Budget participatif du Plateau Mont-Royal - Des citoyens confrontés à l'implacable réalité des chiffres

Les quelque 150 citoyens réunis mercredi soir au Resto-Plateau pour assister à l'assemblée «décisionnelle» du budget participatif du Plateau Mont-Royal se sont heurtés à la dure réalité des ressources financières limitées.

Des 4,7 millions du Plan triennal d'immobilisations (PTI) de l'arrondissement, seulement 500 000 $ étaient soumis à l'exercice de démocratie participative, le reste étant requis pour les dépenses essentielles.

«Les citoyens, comme les élus, sont devant le même dilemme. Le problème, ce n'est pas où je vais investir, c'est plutôt où je n'investis pas. Aussi longtemps que nous sommes devant cette situation, il y aura des choix difficiles à faire», a expliqué au Devoir la mairesse de l'arrondissement, Helen Fotopulos, au terme de la soirée.

D'entrée de jeu, les fonctionnaires de l'arrondissement ont expliqué qu'il faudrait au bas mot dix millions pour répondre aux besoins de l'arrondissement et mettre en branle quelques projets comme la construction d'une maison de la culture ou la rénovation d'une piscine. Or ils ne disposent que de 4,7 millions, soit tout juste le nécessaire pour parer au plus urgent.

L'arrondissement a tout de même procédé à une ponction de 500 000 $ de cette somme pour la soumettre à la volonté populaire. Avec cette enveloppe de 500 000 $ en tête, les citoyens se sont réunis par petits groupes pour discuter des choix auxquels accorder priorité entre l'aménagement des parcs, les rues et les trottoirs, le verdissement du quartier, l'apaisement de la circulation ou le démarrage de grands projets, par exemple la construction d'une nouvelle maison de la culture.

Plusieurs participants ont d'emblée écarté les grands projets plus coûteux, conscients du fait qu'une somme de 500 000 $ est bien peu de chose comparativement aux 30 millions que coûterait, par exemple, une nouvelle maison de la culture.

L'apaisement de la circulation avait la cote mercredi, suivi du verdissement du quartier. «L'espace que la voiture prend sur le Plateau est excessif», a fait valoir François Gosselin en présentant à l'assemblée les consensus auxquels les citoyens de sa table étaient arrivés.

Outre l'exercice de mercredi soir, l'arrondissement a envoyé par la poste hier à tous les résidants un dépliant avec le projet de PTI proposé par l'arrondissement et un coupon-réponse pour faire connaître leur opinion à propos de l'utilisation des 500 000 $ soumis au budget participatif.

La formule a fait bondir quelques participants, convaincus que l'exercice arrivait à son terme mercredi et qu'ils décideraient ensemble du plan triennal d'immobilisations. «Ce n'est pas un budget participatif, c'est un budget consultatif, ce n'est qu'un sondage», a lancé un participant alors qu'un autre sortait de la salle en maugréant.

Sur un ton plus pondéré, une coalition d'organismes du quartier a salué l'exercice dans un communiqué remis à tous les participants à l'entrée tout en déplorant que les citoyens ayant voie au chapitre n'aient pas tous eu au préalable l'occasion d'échanger entre eux.

«Les gens qui vont répondre chez eux dans leur salon n'ont pas entendu ce que les autres ont dit. En discutant avec les autres, notre idée de départ change, se module», a déploré Luc Rabouin, qui a contribué à mobiliser des citoyens pour le budget participatif.

L'interaction entre les citoyens eux-mêmes ainsi qu'avec les fonctionnaires et les élus a, selon M. Rabouin, le mérite de construire le sentiment d'appartenance au Plateau. «On n'est plus dans un rapport de demander aux élus "donnez-nous cela" sans tenir compte de la réalité. On la connaît, la réalité, maintenant. C'est un changement de culture.»

En dépit des faiblesses du processus, M. Rabouin a souligné que le chemin parcouru avec le budget participatif du Plateau est déjà «extraordinaire» comparativement à ce qui se fait ailleurs à Montréal.

La mairesse de l'arrondissement a réfuté les critiques en soulignant qu'il est pour le moins incongru de lui reprocher de vouloir faire participer le plus de citoyens possible. Elle promet que l'expérience sera renouvelée l'an prochain et espère pouvoir mettre au jeu une part plus substantielle du budget.

C'est la première fois en Amérique du Nord qu'une instance municipale reprend, en l'adaptant, la formule emblématique du mouvement altermondialiste issue de Porto Alegre, au Brésil. L'idée a cependant fait des émules ailleurs en Amérique latine et en Europe.

Selon Mme Fotopulos, la formule de Porto Alegre exige certains ajustements dans une ville d'un pays développé. «Dans les pays en développement, les choix se font entre l'eau potable et l'électricité, il n'y a pas l'infrastructure que nous avons», a-t-elle précisé en entrevue.