Le manifeste de Bouchard réjouit Charest

Québec — Le premier ministre Jean Charest s'est trouvé ragaillardi par le manifeste Pour un Québec lucide, signé entre autres par deux personnalités péquistes, Lucien Bouchard et Joseph Facal. Mais dans le monde syndical, on y a vu le constat d'un «fan club de droite autour de La Presse et de Paul Desmarais».

«Ça vient nous donner un élan», s'est réjoui Jean Charest hier après la publication du manifeste. Il rivalisait de formules pour qualifier son sentiment à l'endroit du document, allant jusqu'à affirmer que «cette contribution très importante au débat public» était de la «musique à [ses] oreilles». Selon lui, les signataires du texte font des constats qu'il répète «depuis plusieurs années», et ils ont compris «qu'il faut se libérer du statu quo».

Selon M. Charest, ce document est «une claque» pour le Parti québécois. «Ça ne peut pas être autrement», estime-t-il, compte tenu du fait que le PQ se situe à l'autre bout du spectre politique; à preuve, des candidats à la chefferie organisent «des rencontres secrètes avec des syndicats», a-t-il dit en évoquant les informations selon lesquelles Pauline Marois courtiserait la gauche syndicale du PQ.

Du côté syndical, justement, on fulminait hier. D'abord, la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, invite à regarder qui sont les signataires de ce document «terriblement alarmiste», estimant que toute cette opération provient d'un «fan club autour du journal La Presse, de Paul Desmarais, autour des gens qui ont soutenu le projet du CHUM». Tout en saluant le fait que ces citoyens se préoccupent du Québec, elle trouve que des mesures proposées transpire un «manque total» d'imagination: elle y voit du pur «copier-coller» du rapport de Jacques Ménard sur les soins de santé.

Mme Carbonneau en a aussi contre l'usage que le groupe a fait du mot «lucidité», qui serait «insultant pour les gens ordinaires et pour le peuple québécois». «Ils ne sont pas plus propriétaires de la lucidité que d'autres!», a renchéri Réjean Parent, président de la CSQ.

Pour revenir à Jean Charest, l'événement d'hier était d'autant plus jouissif pour lui qu'il prenait des airs de revanche. «En 1998, au moment où je défendais ces idées-là, Lucien Bouchard prenait l'avis contraire», a-t-il rappelé. «Et Mario Dumont m'accusait, moi, de vouloir démanteler le modèle québécois en 1998!»

Pour ce qui est des moyens proposés dans le manifeste pour faire face aux problèmes du Québec, M. Charest les trouve intéressants, mais il a refusé de se prononcer clairement pour ou contre les uns ou les autres, sauf en ce qui concerne les partenariats public-privé, qu'il privilégie. Il s'est contenté de se déclarer impatient de tenir les débats que ces «durs constats» imposent. À propos d'une éventuelle hausse des droits de scolarité universitaires, M. Charest a répété sa promesse de 2003 selon laquelle il maintiendrait le gel jusqu'à la fin du mandat. Mais après une prochaine victoire électorale, il faudrait aborder la question. «Ayons un débat là-dessus», a-t-il affirmé. Au sujet de la hausse des tarifs d'électricité, proposée dans le manifeste, le premier ministre s'est montré vague: «Le gouvernement précédent les avait gelés, ce qui n'avait pas de sens. Et on a permis à la Régie de l'énergie de faire son travail.» Il n'a pas fermé la porte à des hausses supplémentaires.

Proche du PQ

Insistant pour dire que le Parti québécois est une coalition de plusieurs courants, la chef intérimaire du Parti québécois, Louise Harel, a souligné que l'ex-chef Bernard Landry, dans un récent document, avait posé le même type de diagnostic que celui du fameux manifeste, notamment sur la démographie et les économies émergentes. À Ottawa, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, s'est montré plus enthousiaste que sa collègue Harel, y voyant un texte «intéressant» et une saine invitation à un débat public tout en déplorant le fait que le manifeste soit muet sur les questions de l'environnement ou du développement régional.

En entretien au Devoir, le candidat à la direction André Boisclair a affirmé que le texte propose un «constat lucide» qui se rapproche de celui qui a conduit les militants du PQ à prôner un réinvestissement massif en éducation.

Dumont veut des candidatures

À Québec hier, on se bousculait littéralement au portillon pour commenter le manifeste. Le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, et le premier ministre Charest avaient réservé la même salle de presse à la même heure. M. Dumont a finalement parlé en premier, affirmant qu'il est «facile» de rédiger des manifestes mais difficile de faire en sorte que des principes l'emportent sur la scène politique. Il a par conséquent invité ses signataires — dont certains qu'il avait déjà approchés — à plonger dans la mêlée et à se présenter sous les couleurs de l'ADQ aux prochaines élections.

Avec Alec Castonguay

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