Irlande gagne sa bataille contre Thetford

La Commission municipale du Québec vient de confirmer la validité du règlement adopté l'automne dernier par la petite municipalité d'Irlande pour protéger ses milieux humides, ce qui lui permet du même coup de remporter la bataille de l'eau potable contre son voisin, Thetford.

Celui-ci tente en effet depuis des années d'exproprier un terrain sur le territoire d'Irlande pour y installer un puits qui assurerait son approvisionnement en eau potable. Lors de l'annexion de Black Lake à Thetford, la divulgation d'une entente sur le partage de bénéfices a révélé que Thetford avait prévu de vendre une partie de l'eau potable d'Irlande à une firme d'embouteilleurs privés, ce qui n'aurait rien rapporté à la petite municipalité qui aurait fourni bien involontairement son eau.

L'automne dernier, Irlande avait adopté un règlement visant à protéger ses milieux humides en décrétant une bande de protection riveraine de 30 mètres tout autour ainsi qu'en interdisant la construction de chemins et de sentiers de VTT, le drainage des terrains avoisinants et le pompage dans la nappe souterraine de plus de 75 mètres cubes d'eau par jour. Cette dernière disposition a pour objectif principal, avait alors affirmé au Devoir le maire d'Irlande, Bruno Vézina, d'empêcher l'abaissement de la nappe d'eau souterraine et de diminuer la pression artésienne dans tout le secteur, ce qui assécherait les marais et les milieux humides que le règlement vise justement à protéger.

Un règlement aussi complet destiné à protéger les milieux humides est probablement sans précédent au Québec. Il a été mis en avant par une équipe municipale élue sous l'étiquette écologiste.

Mais du même coup, la limite réglementaire imposée au pompage des eaux souterraines impose une fin abrupte aux projets de Thetford d'exproprier une partie du territoire d'Irlande pour y installer son puits, comme le permet un article de la Loi sur la qualité de l'environnement au Québec. La principale ville de la MRC de l'Amiante a immédiatement contesté le règlement d'Irlande sur la protection des milieux humides.

Dans sa décision rendue à la suite des audiences du 10 janvier dernier, le commissaire François P. Gendron a confirmé la légalité du règlement en raison de sa conformité au schéma d'aménagement de la MRC.

Une étude de l'organisme Canards illimités réalisée il y a quelques années indiquait que la petite municipalité abritait sur son territoire le tiers de tous les milieux humides de grande qualité de la région.

La qualité à long terme des eaux souterraines dépend souvent de la protection que les municipalités accordent à leurs milieux humides puisque ceux-ci filtrent les contaminants et les bactéries de l'eau. Mais très peu de municipalités au Québec sont conscientes de la nécessité de protéger leurs réserves souterraines par le truchement de leurs milieux aquatiques. Il y a deux ans, une étude du ministère de l'Environnement a démontré que quatre municipalités sur cinq n'appliquent pas les dispositions de la politique québécoise de protection des rives, des berges et du littoral, notamment autour des milieux humides riverains, alors que la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme leur impose de le faire depuis le milieu des années 80.