Élection partielle dimanche pour choisir un successeur à Pierre Bourque dans le district de Marie-Victorin - De quoi embrouiller les électeurs...

Les citoyens du district de Marie-Victorin, dans le quartier Rosemont, iront aux urnes demain pour élire le conseiller qui succédera à Pierre Bourque dans le district. Le Devoir présente aujourd'hui les trois principaux candidats en lice.

Le chef de Vision Montréal, l'ancien maire Pierre Bourque, a beau avoir quitté la politique municipale, son ombre plane encore sur les candidats en lice pour l'élection partielle qui se tiendra dimanche, afin de lui donner un successeur dans le district Marie-Victorin, dans Rosemont.

Les électeurs sont placés devant un joyeux méli-mélo de candidats, dont trois sont issus de la famille politique de Vision Montréal et deux ont flirté avec différentes formations politiques.

Deux anciennes colistières de M. Bourque tentent leur chance: Nicole Thibeault, comme candidate indépendante, et Kettly Beauregard, avec le nouveau parti d'inspiration écologiste Projet Montréal. Vision Montréal présente pour sa part un ancien conseiller du RCM, Réal Charest. Seul candidat à ne jamais avoir été associé à Vision Montréal ou à son ancien chef, Carle Bernier-Genest, qui travaille chez Équiterre, se présente sous la bannière de l'Union des citoyens de l'île de Montréal, rebaptisée «équipe Tremblay-Lavallée» le temps de la partielle.

Pour brouiller les cartes davantage, les camps de l'UCIM et de Vision Montréal soutiennent que la candidate de Projet Montréal, Kettly Beauregard, les a courtisés pour être candidate sous leur bannière. La principale intéressée dément l'affirmation, mais elle reconnaît avoir déjà recruté des membres pour l'UCIM et être allée féliciter le nouveau chef de Vision Montréal, François Purcell, lorsqu'il a pris la relève de Pierre Bourque en mai dernier.

Le maire de l'arrondissement, André Lavallée, soutient par ailleurs que le candidat de Vision Montréal, Réal Charest, aurait demandé à se présenter pour l'UCIM en mars dernier. Encore une fois, Réal Charest nie catégoriquement. Il confirme cependant qu'il avait pris l'an dernier une carte de membre de l'UCIM pour appuyer son ami et ancien collègue du RCM, André Lavallée. «Quand on a des amis et qu'on veut que les personnes soient élues, on va dans ce sens», explique M. Charest.

Un écolo concret

Ce pot-pourri de candidats liés, à un moment ou à un autre, à Vision Montréal suscite l'ironie dans le camp de l'UCIM. «Les trois membres de la même famille politique font un concours pour savoir ce qui aurait dû être fait avant, quand ils étaient en poste», lance le maire de l'arrondissement Rosemont-Petite-Patrie, André Lavallée. Le colosse rompu à la politique municipale — il a fait partie de l'équipe de Jean Doré dans les années 1980 — fait figure de patriarche auprès de Carle Bernier-Genest, âgé de 31 ans, n'hésitant pas à prendre le micro et éclipsant un peu son candidat.

Carle Bernier-Genest, qui a gagné sa vie comme journaliste pigiste pendant quelques années, travaille aujourd'hui chez Équiterre pour les dossiers de consommation responsable. Il voit dans ce parti «une équipe qui a les moyens de ses ambitions, qui adopte une approche réaliste». «J'étais tanné de dire des choses aux politiciens, je me suis dit qu'il était temps de participer aux décisions», fait valoir M. Bernier-Genest, qui a été défait par Pierre Bourque aux dernières élections par 300 voix.

C'est en faveur des services de base qu'il souhaite agir en premier lieu: le déglaçage des trottoirs, le nettoyage des puisards, «donc certains n'ont pas été vidés depuis plus de huit ans», et l'émondage des arbres.

Il aimerait aussi instaurer un service de bibliothèque dans le quartier et revamper les aires de jeu. «Dans le parc de la Louisiane, la seule chose qui a changé depuis que j'y jouais comme enfant, c'est la grosseur des arbres», lance le candidat au cours d'une visite dans le parc décrépit. Son petit côté écolo le pousse aussi à rêver de ruelles vertes.

Kettly Beauregard

C'est aussi pour les services de base aux citoyens que veut agir sa rivale de Projet Montréal, Kettly Beauregard. Conseillère de Vision Montréal de 1994 à 2001, elle est partie en mauvais termes avec Pierre Bourque, qu'elle a même poursuivi en cour. Aujourd'hui candidate pour le parti Projet Montréal, elle assure que la bannière ne changera rien au travail qu'elle souhaite accomplir comme conseillère. «Je ne change pas, même si je change de parti. [...] Projet Montréal et moi, on se complète. J'apporte mon expérience, le parti me donne un soutien», fait valoir la dame, qui se rappelle avec nostalgie ses années passées comme conseillère et qui insiste sur l'aide qu'elle prodigue encore à des citoyens pour acheminer leurs doléances au services des travaux publics de l'arrondissement.

Au-delà de «l'écoute des citoyens», elle souhaite harmoniser le quartier, dont la partie ouest est nettement en moins bon état. Côté transport, elle parle des problèmes de circulation boulevard Pie-IX, où «on peut passer 10 rues sans croiser un feu rouge, comme sur une autoroute». La candidate semblait cependant ignorer la décision de l'administration Tremblay de rouvrir une voie réservée aux autobus sur le boulevard.

Réal Charest

C'est un autre ancien conseiller, du RCM cette fois, qui porte les couleurs de l'ancien parti de Pierre Bourque. Réal Charest fait peu de cas des partis: «UCIM, Projet Montréal, Vision, RCM, je ne vois pas la différence. Ce sont les individus qui m'ont intéressé», affirme M. Charest.

Résidant de la Cité Jardin depuis 48 ans, le retraité a centré sa campagne sur le projet de construction immobilière aux abords du village olympique. Le propriétaire des deux tours caresse depuis plusieurs années le projet de construire un nouveau complexe immobilier sur les terrains adjacents au village et sur d'autres appartenant à la Ville. L'histoire avait beaucoup fait jaser dans le coin l'an dernier, faisant perdre des plumes au parti de Pierre Bourque, qui appuyait le projet.

L'automne dernier, le maire d'arrondissement a retiré le projet et a fait savoir qu'il s'opposait à un échange de terrains entre la Ville et le promoteur. Vision Montréal l'accuse maintenant d'empêcher la consultation des citoyens et s'engage à tenir un référendum sur le dossier, même si le propriétaire est libre de construire de plein droit des tours de 14 étages sur les terrains qui lui appartiennent déjà, dans la mesure où cela ne déroge pas au plan d'urbanisme.

M. Charest est cependant incapable d'énoncer sa propre position sur le sujet: «Je ne peux me proposer sur le projet, personne ne l'a vu.»

Le candidat de Vision Montréal prône par ailleurs l'adoption de mesures pour ralentir la circulation ainsi que l'investissement de sommes supplémentaires dans la réfection des rues.