Mission québécoise en Chine - C'est à Ottawa de parler de droits de l'homme, dit l'entourage de Charest

C'est parce qu'Ottawa a l'initiative à l'étranger en matière de droits de la personne que la question a été si peu soulevée par Jean Charest lors de sa mission en Chine, nous a appris hier le cabinet du premier ministre.

En fait, selon son attaché de presse Hugo D'Amours, M. Charest ne l'a abordée qu'une seule fois, en privé, lors d'une rencontre avec le ministre des Affaires étrangères Yang Jiechi: «Le premier ministre lui a dit qu'on suivait de très près le dialogue que le gouvernement chinois avait entrepris avec le gouvernement canadien sur la question des droits de l'homme. Et que cette question-là nous préoccupait», a relaté M. D'Amours.

Lors de sa rencontre avec le président chinois Hu Jintao, à Gatineau, le vendredi 9 septembre, le premier ministre s'était montré totalement silencieux sur le sujet, a-t-on appris. Québec et Ottawa s'étaient partagé le travail, a expliqué M. D'Amours: «C'est eux qui abordaient les droits de l'homme. Nous, on a déterminé qu'on allait soulever un certain nombre d'autres dossiers, celui de la diversité culturelle entre autres, et celui de notre mission en Chine.»

Boisclair réagit

Du reste, la phrase prononcée par M. Charest à Pékin, le même jour que sa rencontre avec M. Yang Jiechi — «nous admirons tout ce que la Chine a réalisé depuis les 40 dernières années. Le Canada a toujours été à vos côtés et les Québécois sont parmi vos plus grands admirateurs» — a suscité d'autres réactions, hier. Dans un discours à l'université Laval, le candidat à la direction du PQ, André Boisclair, a qualifié cette phrase de «grave erreur» et a reproché au premier ministre d'avoir choisi «de sacrifier ce que sont nos valeurs et la façon qu'on a de vivre en paix pour faire toute la place au commerce». «J'ai discuté l'an dernier avec suffisamment d'étudiants chinois pour comprendre que l'enjeu des droits humains dans cet immense pays est encore un enjeu d'actualité.»

La députée adéquiste de Lotbinière, Sylvie Roy, a demandé au premier ministre «de s'excuser auprès des Québécois pour les avoir associés à ses déclarations». «Il doit également s'excuser auprès des ressortissants chinois exilés au Canada, ceux-là mêmes qui ont fui un régime répressif après les événements de la place Tien Anmen en 1989», a-t-elle fait savoir dans un communiqué.

Une blague!

Il ne fallait pas prendre la phrase de M. Charest à la lettre, a protesté M. D'Amours : «Les journalistes présents l'ont tous pris un peu à la blague», a-t-il expliqué hier au téléphone, précisant qu'il était évident, dans le contexte, que M. Charest parlait de «développement économique» et ne faisait pas l'apologie de la révolution culturelle ou du massacre de Tien Anmen.

Par ailleurs, pour le député de Mercier, Daniel Turp, «si cette mission n'offre que très peu de retombées économiques pour le Québec, c'est que ce dernier, par son statut de province, ne dispose que de très peu de moyens sur la scène internationale».

Avec la collaboration de Robert Dutrisac