Débat des candidats à la direction du Parti québécois - Boisclair pris à partie par Legendre

C'est dans un climat de tension que s'est tenu le deuxième débat entre les candidats à la chefferie du PQ hier à Montréal, sur le thème de l'économie et du développement durable. Les interventions du meneur dans les sondages, André Boisclair, étaient suivies d'applaudissements mêlés de huées, signe que sa popularité constante, malgré ses aveux sur la consommation de cocaïne, le désigne comme cible.

Le favori a été pris à partie par son rival Richard Legendre au cours des échanges, ce dernier l'interpellant en lui demandant ce qu'il devait dire aux agriculteurs qu'il rencontre pour «réparer les pots cassés laissés par ton passage à l'environnement», qui ont fait perdre «bien des comtés et des votes» au Parti québécois lors des dernières élections.

«Le tu, c'est le on, Richard, tout le caucus a souhaité ce moratoire [sur la production porcine]», lui a rétorqué M. Boisclair. Invité à justifier ses attaques au cours du point de presse qui a suivi la soirée, M. Legendre a fait référence à une «attitude» de M. Boisclair comme ministre selon laquelle il assimilait tous les agriculteurs à des «pollueurs», plutôt qu'à une décision précise.

Au cours du débat, Richard Legendre a chargé une deuxième fois M. Boisclair en l'enjoignant à préciser son échéancier référendaire, afin qu'il s'engage à ne présenter qu'un seul budget de province. «Je ne suis pas un personnage de bande dessinée dont le talent est de tirer plus vite que son ombre. Le défi n'est pas de choisir le mois, la date et l'heure», a aussitôt répliqué M. Boisclair.

Ce dernier s'est engagé à serrer la vis aux entreprises en leur faisant subir une évaluation environnementale périodique. «Elle est finie l'époque où on autorisait un jour une entreprise à polluer pour toujours», a déclaré M. Boisclair.

L'ancien ministre, qui a fait adopter une politique de l'eau, a aussi suggéré d'imposer des redevances pour les industries qui se servent à même les champelures à des fins commerciales. L'idée a aussi été mise de l'avant par Richard Legendre et Pauline Marois.

C'est en proposant de renouer avec les grands chantiers que la deuxième aspirante à la chefferie a quant à elle abordé la thématique de l'économie et du développement durable. «Je propose à la population québécoise de mettre en branle un immense chantier, ce sera celui de l'énergie renouvelable», a-t-elle affirmé d'entrée de jeu, suggérant d'y aller de façon plus audacieuse dans le développement de l'énergie éolienne en fixant un objectif de 10 000 mégawatts issus de l'éolien d'ici 10 ans. Les bénéfices de ce développement énergétique pourraient aller dans un fonds, calqué sur le Heritage Fund albertain.

Le candidat écologiste Jean Ouimet, ancien chef du Parti vert, s'est de son côté transformé en pédagogue pour le bénéfice des spectateurs et des autres candidats, définissant le concept même de développement durable. «Des solutions pour prendre le virage développement durable, il y en a. Ce qui manque, c'est de la volonté politique. Lorsque vient le temps de prendre une décision, les lobbys financiers font pencher le gouvernement dans le sens de l'intérêt privé plutôt que collectif», a plaidé celui qui a sabordé son parti pour joindre le PQ il y a quelques années. Il déplore l'amalgame fait entre le développement économique et le développement durable.

Le candidat de Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ libre), Pierre Dubuc, a lui aussi décoché quelques flèches contre le favori, critiquant le projet de remboursement de la dette, une des pierres d'assises du discours de M. Boisclair. Cela reviendrait, selon M. Dubuc, à puiser dans la poche des plus pauvres.

L'ancien ministre de la Science et de la Technologie dans le gouvernement Lévesque, Gilbert Paquette, a lui aussi visé M. Boisclair sans toutefois le nommer en affirmant que «les sondages sont parfois inversement proportionnels au contenu».

Louis Bernard a de son côté convié les membres à une «nouvelle révolution tranquille axée sur le développement durable». Il appelle d'ailleurs à la convocation d'États généraux sur le développement durable et à la mise en place d'une charte.

Quelque 2000 personnes assistaient à ce deuxième débat. Trois organisations avaient mobilisé leurs troupes de façon plus perceptible, soit celles de Pauline Marois, Richard Legendre et André Boisclair. L'équipe de M. Boislair avait en outre posté des sympathisants munis de pancartes à la sortie de la salle.

Un mot d'ordre semblait avoir été passé pour huer André Boisclair à chaque fois qu'il prenait la parole. Richard Legendre et Jean-Claude Saint-André ont tous deux nié la rumeur voulant que leurs troupes puissent en être à l'origine.

Ces huées ont été critiquées par Pauline Marois qui a cru bon de préciser que tous devront «travailler ensemble le 16 novembre au matin».

Le principal visé a quant à lui dit qu'il en avait vu d'autres, à l'Assemblée nationale notamment, mais aussi lors des conseils nationaux de son propre parti. Il a par ailleurs nié avoir été favorable au projet de centrale thermique du Suroît, contrairement aux titres des articles publiés hier, où des groupes écologistes critiquaient son passage au ministère de l'Environnement.