Taxe scolaire: les villes de la Rive-Sud avaient tiré la sonnette d'alarme

La taxe scolaire des villes de la rive sud de Montréal a connu une hausse fulgurante cette année, avec des augmentations qui dépassent les 50 % dans la plupart des cas. Le gouvernement du Québec se dit préoccupé par la situation, mais les villes répliquent qu'elles ont tenté, en vain, de tirer la sonnette d'alarme avant que les enveloppes ne soient postées aux contribuables.

Ce bond spectaculaire, qui a pris plusieurs propriétaires par surprise, s'explique par le fait que la Ville de Longueuil n'a pas revu son rôle d'évaluation pendant cinq ans, notamment en raison de la valse des fusions et des défusions. L'évaluation des propriétés de son territoire n'a donc pas été ajustée au cours de cette période caractérisée par un important boom immobilier dans la région montréalaise. Le compte de taxes scolaires étant dicté par la valeur d'une propriété, celui-ci a donc été revu à la hausse cette année. La règle formelle est de 0,35 $ par tranche de 100 $ d'évaluation.

Pour les maires des villes de la Rive-Sud, même si le choc était prévisible, Québec n'a rien fait pour en atténuer l'effet. «Déjà, au début de l'année, on savait que les maisons avaient beaucoup augmenté depuis la dernière évaluation. C'était donc tout à fait prévisible que l'augmentation de la taxe scolaire allait frapper de plein fouet les contribuables, explique le maire de Brossard, Jean-Marc Pelletier. Nous avons tenté d'alerter le gouvernement, mais rien n'a été fait. Ça traduit un manque de volonté politique et une absence du sens des responsabilités.»

Au début du mois de juin, M. Pelletier a également envoyé une lettre au ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier. II le prévenait que «de nombreux citoyens à faibles revenus ainsi que des retraités jouissant de rentes de retraite à peine suffisantes pour couvrir leurs besoins essentiels ne seront nullement en mesure d'absorber une telle hausse de taxation». D'autant plus que cette facture devrait être accompagnée d'une hausse des taxes municipales. Et la situation, qui vaut pour toutes les villes défusionnées de la Rive-Sud, devrait se répéter à Montréal, où la hausse devrait elle aussi se situer au-delà de 50 % en juillet 2007.

Le maire de Saint-Bruno, Claude Benjamin, estime pour sa part que les citoyens se retrouvent tout simplement à prendre le relais du gouvernement dans le financement des commissions scolaires. «Le ministère de l'Éducation se voit allégé du versement de certaines subventions», soutient-il. Seulement pour cette année, à la Commission scolaire Marie-Victorin, le gouvernement pourrait épargner pas moins de 20 millions de dollars. Le gouvernement calcule en effet que, comme les commissions scolaires perçoivent plus d'argent en raison de la hausse de la taxe scolaire, l'État peut diminuer sa propre contribution du même montant.