Débat sur la culture entre les candidats à la direction du Parti québécois - Boisclair pris à partie pour avoir aboli les COFI

Le meneur dans la course à la chefferie du Parti québécois, André Boisclair, a encore une fois été pris à partie hier lors du débat sur la culture qui se déroulait à Trois-Rivières.

Dès le discours d'ouverture, le candidat associé à l'aile plus radicale du PQ, Jean-Claude Saint-André, a attaqué l'ex-ministre des Relations avec les citoyens et de l'Immigration en l'accusant d'avoir coupé les fonds destinés à la francisation en fermant les COFI lorsqu'il était au pouvoir. Ghislain Lebel a repris ces attaques à son compte lors de l'échange qui l'a opposé à M. Boisclair. Celui-ci a expliqué qu'il avait plutôt décentralisé les cours de francisation dans les cégeps et les universités. «Je suis fier d'avoir appuyé Lucien Bouchard. Le déficit était un cancer», a-t-il soutenu au cours des échanges, juste après avoir plaidé en faveur de ressources accrues pour la francisation et pour l'Office de la langue française lors de son allocution d'ouverture.

M. Boisclair a contre-attaqué en condamnant le nationalisme ethnique, auquel il dit préférer le nationalisme civique, une pointe visant clairement M. Lebel, qui doute que des gens d'origine asiatique ou autre se portent à la défense du français dans 50 ans. «Quand je vais parler de souveraineté, j'ai le goût d'en parler de la même façon dans Côte-des-Neiges qu'à Sept-Îles», a plaidé M. Boisclair avec ironie.

«Il ne faut pas se faire d'illusion, la situation de la langue demeure précaire. [...] C'est la souveraineté qui est le meilleur amendement à la loi 101, c'est le meilleur outil pour que le français rayonne ici et dans le monde», a poursuivi M. Boisclair, que Pierre Dubuc a traité de «jovialiste de la langue».

Le candidat des Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre a par ailleurs vilipendé la politique visant à maintenir la «paix linguistique» en voyant la situation de la langue sous un oeil positif. «Tous les clignotants sont au rouge et on regarde ailleurs, au nom de la paix linguistique. La paix linguistique, c'est la paix des cimetières», a-t-il fait valoir en recommandant notamment que Télé-Québec soit dotée de moyens financiers dignes d'une société d'État, avec une salle de nouvelles et des bureaux régionaux.

C'est en vantant la culture québécoise et son rayonnement à l'étranger que Pauline Marois a amorcé la soirée, employant un ton plus positif que les Saint-André, Dubuc, Paquette et Lebel. «Je veux, comme vous, maintenir la paix linguistique, mais pas au prix de me tenir la tête dans le sable», a-t-elle affirmé en insistant sur l'importance de la francisation des immigrants et des investissements. «La culture, c'est la première raison de devenir indépendant, pas le déséquilibre fiscal, la culture», a-t-elle ajouté.

Le député Richard Legendre a pour sa part promis de régionaliser une part des budget de la culture. Sans surprise, il a affirmé toute l'urgence que le Québec puisse exercer les pleins pouvoirs en matière de culture, autant par rapport au fédéral que dans la négociation des grands traités: «Il faut éviter que la culture devienne simple marchandise, il faut garder le droit de subventionner notre cinéma, d'imposer des quotas de musique franco à la radio... »

L'argument a aussi été mis en avant avec emphase par l'ancien mandarin Louis Bernard. «À entendre les discours ce soir, on pourrait s'imaginer que la culture, cela dépend de nous. [...] Quand c'est Ottawa qui fixe les budgets, donne les orientations, nomme les personnes, quel intérêt va orienter les décisions?»

La tribune d'hier soir a certes permis de discuter de la langue, un sujet qui ne manque jamais de soulever les passions au sein de la formation politique, comme en témoignent les échanges sur la proposition d'étendre la loi 101 au cégep, battue lors du dernier congrès. Les participants ont aussi abordé les questions d'immigration et d'identité. Les échanges ont enfin porté sur la valorisation de la culture ainsi que sur les moyens d'en assurer la diffusion en région et de soutenir les artisans.

Moins de deux jours pour adhérer

Les citoyens qui voudraient se procurer leur carte de membre du Parti québécois afin d'avoir leur mot à dire sur le choix du nouveau chef. devront avoir fait parvenir leur fiche d'adhésion avant minuit demain soir à la permanence du parti. Ceux dont la carte est seulement échue ont toutefois jusqu'au 2 novembre pour la renouveler.

Les prétendants à la chefferie se retrouveront la semaine prochaine à Québec pour un quatrième débat sur la souveraineté et le leadership.