Site possible d'enfouissement nucléaire au Québec

La Société de gestion des déchets nucléaires (SGDN) retient le Québec comme une des quatre provinces où le Canada pourrait implanter un site d'entreposage destiné aux milliers de tonnes de déchets nucléaires en attente d'un sort définitif et sécuritaire, révèle son rapport, remis hier au ministre fédéral des Ressources naturelles, John Callum.

Le projet coûterait environ 24 milliards de dollars et serait réparti sur 300 ans.

Le rapport et les recommandations de la SGDN font suite à l'adoption, en 2002, de la loi fédérale sur les déchets de combustible nucléaire. Cette loi exigeait que les gestionnaires de déchets nucléaires mettent sur pied une société de gestion commune pour étudier les options d'enfouissement sécuritaire et qu'ils proposent une stratégie au gouvernement fédéral.

Dans son rapport d'hier, la SGDN précise qu'elle «concentrera ses efforts de sélection d'un site en Ontario, au Québec, au Nouveau-Brunswick et en Saskatchewan, les provinces qui participent directement au cycle du combustible nucléaire». Elle ajoute que «si des collectivités situées dans d'autres régions se montrent intéressées, il en sera tenu compte», ce qui ouvre la porte à des ententes directes entre Ottawa et des municipalités, des territoires ou des bandes amérindiennes, a-t-on noté du côté de Greenpeace.

L'Ontario exploite à lui seul 20 réacteurs nucléaires situés dans le corridor des vents dominants qui soufflent en quasi-permanence sur le Québec. Les deux autres provinces qui ont recours à des centrales nucléaires sont le Québec, avec sa centrale de Gentilly 2, et le Nouveau-Brunswick, avec celle de Pointe-Lepreau.

Le Nouveau-Brunswick a décidé de rénover la centrale de Pointe-Lepreau, un projet dont le coût dépasse le milliard de dollars. De son côté, Hydro-Québec doit décider en 2006 si elle ira de l'avant avec la rénovation de Gentilly 2. Un récent rapport du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) recommandait à Hydro-Québec de surseoir à cette décision tant qu'Ottawa ne se sera pas doté d'un plan d'élimination permanent des déchets. Pour l'instant, au Québec comme ailleurs, les déchets des centrales nucléaires sont entreposés dans des bassins immédiatement après leur utilisation, alors que leurs émissions mortelles sont à leur apogée.

Dans un rapport préliminaire divulgué en mai dernier, la SGDN avait procédé à une évaluation des trois méthodes d'entreposage des déchets nucléaires dont la loi de 2002 prescrit l'examen. Selon cette analyse, aucune de ces méthodes ne répond complètement aux attentes des citoyens. La SGDN a dès lors amorcé l'examen d'une quatrième méthode qui, selon elle, intègre les avantages des trois premières sans retenir leurs principaux inconvénients. C'est cette méthode dont elle recommande l'adoption à Ottawa dans son rapport déposé hier.

Les trois méthodes dont la loi canadienne de 2002 imposait l'évaluation sont le confinement en profondeur dans le Bouclier canadien, l'entreposage centralisé en surface ou souterrain et l'entreposage sur l'emplacement même de chaque réacteur nucléaire.

La quatrième méthode finalement recommandée, dite de «gestion adaptative progressive», vise au fond à procéder par étapes en adoptant d'abord une solution intérimaire d'enfouissement en surface pour quelques siècles, une solution qui apparaît comme étant la moins chère pour les propriétaires actuels de déchets.

La stratégie proposée vise toujours, du moins officiellement, à enfouir ultimement les déchets nucléaires dans un dépôt géologique très profond qui serait situé dans une formation rocheuse sans faille du Bouclier canadien afin d'éviter toute fuite par le biais des nappes d'eau souterraines.

Mais au lieu de construire d'entrée de jeu ce site d'enfouissement à grande profondeur, la SGDN propose de commencer par un «entreposage souterrain à faible profondeur sur le site central, avant la mise en place définitive du combustible irradié dans le dépôt en profondeur». Deux raisons motivent ce choix en faveur d'une stratégie «souple» en plus de reporter la décision de construire un site à grande profondeur, comme les Américains le font au Nevada. La SGDN veut pouvoir étudier pendant quelques centaines d'années le comportement des combustibles irradiés pendant leur utilisation. Elle ajoute que le fait de sceller définitivement le combustible à un tel endroit pourrait priver les prochaines générations d'une source d'énergie qu'elles pourront peut-être utiliser avec des technologies inconnues à l'heure actuelle.

«La méthode, précise le rapport de la SGDN, sera mise en oeuvre par étapes dans le but ultime de regrouper en un seul endroit tout le combustible nucléaire irradié afin de l'isoler et de le confiner en profondeur dans une formation rocheuse appropriée. Le système de gestion constitue pour sa part un processus progressif et adaptatif comportant des points de décision explicites pour pouvoir incorporer les nouvelles connaissances et les innovations technologiques au cours de la mise en oeuvre. À chaque étape, des options, notamment un dépôt provisoire pour entreposer temporairement le combustible irradié à faible profondeur, pourront être évaluées et le plan modifié avant d'aller de l'avant.»

La publication des recommandations de la SGDN a immédiatement suscité une réaction de la part de Greenpeace, où on surveille de près l'évolution du nucléaire au Canada.

Pour Steven Guilbeault, directeur général de Greenpeace Québec, «le gouvernement Charest doit préciser s'il permettra l'existence d'un dépotoir de déchets radioactifs à activité élevée au Québec». Tout au long des audiences récentes du BAPE sur l'agrandissement du site d'entreposage temporaire d'Hydro-Québec, a dit M. Guilbeault, un très vaste consensus s'est dégagé pour que le gouvernement Charest suive les traces du gouvernement Bourassa. Celui-ci s'était opposé à la création d'un dépotoir nucléaire au Québec, une province qui n'a qu'une seule centrale nucléaire et qui, par le fait même, deviendrait la poubelle du principal producteur, l'Ontario.

«Puisque l'État québécois s'oppose depuis des années à l'existence de dépotoirs de déchets radioactifs dans la province, nous croyons qu'il est hypocrite de la part du gouvernement Charest de permettre à Hydro-Québec de réaménager Gentilly 2 et de continuer à produire encore plus de déchets radioactifs», a poursuivi M. Guilbeault.

À ce jour, la centrale de Gentilly 2 a produit 2500 tonnes de déchets nucléaires, actuellement en phase d'hyperactivité. La poursuite des activités de cette centrale pourrait doubler ce tonnage d'ici la fin de sa vie utile, a ajouté M. Guilbeault.

Selon Greenpeace, Hydro-Québec doit non seulement surseoir à toute décision sur la modernisation de Gentilly 2 jusqu'à ce qu'Ottawa se soit doté d'un plan d'élimination sécuritaire de ces déchets, elle doit aussi annuler ce projet de rénovation de 2,3 milliards de dollars.