Montréal - Des élus proposent de taxer les automobilistes de la banlieue

Le secteur d’où seront exclus les automobilistes aujourd’hui.
Photo: Le secteur d’où seront exclus les automobilistes aujourd’hui.

Dans le cadre de l'étude du projet de charte du piéton, qui sera suivi cet automne d'un plan de transport, une commission formée d'élus municipaux propose des mesures pour limiter l'usage de l'automobile sur l'île et faciliter la vie des piétons. Au menu: l'imposition d'un «droit de passage» aux automobilistes des banlieues.

Un comité formé d'élus montréalais issus des trois partis propose de taxer les banlieusards qui entrent sur l'île pour financer les transports collectifs.

Dans ses recommandations sur le projet de charte du piéton, la Commission sur la mise en valeur du territoire, l'aménagement urbain et le transport collectif propose que «les automobilistes non résidants se voient imposer un droit de passage (péage ou autre) pour entrer à Montréal».

Le court document ne précise cependant pas quelle forme pourrait prendre ce tribut prélevé dans les poches des banlieusards. On pense entre autres à un péage à la sortie des ponts ou encore à l'instauration d'un périmètre faisant l'objet d'un tarif spécial au centre-ville.

«L'objectif, c'est de réduire le nombre de voitures au centre-ville et d'améliorer le transport en commun. [...] Ces sommes seraient réinvesties dans le transport en commun», a expliqué au Devoir la présidente de la commission et mairesse de l'arrondissement LaSalle, Manon Barbe. Pour illustrer l'idée, elle cite en exemple la Ville de Londres qui a imposé un tarif à tous les automobilistes qui veulent accéder au centre-ville.

Les élus membres de la commission soulignent que «les Montréalais payent un prix excessif, en matière de santé et de qualité de vie, en raison de l'omniprésence de l'automobile».

«Les gens qui restent au centre-ville sont obligés de subir en grande quantité la pollution des automobiles, alors qu'eux n'utilisent pas les moyens de transport polluants», ajoute Manon Barbe, élue sous la bannière de l'UCIM.

En outre, la commission suggère de rendre plus difficile le stationnement au centre-ville en réduisant le nombre de places, dans les rues comme dans les stationnements privés, et de hausser les tarifs.

Fait à noter, les recommandations ont été adoptées à l'unanimité par les membres de la commission, où les trois formations politiques municipales sont représentées.

L'unique conseiller du parti d'inspiration écologiste Projet Montréal, Richard Bergeron, était abasourdi par la position de la commission, dont il fait partie. «Les bras m'en sont tombés. [...] On a débordé d'une réflexion sur le piéton vers une réflexion plus large qui met en cause le monde de l'auto et du pétrole», déclare M. Bergeron, soulignant que la recommandation coïncide avec le programme de sa formation.

Réaction de l'administration

L'idée a été accueillie avec une certaine prudence par le responsable du transport actif au comité exécutif, André Lavallée. «Je reçois cette recommandation comme un signal que les élus veulent, de façon importante, améliorer la qualité de vie à Montréal. Ce débat-là, on va devoir le faire», affirme M. Lavallée.

Il souligne que le péage a une valeur de symbole. «Mon objectif, c'est d'abord d'accroître de façon significative l'utilisation des transports collectifs et actifs. [...] On va discuter ensemble des moyens», poursuit M. Lavallée, qui devrait déposer cette année un plan de transport plus global.

Le concept n'est cependant pas écarté d'emblée. «Si on met un péage, cela soulève plusieurs questions que je suis en train de regarder avec intérêt», affirme-t-il, en précisant qu'un cahier recensant les publications sur le péage l'attend sur son bureau. Les automobilistes contribuent déjà au financement des transports en commun par le biais des frais d'immatriculation et de la taxe sur l'essence, précise le maire de l'arrondissement Rosemont-Petite-Patrie.

La recommandation d'un péage est reçue plutôt positivement à l'Agence métropolitaine de transport (AMT), à condition que les fonds servent à financer l'amélioration des services. La vice-présidente aux communications de l'AMT, Marie Gendron, souligne cependant que les infrastructures actuelles du centre-ville en matière de transports en commun peineraient à supporter un afflux massif de nouveaux passagers. «Si on dit aux gens de ne pas prendre leur auto pour venir au centre-ville, ils vont venir comment? Il reste beaucoup à faire pour améliorer le service», conclut Mme Gendron.
1 commentaire
  • Alain Poudrette - Abonné 22 septembre 2006 09 h 46

    Manque d'imagination des élus municipaux.

    Madame.
    À la lecture de cet article, l'idée de postes de péage à Montréal est un leurre. Les banlieusards viennent aussi investir en ville par des sorties ou des repas. La taxe de stationnement que l'on paie aide les finances de Montréal. Pour ma part, les élus municipaux désirent uniquement imposer une autre taxe par le biais d'un discours pseudo-écologique. J'aimerais signaler qu'à une époque lointaine, le déficit du métro de Montréal avait été épongé en grande partie par le gouvernement du Québec de monsieur Bourassa -et donc par tous les Québécois.

    L'article me démontre encore et toujours le manque d'imagination des élus. La comparaison boiteuse entre les villes de Montréal et Londres en est la preuve. Le métro britannique n'a rien avoir avec celui de Montréal. Le système de transport d'ici est-il désuet? serait à mon avis la bonne question. Pourquoi les Montréalais ne prennent-ils pas autant le transport en commun? Le métro et l'autobus peuvent-ils me permettre de transporter des achats du centre-ville à ma résidence? Je me vois mal me promener avec des meubles Ikea en autobus.

    Lorsque les banlieusards prendront le transport en commun au lieu de leurs véhicules pour se promener au centre-ville, qu'arrivera-t-il aux postes de péage? Je me souviens la déception de l'AMT, il y a plusieurs années, où les résidents de la rive de la sud prenaient davantage le transport en commun, occasionnant une perte de revenus pour les finances publiques. Il y avait moins d'automobiles que d'habitude!!! Comment peut-on adapter ce transport aux besoins des citadins? Le métro est pour ma part un excellent moyen de locomotion pour le centre-ville par contre l'autobus me fait perdre beaucoup de temps. En d'autres mots, j'utilise mon auto pour me rendre au métro.
    Je ne me considère pas comme un spécialiste du transport en commun. Toutefois, les élus municipaux ne semblent pas avoir d'objectifs à long terme. Le péage ne demeure que du court terme.
    Bonne journée!