Course à la direction du Parti québécois - Boisclair affronte une poignée d'anarchistes

André Boisclair est allé rencontrer les étudiants du cégep de Maisonneuve. Mais quelques anarchistes ont tenté vainement de saboter son discours.
Photo: Jacques Nadeau André Boisclair est allé rencontrer les étudiants du cégep de Maisonneuve. Mais quelques anarchistes ont tenté vainement de saboter son discours.

Venu s'adresser à des étudiants du collège de Maisonneuve, hier à Montréal, André Boisclair a été confronté à une poignée d'anarchistes qui s'étaient mêlés à l'assemblée d'étudiants et qui l'ont interrompu tout au long de son allocution.

M. Boisclair s'est toutefois fort bien tiré d'affaire, malgré le chahut constant, voire les insultes. Il a même réussi à récupérer la contestation en invitant les protestataires au respect mutuel, en invoquant la démocratie et le droit de parole de chacun et en acceptant de répondre à leurs questions au microphone.

Son attitude lui a valu des applaudissements nourris à plusieurs reprises, au point où la foule de plus de 400 étudiants s'est retournée contre la poignée d'anarchistes, les chahutant à leur tour, leur demandant de quitter la salle s'ils n'étaient pas intéressés à l'écouter parler.

Le discours des chahuteurs niait l'existence de peuples et de nations — «nous ne sommes que des individus» — et dénigrait le capitalisme et l'impérialisme. On a entre autres entendu des slogans comme «le Québec aux Iroquois», «hos... de chr.. de politiciens», «c'est de la m... ce qu'il dit».

Un des protestataires a aussi évoqué «un problème de déportation que nous sommes en train de vivre», alors qu'un autre a reproché à M. Boisclair de ne pas avoir «parlé au peuple de Kanesatake».

Selon un agent de sécurité présent sur place et selon plusieurs étudiants interrogés, les protestataires ne venaient pas de ce cégep.

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Dans son allocution et dans ses réponses aux questions qui ont suivi, M. Boisclair s'est dit prêt à insérer des éléments de proportionnalité dans le mode de scrutin, lorsque le Québec sera souverain.

Il s'est aussi dit prêt à ouvrir un large débat social sur la gratuité scolaire afin que les coûts et les bénéfices pour la société et les étudiants soient soupesés en même temps.

Interrogé par un étudiant qui voulait savoir «en quoi la souveraineté amènerait une plus grande démocratie?», M. Boisclair a répondu qu'un Québec souverain serait plus démocratique parce que ses élus seraient davantage imputables devant l'électorat, prenant eux-mêmes toutes les décisions touchant le Québec et ne pouvant plus prétexter «la faute à Ottawa» lorsque quelque chose ne fonctionne pas bien.

Interrogé sur la façon de rehausser «le très faible taux de natalité» au Québec, M. Boisclair a dit miser sur des mesures de conciliation travail-famille et sur la création d'emplois de qualité, stables avec une certaine sécurité d'emploi.

Bernard Landry

Par ailleurs, lors d'un point de presse, M. Boisclair a été appelé à commenter les déclarations du chef démissionnaire Bernard Landry à Radio-Canada, qui a parlé d'imposture si un référendum n'était pas rapidement déclenché après une éventuelle élection gagnée par le Parti québécois.

«Il y aura un référendum qui se fera le plus rapidement possible à l'intérieur d'un premier mandat. Je ne suis pas venu en politique pour gouverner la province de Québec; je suis revenu en politique pour faire en sorte que les Québécois et les Québécoises puissent le plus rapidement possible se donner l'entièreté du coffre à outils dont ils ont besoin pour leur développement», a-t-il répliqué.

M. Boisclair a refusé d'être plus précis en matière d'échéancier référendaire.

«Je ne suis pas ici pour jouer à celui qui va tirer plus rapidement que son ombre.»

Il n'a pas voulu blâmer M. Landry qui se vantait d'être encore celui qui est le mieux placé pour faire la souveraineté du Québec.

«M. Landry va jouer un rôle déterminant dans une prochaine campagne référendaire. Je souhaite que M. Landry soit à nos côtés; c'est un homme compétent, dont nous avons besoin et je ferai appel à son talent et à son engagement», a-t-il simplement commenté.

D'autre part, M. Boisclair s'est gardé de se réjouir trop vite du sondage Crop-La Presse, qui indiquait que 46 % des gens jugent que c'est avec lui comme chef que le PQ aurait le plus de chances de remporter la prochaine élection. Pauline Marois récolte 19 %, Richard Legendre 5 % et Louis Bernard 2 %.

«Les sondages c'est une chose, mais il n'y a pas encore un vote exprimé», a-t-il martelé.