Le Centre jeunesse de Montréal dévoile son bilan annuel - Parents toxicomanes, enfants négligés

La consommation de drogue amène des troubles divers qui interfèrent avec la capacité des parents à prendre soin de leurs enfants.
Photo: Agence Reuters La consommation de drogue amène des troubles divers qui interfèrent avec la capacité des parents à prendre soin de leurs enfants.

Ce n'est pas tant les cas d'abus physiques ou sexuels qui causent le plus de maux de tête à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de Montréal, mais bien ceux de négligence. Causée dans la grande majorité des cas par les problèmes de toxicomanie des parents.

Depuis trois ans, le nombre de signalements retenus par la DPJ-Montréal a augmenté de 7 % (et le nombre de signalements reçus de 20 %). Leur nombre atteint maintenant 4334, selon le bilan annuel du Centre jeunesse de Montréal dévoilé hier par la DPJ. En juin, les 16 directions régionales avaient déjà rendu public leur bilan conjoint, mais les chiffres n'avaient pas été ventilés pour Montréal. À l'échelle provinciale, la hausse des signalements retenus atteint 13 % en deux ans.

Les cas de négligence qui ont été retenus à Montréal ont augmenté de 9 % par rapport à 2005 et de 12 % par rapport à 2004. Globalement, ces cas de négligence représentent 56 % de tous les cas retenus par la DPJ. Pour ce qui est des abus physiques et sexuels, ils ont baissé au cours de la dernière année, respectivement de 3 % et de 7 %. Au 31 mars 2006, 5566 enfants et jeunes recevaient des services de la DPJ. C'est le milieu policier qui signale le plus de cas (26 %), suivi des employés de différents organismes

(25 %) et du milieu familial (18 %).

À Montréal, c'est dans les secteurs desservis par les Centres de Santé et de services sociaux (CSSS) du Sud-Ouest-Verdun, d'Ahuntsic et Montréal-Nord, de Lucille-Teasdale (Hochelaga-Maisonneuve) et de la Pointe-de-l'Île qu'on signale le plus de cas. «Ce sont des populations aux prises avec des conditions de vie difficiles, des enjeux de pauvreté, de monoparentalité, de consommation, et ça ressort, explique Jean-Marc Potvin, directeur du Centre jeunesse de Montréal. Il y a un lien direct à faire entre l'incidence des signalements et les quartiers défavorisés.»

Les problèmes de négligence touchent particulièrement les jeunes âgés entre 6 et 11 ans, indique la DPJ. Dans 60 % de tous les cas, c'est la consommation abusive d'alcool ou de drogues qui est responsable de cette maltraitance. La consommation de substances amène des troubles divers (insomnie, dépression, altération mentale sur le jugement, attention et mémoire) qui interfèrent avec la capacité des parents à prendre soin de leurs enfants. Et les enfants s'en ressentent fortement.

«L'augmentation constante des cas signalés et retenus est préoccupante, mais relativement stable, note Jean-Marc Potvin. C'est vraiment la hausse des cas de négligence qui nous inquiète. Les problèmes sociaux ne vont pas en diminuant à Montréal. Et la problématique de toxicomanie nous paraît chaque année plus importante. Ce sont des cas moins spectaculaires que ceux d'abus sexuels, par exemple, mais tout aussi importants: il faut agir et se mobiliser là-dessus.»