Course à la direction du Parti québécois - Lebel concède la victoire à Boisclair

Ghislain Lebel est encore candidat à la direction du Parti québécois même s’il concède déjà la victoire à André Boisclair. L’ancien député bloquiste envisage toutefois de se rallier avant même la tenue du vote.
Photo: Jacques Grenier Ghislain Lebel est encore candidat à la direction du Parti québécois même s’il concède déjà la victoire à André Boisclair. L’ancien député bloquiste envisage toutefois de se rallier avant même la tenue du vote.

Le «mouton noir» de la campagne à la chefferie péquiste, Ghislain Lebel, laisse à d'autres la langue de bois. Souverainiste de la première heure, il se dit toujours motivé par la quête identitaire que d'aucuns ont rejetée au PQ. Soyons fiers, dit-il en rejetant le nationalisme civique dont se réclament ses adversaires.

Candidat à la direction du Parti québécois, Ghislain Lebel concède d'ores et déjà la victoire à André Boisclair. Il lui prédit toutefois des heures difficiles dans une joute électorale face aux libéraux «qui attendent leur heure» pour le talonner sur sa consommation de cocaïne.

«La course est finie. À moins qu'il n'arrive un pépin de taille à l'un ou l'autre des "leaders". Vous avez vu ce qui est arrivé à M. Boisclair. Ça n'a affecté d'aucune façon les intentions de vote, au contraire», a affirmé sans ambages hier M. Lebel lors d'une rencontre éditoriale avec Le Devoir.

Ghislain Lebel a rappelé que la politique est un sport violent où l'on ne fait pas de quartier. Avec les aveux arrachés au cours des dernières semaines sur son utilisation de drogue dure alors qu'il avait des responsabilités ministérielles, André Boisclair risque de devenir une cible de choix pour les adversaires lors des élections générales s'il devient le chef du PQ. Les débats seront plus acrimonieux que les «petits "picossages" de Richard Legendre ou de Pauline Marois». «Les libéraux vont le ramasser là-dessus. Ils attendent leur heure», a analysé M. Lebel.

«Sur le terrain électoral, on risque d'avoir à "renchausser" notre candidat pas mal plus souvent qu'on ne le pense. [...] Je souhaite que ce ne soit pas plus grave que ce que l'on sait, que ce qu'il a admis», a précisé M. Lebel.

Ce dernier s'explique mal l'enthousiasme que continue de susciter M. Boisclair malgré les révélations sur son passé récent. Chose certaine, les personnes qui ont lancé l'affaire se sont trompées et n'ont pas gagné d'appui supplémentaire, a mentionné M. Lebel.

Les derniers sondages tendent à démontrer une avance très nette d'André Boisclair sur ses plus proches adversaires, Pauline Marois et Richard Legendre. Il faut toutefois noter que les sondages sont effectués auprès de la population en général alors que seuls les membres du PQ auront à faire un choix par vote téléphonique les 13, 14 et 15 novembre prochains.

«Rationnellement, ça ne s'explique pas. Émotionnellement peut-être. [...] On épouse les causes des victimes», a-t-il lancé.

Si la tendance se maintient, Ghislain Lebel n'écarte pas la possibilité de se rallier au clan Boisclair avant que les membres ne fassent leur choix. Il dit avoir senti chez le meneur une nouvelle ouverture à parler franchement du fait français en guise de motivation à faire du Québec un pays.

Pour M. Lebel, le nationalisme civique développé au cours des dernières années est un concept mou qui met de côté les racines du Québec et même le français, devenu une langue d'usage commun, soit un outil. En lieu et place, le Parti québécois nouvelle mouture, un peu frileux, fait l'éloge d'une mosaïque culturelle, ce qui s'apparente au multiculturalisme canadien, selon M. Lebel.

«C'est un nationalisme administratif. On n'est plus attaché à nos valeurs. Ni notre territoire ni notre langue ni rien. On a déboulonné à peu près toutes nos références identitaires», a expliqué celui qui se décrit comme le «mouton noir» de cette course à la chefferie.

Que sa vision soit qualifiée de nationalisme ethnique n'émeut guère M. Lebel. Il rappelle qu'en région, la raison d'être souverainiste demeure d'abord la sauvegarde de l'identité et de la culture québécoises. Ni le déséquilibre fiscal ni la mondialisation ne peuvent susciter les passions, croit-il. Cela explique peut-être bien une part de la désaffection du Parti québécois.

«Si on décide, presque manu militari, de réorienter ma vision de mon identité, ce que cela fait, c'est qu'il y a une maudite "gang" qui débarque du train», a-t-il tranché en montrant du doigt la trop grande force des éléments de gauche au sein du PQ.

Et cela va aussi loin, selon lui, que d'avoir qualifié, dans le programme adopté en juin (qui n'est toutefois pas encore disponible), la république souhaitée de sociale-démocrate. Une aberration, aux yeux de Ghislain Lebel. «Il n'y aurait aucun parti qui pourrait se présenter dans cette république-là s'il n'est pas social-démocrate. Le pouvoir ne vient pas de Dieu dans une république, il vient du peuple. [...] C'est ce paternalisme-là qui est en train de nous faire suffoquer au PQ», a soutenu M. Lebel, assurant que «ça fait bon chic d'être social-démocrate» au PQ.

Or, c'est du côté de la droite, personnifiée par l'Action démocratique du Québec, que se trouvent les militants qui ont délaissé le PQ. Il souhaiterait que le PQ ramène au centre de l'échiquier politique son discours afin de gagner les prochaines élections et ainsi avoir la possibilité de tenir un référendum. «Le PQ est en train de se NPDéiser. Si notre clientèle n'est pas plus large que ça, on n'ira nulle part. Il faut ratisser plus large et faire des consensus. Je ne dis pas qu'il faut expulser la gauche», a plaidé M. Lebel.

Mais Ghislain Lebel ne se fait pas d'illusions. Le PQ sortira écorché de la couse à la direction. L'unité sera difficile à faire. «Ça laisse des traces», a-t-il dit, surtout que le programme devra être revu et corrigé.