Les cols bleus tiennent des réunions syndicales plutôt que de travailler

La Ville de Montréal accuse le président du Syndicat des cols bleus regroupés, Michel Parent, d'avoir tenu des réunions illégales avec des employés pendant leurs heures de travail la semaine dernière. Alors que l'arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve réclame du syndicat qu'il lui rembourse les heures non travaillées, celui de Ville-Marie a amputé les chèques de paye des cols bleus qui ont assisté à l'une de ces réunions.

Le lundi 6 décembre dernier, Michel Parent s'est présenté à 6h30 le matin à la cour de voirie de la rue de la Commune, dans l'arrondissement de Ville-Marie, pour entretenir les cols bleus présents de la décision récente de la Cour d'appel concernant leur convention collective. Or, cette réunion s'est tenue sans le consentement de l'employeur, ce qui la rend illégale selon l'article 6 du Code du travail, affirme la Ville de Montréal dans une mise en demeure qu'elle a fait parvenir à Michel Parent mercredi dernier et dont le Devoir a obtenu copie.

Entre 60 et 80 cols bleus auraient assisté à cette rencontre impromptue d'une heure et demie tenue pendant leurs heures de travail. Deux jours plus tard, la même scène se serait produite dans l'arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve et, cette fois, une cinquantaine de cols bleus auraient écouté leur président plutôt que de s'acquitter de leurs tâches. Il s'agirait des deux seuls cas signalés jusqu'à maintenant à la Ville, a indiqué hier Régis Boudreau, chef de la division des relations de travail des employés manuels à la Ville. Dans l'arrondissement Montréal-Nord, où M. Parent a également tenté de rencontrer les employés, un membre de la direction est intervenu pour empêcher la tenue d'une telle réunion, précise M. Boudreau.

Dans une mise en demeure qu'elle a expédiée à Michel Parent, la Ville somme le syndicat de rembourser les salaires des cols bleus pour l'équivalent des heures de travail perdues. L'arrondissement de Ville-Marie n'a pas attendu que le syndicat obtempère et a procédé à des retenues de salaire sur les chèques de paye des employés visés. Celui de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve a préféré réclamer du syndicat le remboursement des salaires pour les heures non travaillées. La Ville n'a pu préciser les sommes en cause, mais, en moyenne, les cols bleus montréalais reçoivent une rémunération annuelle de 45 000 $, qui inclut les avantages sociaux et le régime de retraite, répartie sur 1820 heures de travail.

Si elle n'obtient pas satisfaction, la Ville entend déposer un grief et déduire toutes ces absences de la banque de libérations syndicales des employés.

Dans le contexte des élections qui se tiendront au mois de mars prochain à la présidence du syndicat des cols bleus, la Ville est peu encline à permettre aux représentants syndicaux de s'adresser aux employés sur leurs lieux de travail. «On a déjà permis, dans des conditions très particulières, que des représentants syndicaux parlent à leurs employés pendant les heures de travail, notamment pour discuter de lettres d'entente, mais il faut que ce soit très spécifique», a fait savoir M. Boudreau. On n'a pas à financer la campagne électorale du syndicat.»

Il a été impossible, hier, d'obtenir la version des faits de Michel Parent dont le leadership est contesté par le vice-président du syndicat, Serge Lapointe. Rappelons que celui-ci souhaite déloger M. Parent à la tête du syndicat regroupant plus de 6000 cols bleus.

Les cols bleus sont sur la sellette depuis la publication, mercredi dernier, d'une enquête menée par la Ville et dévoilée par le Journal de Montréal révélant qu'il avait fallu 90 heures à dix cols bleus de l'arrondissement de Ville-Marie pour réparer neuf nids-de-poule. L'arrondissement devrait d'ailleurs faire connaître jeudi les sanctions qui seront imposées à ces travailleurs.