L'avenir de l'hôpital de Lachine - Les médecins et le ministre Couillard divergent d'opinion

Le ministre de la Santé, Philippe Couillard, ne cache pas qu'il aimerait que le Centre hospitalier de Lachine (CHL) devienne «l'hôpital du XXIe siècle» en adoptant le projet de centre médical d'évaluation diagnostique et de traitement de première ligne qui est présentement sur la table. Mais le Regroupement des médecins pour le maintien du rôle communautaire de Lachine estime quant à lui que le ministre «rêve en couleurs» avec ce projet «mal ficelé».

Depuis quelques années, l'hôpital de Lachine peine à maintenir ses effectifs, au point où la direction a dû fermer son unité des soins intensifs l'automne dernier. Un an plus tard, confrontée aux mêmes difficultés, elle envisage à nouveau de mettre la clé sous la porte de son unité. Une décision qui pourrait être prise dès ce soir, à la faveur de l'assemblée annuelle de l'établissement.

Invité vendredi à commenter les difficultés de l'hôpital en marge d'une conférence de presse, Philippe Couillard a plaidé en faveur d'un repositionnement. «On a un problème chronique, c'est crise après crise aux six mois. Pourquoi? Parce que cet hôpital n'est pas adapté aux besoins réels de la population.»

Selon lui, la solution se trouve sur les planches à dessin de l'Agence de développement de réseaux locaux de soins de santé et de services sociaux de Montréal, qui pense à ouvrir deux à trois centres de première ligne sur l'île de Montréal. «L'Agence a un projet qui me semble très emballant, que j'appellerais l'hôpital du XXIe siècle, un hôpital où on fait de la chirurgie d'un jour, mais également une urgence 24h par jour, sept jours par semaine, et où on offre aux patients un plateau où on peut les prendre en charge», a résumé le ministre.

Cet enthousiasme est loin d'être partagé par le porte-parole du Regroupement des médecins pour le maintien du rôle communautaire de Lachine. «On ressent cette initiative comme un recul car on perd l'hospitalisation. On aimerait, au XXIe siècle, que la population n'ait plus à être hospitalisée, mais les gens vieillissent et les lits sont de plus en plus en demande», déplore le Dr Paul Saba.

Selon le ministre Couillard, les patients de Lachine sortiront gagnants de cette transformation puisqu'ils bénéficieront d'un suivi plus étroit et pourront être pris en charge par l'hôpital de LaSalle ou le CHUM si les choses se compliquent. «C'est un projet emballant, une nouvelle façon de voir l'hôpital du prochain siècle et non du siècle passé.»

Le Dr Saba en doute, lui à qui on refuse souvent des transferts, faute de place. Ça, c'est sans compter le fait que les transferts, quand ils sont autorisés, le sont souvent parce que Lachine s'engage à reprendre le patient, une fois son état stabilisé. «Avec un hôpital sans lit, l'entente ne tiendra plus», note le Dr Saba.

Pour son regroupement, un hôpital sans lit est tout simplement un hôpital fantôme. «Mes patients sont plus nombreux a avoir de multiples pathologies. Il faut les stabiliser, ils sont fragiles, on ne peut pas les renvoyer chez eux», plaide le Dr Saba.