Jérôme-Forget n'envisage pas de loi spéciale

Des employés de soutien du cégep Rosemont manifestent sous la pluie.
Photo: Jacques Nadeau Des employés de soutien du cégep Rosemont manifestent sous la pluie.

Québec — La présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, n'a jamais «discuté d'une loi spéciale [...] ni au comité des priorités ni au conseil des ministres». C'est ce qu'elle a soutenu hier, en conférence de presse, dans le cadre des négociations pour renouveler le contrat de travail des employés du secteur public. Elle se prétend toujours en «mode négos». Or, mercredi, à l'entrée du conseil des ministres, le ministre délégué au Gouvernement en ligne, Henri-François Gautrin, avait affirmé que la loi spéciale restait «une possibilité» même s'il fallait attendre le retour du premier ministre Charest — en Chine jusqu'à hier — pour «prendre la décision».

Hier, Mme Jérôme-Forget voulait «dissiper une certaine confusion au niveau des chiffres». Elle a rappelé qu'il y a un important fossé qui sépare les deux parties et que les Québécois «n'ont pas les moyen de le combler». Selon ses chiffres, au terme de six ans, l'offre gouvernementale (12,6 % d'augmentation sur 6 ans) représenterait une hausse de 3,2 milliards $ par année du budget consacré aux employées. Les demandes syndicales entraîneraient une augmentation, excessive selon elle, de 6,8 milliards $.

Exaspération

La présentation de la ministre a suscité l'exaspération de la partie syndicale. «On va faire comme elle: on va s'enregistrer et, à chaque fois qu'elle va parler, on va repasser le même message. Ça serait plus productif compte tenu qu'elle répète tout le temps la même chose», a ironisé le président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Réjean Parent.

«L'intransigeance a assez duré», a pour sa part déclaré le Front commun CSN-FTQ dans un communiqué. Le Front estime avoir «bougé» sur plusieurs points dans sa contre-proposition du 23 septembre: révision à la baisse pour au moins 800 millions et acceptation d'un allongement de la durée de la convention, passée de 3 ans à 5 ans et demi.

CSQ

Par ailleurs, lors d'une rencontre avec le ministre de l'Éducation hier, Réjean Parent (CSQ) a demandé de donner du galon non seulement à la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE), qui analyse aujourd'hui encore l'offre soumise par Québec, mais à l'ensemble de ses cinq autres fédérations actuellement en négociation au secteur scolaire. La CSQ a officiellement demandé au ministre Jean-Marc Fournier de hisser le niveau des échanges à des «tables politiques», composées de représentants haut placés au ministère, de dirigeants patronaux et de leurs vis-à-vis syndicaux. «On veut une table de même niveau pour nos autres fédérations», nous a expliqué hier M. Parent au téléphone.

Par ailleurs, la partie patronale s'est montrée hérissée, hier, par les débrayages décrétés hier et aujourd'hui dans les cégeps et les commissions scolaires par les employés de soutien liés à la CSN. Elle a riposté en annulant l'une des journées de négociation prévues aujourd'hui à l'une des tables. «Qu'ils fassent la grève légale, soit, mais qu'ils la justifient en semant la désinformation, nous ne l'acceptons pas», a expliqué hier le porte-parole de la partie patronale, Jean-Pierre St-Gelais. «Nous protestons contre ce discours qui dit que les négos n'avancent pas alors que nous continuons de déposer des offres.»

La présidente de la Fédération des employés de services publics (FEESP-CSN), Ginette Guérin, dit ne rien comprendre à ce jeu patronal. «On nous punit parce qu'on est en grève? C'est la cerise sur le sundae! Je n'ai jamais vu ça en 25 ans de négociations.»

Le conseil fédéral de la FSE, qui représente les 80 000 enseignants du primaire et du secondaire, évalue à compter de 15h aujourd'hui l'offre «globale bonifiée» présentée par Québec mercredi. Le conseil fédéral comptant 125 délégués syndicaux doit se poursuivre jusqu'à demain.