Les cols bleus ne sont pas tous des fainéants, selon la Ville

Photo: Jacques Nadeau

Le peu d'empressement montré par certains cols bleus de l'arrondissement de Ville-Marie pour colmater les nids-de-poule ne serait pas un phénomène généralisé, a affirmé hier la Ville de Montréal, qui n'a pas l'intention de recourir à la filature pour épier l'ensemble de ses employés.

Une enquête effectuée par la Ville de Montréal et dévoilée hier par Le Journal de Montréal a révélé que des cols bleus de l'arrondissement de Ville-Marie, au centre-ville de Montréal, passaient davantage de temps dans les restaurants et à la cour de voirie que dans la rue à boucher des nids-de-poule, tâche pour laquelle ils sont payés.

À la demande du directeur et du maire de l'arrondissement, des enquêteurs du bureau de vérification interne de la Ville ont épié, le mois dernier, trois équipes composées de trois ou quatre cols bleus assignés de façon prioritaire à la réparation de nids-de-poule. Les neuf heures de travail que comportait le quart de travail de ces dix employés se sont soldées par le colmatage de neuf nids-de-poule. Au total, ces cols bleus ont passé cinq heures dans les restaurants et dix heures à la cour de voirie ou en patrouille dans les rues sans procéder à des réparations. Précisons que l'arrondissement emploie 220 cols bleus et qu'actuellement, 12 d'entre eux, répartis dans trois équipes, sont affectés à la réfection des rues.

Les résultats de l'enquête, qui comporte des photos et des preuves vidéo, ont renversé le maire de l'arrondissement de Ville-Marie, Benoit Labonté. «Les résultats m'ont scié les jambes. C'est une situation inacceptable», a-t-il indiqué hier. Des avis d'infraction ont été remis aux employés visés et des sanctions, dont la nature reste à déterminer, leur seront imposées sous peu. Précisons que les cols bleus pris en défaut s'exposent à des sanctions allant de la réprimande au congédiement pur et simple. L'enquête interne a été amorcée à l'initiative du nouveau directeur de l'arrondissement, Guy Hébert, qui estimait que la réparation des nids-de-poule ne se déroulait pas au rythme voulu.

L'arrondissement entend revoir de fond en comble l'organisation du travail pour évaluer la productivité des travailleurs et leurs méthodes de travail. M. Labonté précise que le travail des contremaîtres chargés de la supervision des cols bleus sera également examiné de près. Le maire d'arrondissement a toutefois été incapable de préciser combien de nids-de-poule les employés devaient réparer pendant un quart de travail.

La lenteur des dix cols bleus à s'acquitter de leurs tâches ne serait pas un phénomène généralisé à l'échelle de la ville, même si des situations «problématiques» existent dans d'autres arrondissements, croit Jean-Yves Hinse, directeur des relations professionnelles à la Ville de Montréal. «Il n'est pas du tout dans les plans de s'embarquer dans un processus de surveillance cachée à la Ville de Montréal au complet. Il revient à chacun des arrondissements de s'assurer que les travaux de réfection ou de nettoyage soient faits», a-t-il expliqué.

En mission à Washington, le maire Gérald Tremblay n'était pas disponible pour commenter la situation et le président du comité exécutif, Frank Zampino, a refusé de se prononcer sur le sujet.



Tactique patronale

Ce rapport accablant a éclaboussé l'ensemble des cols bleus, et le Syndicat des cols bleus regroupés voit dans l'enquête de la Ville une manoeuvre patronale visant à salir leur réputation aux yeux des citoyens. «Est-ce que ce n'est pas le début d'une campagne de privatisation des services publics que la Ville est en train de faire sur le dos des cols bleus en essayant de les discréditer?», s'est demandé Michel Fontaine, conseiller syndical au Syndicat de la fonction publique (SCFP), qui s'interroge sur les intentions réelles de la Ville, qui a sciemment coulé l'information aux médias. «La Ville n'a pas fait ça pour corriger la situation, mais pour créer des préjugés qui vont coller à la peau des cols bleus. À qui ça va servir? Ça peut juste servir à privatiser les services publics», croit-il.

Même s'il reconnaît que le syndicat «ne peut pas être d'accord» avec le comportement des cols bleus pris en défaut, M. Fontaine souligne que l'enquête démontre de façon éloquente la négligence des gestionnaires dans la supervision des travailleurs.

Pour le chef de l'opposition, Pierre Bourque, cet événement devrait inciter la Ville à procéder à un sérieux examen de conscience au sujet des mécanismes de surveillance et de l'encadrement des employés.

Précisons que les cols bleus de Montréal reçoivent un salaire annuel moyen de 45 000 $, montant qui comprend les avantages sociaux et le régime de retraite.