Héritage Lachenaie doit restaurer un milieu humide

La société 3563-08 Canada inc., mieux connue sous le nom d'Héritage Lachenaie, doit soumettre d'ici à la fin de la semaine un plan de restauration d'une partie de la plaine inondable de la rivière des Prairies, qu'elle a remblayée illégalement.

C'est ce qu'a confirmé il y a quelques jours au Devoir Pierre Robert, le directeur du service de contrôle environnemental de la région administrative Montréal, Laval, Laurentides et Lanaudière du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP).

Héritage Lachenaie a récemment défrayé la manchette quand le quotidien La Presse a révélé que ce promoteur immobilier allait être le principal bénéficiaire de la bretelle d'autoroute que construit le ministère des Transports du Québec dans un important milieu humide de cette rivière. Le MTQ a évité l'audience publique pour ce projet de 16 millions en réduisant de quelques mètres la longueur de son projet afin d'éviter le seuil déclencheur. Une étude ancienne du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) avait considéré ce ministère comme le pire de tous en ce qui a trait aux subterfuges destinés à le soustraire au processus d'évaluation publique.

Selon les informations obtenues par Le Devoir et confirmées par M. Robert, Héritage Lachenaie avait entrepris en début d'année de remblayer une importante section de la plaine inondable de la rivière des Prairies sur le boulevard Saint-Charles, à Terrebonne.

Le 17 mai, à la suite d'une visite des inspecteurs du service de contrôle environnemental, le ministère produisait un avis d'infraction officiel dans lequel il exigeait la restauration des lieux, ce qui peut s'avérer très coûteux.

«Nous leur avons demandé de cesser tout remblayage à cet endroit, et ils ont cessé tout de suite de le faire. Cependant, quant au plan de mesures correctrices, ils n'en ont pas tenu compte, tout comme des délais qu'on leur donnait pour faire approuver les travaux correcteurs», a expliqué le responsable du service d'inspection du ministère.

Selon Pierre Robert, Héritage Lachenaie a plutôt répliqué qu'il n'avait pas besoin d'obtenir un certificat d'autorisation du ministère puisque son remblai visait à immuniser les futures résidences et les accès.

Le remblai en question est situé dans la portion de la plaine inondable dite de 20 à 100 ans. Il est effectivement possible de construire dans cette zone à condition d'«immuniser» la résidence et les accès, c'est-à-dire de les relever au-dessus de la cote d'inondation afin que les occupants ne soient jamais isolés et que leurs biens soient protégés.

Les services d'inspection du MDDEP ont vérifié pour finalement découvrir qu'aucun permis d'immunisation n'avait été demandé ou obtenu de la municipalité de Terrebonne, ce qui aurait supposé que les plans d'un éventuel développement immobilier auraient été préalablement déposés auprès de la municipalité.

«C'est vrai que les promoteurs peuvent immuniser une maison et les accès, a expliqué M. Robert. Mais il n'est pas permis de remblayer plus que ne l'exige l'immunisation de la maison, d'un cabanon et d'un accès. Ça ne donne aucunement le droit de remblayer afin de hausser le niveau de tout le parterre ou le reste du terrain, lesquels doivent plutôt demeurer à leur niveau naturel. On maintient donc notre avis d'infraction, et nous avons donné à ce promoteur jusqu'à la fin du mois de septembre pour nous déposer un plan de mesures correctrices.»

À Terrebonne, le ministère s'est opposé à d'autres travaux de remblayage que réalisait la société Rona au début de l'été.