Débat des candidats à la direction du Parti québécois - L'idée d'une redevance sur l'eau refait surface

Tous les regards étaient tournés hier soir vers le candidat André Boisclair, ancien ministre de l'Environnement, lors du deuxième débat de la course à la chefferie au Parti québécois à Montréal portant sur l'économie et le développement durable. À chacune des prises de parole du favori dans les sondages, des applaudissements nourris mêlés de huées se faisaient entendre.

M. Boisclair s'est engagé à serrer la vis aux entreprises sur le plan environnemental, en leur faisant subir des examens périodiques. «Elle est finie l'époque où on autorisait un jour une entreprise a polluer pour toujours», a déclaré l'ancien ministre de l'Environnement. Il a aussi promis d'aider les entreprises à développer le créneau du développement durable grâce à des incitatifs fiscaux.

Le meneur dans cette course a aussi mis de l'avant l'idée d'une redevance pour les industries qui se servent à même les champlures à des fins commerciales, promettant de verser ces sommes aux communautés qui se mobilisent pour protéger les bassins versants. L'ancien ministre avait d'ailleurs fait l'objet de critiques de la part des groupes écologistes pour ne pas avoir prévu de fonds à cette fin lorsqu'il a mis en place sa politique de l'eau.

Richard Legendre s'est aussi déclaré en faveur des redevances sur les industries qui utilisent l'eau, se prononçant de plus contre l'exportation de cette ressources en vrac. L'ancien tennisman a par ailleurs insisté sur l'importance de favoriser l'utilisation de véhicules hybrides afin de réduire la dépendance au pétrole.

C'est en proposant de renouer avec les grands chantiers que la deuxième aspirante à la chefferie a quant à elle lancé ce deuxième débat : «Je propose à la population québécoise de mettre en branle un immense chantier, ce sera celui de l'énergie renouvelable», a-t-elle affirmé d'entrée de jeu, en suggérant d'y aller de façon plus audacieuse dans le développement de l'énergie éolienne en fixant un objectif de 10 000 mégawatts issus de l'éolien d'ici 10 ans. Elle a aussi évoqué l'idée d'un grand chantier pour le développement du transport en commun et des modes de transports alternatifs.

Louis Bernard a de son côté convié les membres à une «nouvelle révolution tranquille axée sur le développement durable». Il appelle d'ailleurs à la convocation d'États généraux sur le développement durable, et à la mise en place d'une charte.

Le candidat écologiste, ancien chef du Parti vert, s'est de son côté transformé en pédagogue pour les fins du débat, définissant le concept même de développement durable pour le bénéfice des spectateurs. «Des solutions pour prendre le virage développement durable, il y en a. Ce qui manque, c'est de la volonté politique. Lorsque vient le temps de prendre une décision, les lobbys financiers font pencher le gouvernement dans le sens de l'intérêt privé plutôt que collectif», a plaidé celui qui a sabordé son parti pour joindre le PQ il y a quelques années.

Trois organisations avaient mobilisé leurs troupes de façon plus perceptible pour ce deuxième débat, soit celles de Pauline Marois, Richard Legendre et André Boisclair. Ce dernier a soulevé un mélange d'applaudissements intenses et de huées lorsqu'il est monté sur scène.

Dans les journaux publiés hier, des porte-parole de groupes écologistes dépeignaient André Boisclair comme un ministre de l'Environnement très porté sur le verbe mais peu sur l'action. On rappelait entre autres qu'il s'était montré ouvert au développement de la centrale thermique du Suroît, un projet que le gouvernement Charest a dû abandonner devant la grogne populaire.

Les aveux du politicien, qui a reconnu avoir consommé de la cocaïne lorsqu'il était ministre, ne semblent pas avoir ébranlé sa popularité. Qualifié par certains de «politicien teflon», André Boisclair obtiendrait 60 % d'appui chez les sympathisants péquistes selon un sondage CROP paru plus tôt cette semaine (46 % dans la population en général). Environ la moitié des 1003 répondants avaient été contactés après les révélations-chocs de M. Boisclair. Bonne deuxième, Pauline Marois s'en tire avec seulement 21 % d'appui chez les électeurs péquistes.

Constatant que les révélations de M. Boisclair lui ont attiré la sympathie du public plutôt que de nuire à sa campagne, les différentes organisations rivales ont résolu de se tenir coites sur le sujet.

Il faut par ailleurs préciser que les sondages n'offrent un portrait que très partiel des intentions de vote, puisqu'on y retrouve un échantillon de la population en général et non des membres du Parti québécois, qui compte environ 83 000 membres.

Le Devoir révélait également que les membres du Parti québécois qui éliront le nouveau chef péquiste sont considérablement plus âgés, 54 ans en moyenne, que les répondants aux sondages. Près de 60 % des membres du PQ sont âgés de plus de 50 ans.

Quelque 2000 personnes assistaient à ce deuxième débat. Signe d'un certain engouement, les organisateurs ont dû doubler la capacité d'accueil de la salle, alors qu'on prévoyait à l'origine utiliser seulement la moitié du gymnase du Patro Le Prévost, situé dans la circonscription de Laurier-Dorion.