Les villes défusionnées embauchent le président du comité de transition

La ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau, s'est étonnée hier que l'ex-président du comité de transition de Montréal, Pierre Lortie, se soit mis au service des 15 villes défusionnées moins d'un mois après la fin de son contrat avec le gouvernement. Selon elle, ce comportement pose une question d'ordre éthique.

Les 15 villes reconstituées ont engagé Pierre Lortie à titre de consultant afin qu'il les aide dans leurs procédures de contestation du budget d'agglomération concocté par l'administration Tremblay-Zampino et adopté le 26 janvier dernier. Rappelons que la Dissidence des représentants des villes défusionnées, qui ne détiennent que 13 % des voix au conseil d'agglomération face aux élus de la Ville de Montréal, n'avait pas permis d'empêcher l'adoption de ce budget de 1,9 milliard de dollars.

Mme Normandeau s'est dite surprise d'apprendre que M. Lortie, qui a occupé les fonctions de président du comité de transition jusqu'au 31 décembre dernier, prête main-forte aux villes défusionnées. «Sur le plan de l'éthique, je dois vous dire que moi, ça me questionne. C'est quand même une personne qui a reçu un mandat du gouvernement et, à l'heure actuelle, on comprend plus facilement dans quel camp se retrouvait M. Lortie lorsqu'il a reçu le mandat du gouvernement», a-t-elle indiqué hier en marge du caucus des libéraux qui se tenait à Saint-Georges-de-Beauce.

La ministre a beau s'indigner de la situation, elle ne dispose pas vraiment de moyens pour intervenir. L'article 55 de la loi 9 précise qu'une personne ayant été à l'emploi du comité de transition ne peut pas, au cours des deux années suivantes, travailler pour une des municipalités reconstituées en tant qu'employé municipal. Or, comme M. Lortie a été engagé par les villes reconstituées à titre de contractuel, il ne serait pas touché par cette disposition de la loi.

«Sincèrement, il n'y a pas grand-chose qu'on puisse faire, a reconnu la ministre hier. Cependant, sur le plan de l'éthique, je pense qu'on peut minimalement se poser un certain nombre de questions. [...] Quant à son intégrité, c'est autre chose. Il a reçu un mandat, il a livré la marchandise, on a pris les décisions, il nous a fait des recommandations.»

Le comité de transition avait notamment pour tâche d'aider les villes défusionnées à décortiquer le budget d'agglomération, a rappelé la mairesse de Westmount, Karin Marks, mais comme le gouvernement du Québec a tardé à adopter les décrets d'agglomération, la Ville de Montréal a déposé le budget d'agglomération plus tard que prévu, soit en janvier. «On a demandé beaucoup d'informations à la Ville de Montréal [au sujet de budget], mais on ne les a pas obtenues. Alors, on a fait appel à M. Lortie pour nous aider à décortiquer le budget et préparer nos appels. Ce n'est pas illogique», a-t-elle dit.

Les villes reconstituées entendent recourir à leur droit d'opposition et disposent de 30 jours pour exprimer leur désaccord auprès de la ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau. Celle-ci pourrait procéder à des ajustements budgétaires rétroactifs si elle les juge nécessaires.