des rues, le choix du mobilier urbain, etc.» Les taxis peuvent être tous d'un même modèle et d'une même couleur, comme à New York ou à Londres. Il pourrait aussi n'y avoir qu'un modèle de poubelles, un modèle de cabines téléphoniques, un modèle et une couleur de bacs de récupération et un modèle de bancs publics. Et tant mieux si ce modèle est original et singulier, estime le professeur Metz. L'idée est de créer une unité plutôt que d'avoir un ensemble d'objets hétéroclites disséminés un peu partout.

«Autre chose. À Paris, par exemple, les éboueurs sont tous habillés en vert. Dans ma ville de naissance, Neuchâtel en Suisse, tous les camions sont blancs et les éboueurs portent des jumpsuits entièrement blancs. Ça donne une attitude différente. Quand vous habillez votre enfant en blanc, il fait plus attention que quand il est habillé en noir, non? C'est la même chose avec les éboueurs. Peut-être qu'enfin les poubelles ne déborderaient plus et que les rues seraient propres.»

Pour M. Metz, «tous ces détails font que l'image globale qu'on a d'une ville est réjouissante ou pas».

Pour l'instant, seule la couleur des taxis est dans la mire de la Ville de Montréal. Le Bureau du taxi fera bientôt des recommandations à l'administration concernant la possibilité d'obliger les entreprises à peindre uniformément tous leurs véhicules. Mais pour les autres sujets, aucune réflexion n'est prévue, a indiqué l'attaché de presse du maire, Daren Becker. «Le professeur a soumis quelques suggestions, mais qui va payer pour tout ça?», demande-t-on à l'hôtel de ville.

Pendant ce temps, déplore M. Metz, des changements sont faits sans aucune cohérence. «Pour donner un branding, il y a deux solutions: tu vas progressivement ou en cassure radicale. La cassure coûte très cher. Mais si on y va trop lentement, il arrive ce qui est déjà arrivé: on se retrouve avec 20 modèles de poubelles, avec des carrefours où il y a les vieilles plaques de l'époque d'avant [le maire Jean] Drapeau, de l'époque Drapeau avec un petit logo rouge, avec un logo rouge inversé ou carrément sans logo. C'est catastrophique!»